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Le bonheur des dames

A propos de Julie Derussy, Clarissa Rivière, Au frisson des jupons, Collection Paulette, 2016

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Ecrit à quatre mains par Julie Derussy et Clarissa Rivière, deux auteures talentueuses figurant parmi les plus productives et les plus captivantes de la littérature érotique contemporaine, ce roman est inspiré librement par Au bonheur des dames de Emile Zola. Il raconte les péripéties de deux vendeuses, appelées innocemment Claire et Juliette, qui travaillent dans ces grands magasins aux allures affriolantes. Les protagonistes féminins ont intériorisé la domination sociale qui pèse sur elles, à la fois en tant que femme et en tant que prolétaire. Leur corps est par essence dans une position de subalterne, soumis à une exploitation économique tout autant que sexuelle. Elles doivent effectuer le travail pénible au sein de ces décors qui ne sont paradisiaques que pour les clients fortunés. Et elles sont également contraintes de coucher avec leur patron, pour garder leur poste.

Julie Derussy et Clarissa Rivière vont plus loin que Zola et rendent visible cette sexualité ambivalente. Lorsque Claire s’offre à Sylvain, le patron, elle est à a fois répugnée et excitée. Elle ressent une honte et une mésestime d’elle-même mais l’excitation et l’orgasme sont aussi au rendez-vous : «    Si elle accordait ses faveurs, à présent, c’était uniquement au patron. Ce n’était pas désagréable : il était plutôt séduisant, avec ses yeux gris et ses mains douces. Pourtant, dans le bureau, elle avait retrouvé cette honte jouissive de la première fois. Elle ne ressentait plus, à présent, qu’un grand dégoût pour elle-même — et pour les hommes. Ils étaient donc tous les mêmes, à vouloir la posséder, la faire souffrir ? » Juliette a un autre parcours. Elle vient de la campagne. Contrainte de transformer son corps de « paysanne », en celui d’une « citadine », si elle veut réaliser son rêve consistant à travailler dans un grand magasin, elle doit également subir les assauts du patron, qui lui fait comprendre dès l’entretien d’embauche qu’elle n’aura pas de contrat si elle ne lui offre pas ses charmes. Les auteures nous plongent dans les sentiments troubles de personnages auxquels on s’attache très vite : « Il força l’entrée de sa bouche, Juliette l’ouvrit avec réticence, accueillit le pénis. Il était flasque encore, mais à peine l’eut-elle en bouche qu’il se mit à durcir et grossir de façon démesurée. Elle étouffait. Il la dégoûtait, pourtant, contre toute attente, elle se sentit excitée par la situation, et se mit à le sucer avec ardeur. C’était comme si une autre Juliette, bien plus sensuelle, avait pris sa place. Fernand sentit ce changement d’attitude et se réjouit. Mon Dieu que c’était bon. La petite le suçait comme une professionnelle, mieux encore même, avec un enthousiasme que ces débauchées n’ont plus, lasses de le faire à longueur de soirées. Il allait s’abandonner si elle continuait ainsi, alors qu’il avait envie de goûter à son petit sexe bien serré, d’y sentir son vit au chaud ».

 

Au départ, Claire et Juliette vont être concurrentes. La plus ancienne voit dans la nouvelle venue une menace pour ses maigres privilèges. Les propos des auteures font écho à notre société contemporaine. Le monde du travail décrit par Zola, empreint de cette inhumanité à laquelle étaient confrontées les classes populaires, interpelle les sociétés néo-capitalistes d’aujourd’hui, peuplés de mondes professionnels parfois impitoyables et de  jeunes entrants sans éthique et compassion qui reproduisent, en les perpétuant, les attitudes autoritaires d’un système qui les exploite. Il en est de même des passages où Claire se rend compte que Juliette fait l’amour avec des vendeurs en acceptant qu’ils jouissent à l’intérieur d’elle. L’imprudence liée au risque de tomber enceinte dans un XIXème siècle où les moyens de contraception étaient inexistants a des affinités avec l’imprudence contemporaine par rapport au risque d’attraper le sida en faisant l’amour sans se protéger.

Peu à peu, Claire et Juliette vont se rapprocher et devenir  amies (voire même un peu plus). Continueront-elles de subir la domination masculine de Sylvain ? Le bonheur des dames est-il aussi artificiel que le décor des grands magasins ? Ou bien se trouve-t-il dans le plaisir d’inverser les rapports de domination ?

Aux lectrices et aux lecteurs de découvrir ce texte remarquablement écrit, voluptueux et palpitant

Yannis Z.

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Quelqu’un se brûle avec moi… et enchante mon coeur.

A propos d’Octavie Delvaux, A cœur pervers, La Musardine, 2016.

http://livre.fnac.com/a9323089/Octavie-Delvaux-A-coeur-pervers

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Un ensemble de fils rouges relient les différentes nouvelles du recueil d’Octavie Delvaux qui vient de paraître aux éditions La Musardine : transgresser sans remords et culpabilité les interdits et les tabous, se dire « qu’importe la limite » avec un sourire voluptueux aux lèvres, ressentir en soi l’intensité du plaisir, découvrir de nouvelles sensations, de nouvelles jouissances, ne plus s’appartenir…

Les personnages de A cœur pervers sont pris dans de puissants agencements de désir. La première nouvelle « Coup de foudre à grande vitesse » raconte le jeu de regards entre un jeune adolescent et une femme un peu plus âgée que lui. Ils voyagent dans le même compartiment. Il la regarde écrire. A un moment, il se rend aux toilettes. Quand il revient, elle n’est plus là. Dans les poubelles, il voit un papier chiffonné. Il le lit et découvre ses pensées intimes. Cette inconnue s’imaginait faire l’amour avec lui. Elle lui avait même inventé un prénom : « Amaël : vous n’êtes pas un rêve, vous existez bel et bien, et vous vous donnez à moi. Il me suffit de glisser la langue entre vos lèvres tièdes, de déguster vos sucs, pour comprendre combien vous êtes réel. Un homme de chair et de sang, rien que pour vous ».

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La manœuvre littéraire de Octavie Delvaux est très habile. La première histoire joue avec le lecteur, en lui faisant croire à la réalité de la fiction (ce n’est pas peut-être pas anodin si, dans l’une des dernières nouvelles, l’un des personnages qui enfonce des aiguilles dans le sexe de son amant s’appelle Octavie). Qui est la femme qui écrit ? Un fantasme ? Un personnage de fiction ? L’auteure qui vous met en abîme ? D’emblée, on se laisse entraîner dans ce voyage. Les nouvelles sont remarquablement écrites, avec un ton léger et incisif. Le désir et le plaisir sont là. La mémoire aussi. Une partie des nouvelles raconte les souvenirs de certains personnages, qui sont au crépuscule de leur vie. Ils se rappellent des moments de sexe intenses. Avec un ton de Duras, « Saint Lazare 1943 » évoque les souvenirs d’une jeune femme qui a vécu une passion torride avec un soldat allemand. Elle a conscience de commettre quelque chose de socialement interdit mais la sensation éprouvée, en sentant contre elle le sexe de cet homme, reste à jamais graver dans sa chair. Il en est de même dans « La mauresque », où cette reine qui se meurt dans la tristesse et l’amertume, réalise que les seuls moments d’éclat ressentis durant sa vie si terne ont été ceux où elle est allée vers la dépravation. Un jour, en acceptant les avances que lui fit un nain durant une procession religieuse, elle découvrit les sensations de la volupté et des plaisirs insoupçonnés qui ne présentèrent jamais plus.

Octavie Delvaux le dit très bien : il ne faut jamais sous estimer la puissance de nos vices. Les plus beaux moments de la vie sont ceux où « les portes mystérieuses de la fantasmagorie » s’ouvrent tout d’un coup aux lucidités, elles aussi éphémères, de notre conscience. L’une des nouvelles qui nous a le plus touché dans ce recueil est « It must be love ». L’histoire se passe durant les années 80 durant une soirée punk où des jeunes pogottent sur Madness. Le narrateur est séduit par une punkette au corps androgyne qui retire son tampon en plein milieu de la scène. Timide de nature, il est sous l’emprise de son désir et s’abandonne à la pureté de ses perversions : « En pauvre mâle ensorcelé par le fluide femelle, je ne me maîtrise plus. La pulsion l’emporte sur la timidité ». Le jeune homme aborde la jeune fille. Ils partent faire l’amour dehors. Il se plonge sur l’objet de son désir ; ce sexe couvert de sang menstruel. Le fantasme devient réalité vécu. C’est cela qui donne sens à la vie. L’existence est quelque chose qui se savoure en vivant des moments tels que celui-là. La fulgurance de l’orgasme n’est pas simplement le fruit de notre imagination. Lorsqu’il ramène la jeune fille, il lui demande s’ils se reverront : « Oui, repasse me chercher demain soir. T’es le premier mec qui me baise sans me gerber dessus à un moment ou à un autre ! ». Peut-être est-ce dans cette phrase que se trouve la saveur du fruit littéraire d’Octavie Delvaux. Le sexe tel qu’on l’aime vaut la peine d’être vécu avec son alter ego, avec ce double dont parle Aristophane dans Le Banquet de Platon. « En plein chœur », qui fait aussi partie de nos favorites, s’inscrit dans ce registre. Le don de soi dans la relation, quand elle en vaut la peine, est une éthique qui donne un sens à la vie.

Les plaisirs sont multiples, rhizomatiques. La seconde partie du recueil explore les pratiques BDM, le travestissement. La nouvelle « novice » montre la fragilité d’une Maîtresse et rappelle que dans la relation de couple, le dominateur n’est pas forcément le dominant (il faudrait relire Bourdieu à la lumière des pratiques BDSM). Dans « La femme, le porte-jarretelles et l’étalon », la dépravation de Jean est un levier d’excitation insoupçonné pour son épouse. Lorsqu’elle découvre sa bissexualité et ses envies d’être humilié par un mâle virile, elle a envie de partager cela avec lui et non pas de prendre la poudre d’escampette : « Je me suis découvert un esprit au moins aussi tordu que le sien ». Octavie Delvaux nous parle des façons de partager des choses et de s’aimer : franchir ensemble les limites, fusionner dans l’insoutenable légèreté des corps enflammés par le désir. Tout cela ne parle de rien d’autre que d’amour. Merci pour ce beau périple, chère Octavie…

Yannis Z.

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L’enfer, c’est les autres

A propos de Ambre de Delatoure, Entre de bonnes mains, épisode 5

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Que passera-t-il désormais entre Florence et Lucas maintenant que le rubicon est franchi ? La scène qui clôt le chapitre 4, durant laquelle les deux amants se perdent dans le trouble de la passion et l’appel violent de la chair, montre que désormais un lien très fort est en train de les unir, malgré eux. Et en même temps, chacun essaie maladroitement de s’en défaire, peut-être en vain.

Le chapitre 5 s’ouvre avec Anne qui débarque chez Florence (attendant la venue de Lucas). Elle lui raconte une de ses aventures érotiques, qui a le mérite d’éveiller son excitation : « Alors qu’Anne lui racontait comment son propre mari l’avait poussée à s’exhiber, une petite lumière s’était mise à clignoter en elle. C’était exactement ce dont elle rêvait ! Ce dont elle manquait… Un aiguillon, un complice, un homme pouvant l’amener à dépasser ses limites. Elle envisagea un instant Charles dans ce rôle, mais l’alternative était tellement invraisemblable, tellement éloignée de leurs habitudes et de leur manière de vivre qu’elle en était presque ridicule. Jamais il n’accepterait une chose pareille… Et elle-même n’oserait jamais le lui demander. Mais il restait Lucas… »

Lorsque son amant arrive Anne n’est toujours pas partie. Florence fait entrer le jeune homme et le présente comme un employé passant de temps en temps faire du jardinage. Anne est séduite d’emblée par le corps athlétique de Lucas. Florence sent malgré elle un sentiment de jalousie. Les vues d’Anne sur son jeune amant réveillent des souvenirs douloureux. Les souvenirs d’enfance où des copines plus jolies qu’elle lui piquaient ses petits amis. Les socialisations avec les autres sont parfois bien amères. L’amitié ne serait rien d’autre qu’une aliénation, une fausse conscience, de la poudre aux yeux… Les interactions avec les autres ne seraient qu’un amas de relations hypocrites, empreintes de cynisme et de mesquinerie… Que reste-t-il d’authentique dès lors, hormis l’immanence d’un désir dans lequel il est agréable de se perdre…

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Tango, Régine Bouldoire

En même temps, Florence est très excitée par les jeux intimes que lui raconte Anne. Elle repense à ses fantasmes inavoués, ambivalents : « Entendre comment Anne avait obéi à la demande de son mari et dévoilé ensuite par transparence sa poitrine à la vue des serveurs, touchait à l’un de ses fantasmes les plus enfouis, et en un sens, des plus irréalisables. Lorsque Florence s’aventurait en rêve dans le terrain vague, ce haut lieu de débauche, c’était toujours sans témoin ni complice. Elle s’y rendait seule et en cachette, comme poursuivie par une mauvaise conscience qui sur le moment ne l’empêchait pas d’imaginer les pires outrages. Mais, sitôt délivrée des tableaux obscènes qu’elle construisait en fermant les yeux, elle revenait au monde réel certes soulagée et repue, mais emplie d’un indéfinissable sentiment de culpabilité ».  C’est dans cette confusion des sentiments érotiques, pour paraphraser Stéphane Zweig, que se trouve la force de la nouvelle d’Ambre Delatoure. Celui-ci va au fond de la psychologie de ses personnages sans lâcher l’intensité des ébats amoureux et la charge de volupté des scènes torrides, décrites avec minutie.

Florence finit par s’éclipser avec Lucas et l’amène au plaisir, en oubliant tout le monde qui l’entoure. Elle n’existe plus que dans la lubricité, l’indécence. Avec Clarissa Rivière (notamment la première nouvelle de « Les yeux bandés » https://pluralismes.wordpress.com/2015/07/20/je-suis-ravie-que-cela-vous-ai-plu-dit-elle/ ), Ambre Delatoure est sans doute l’un des auteures de la littérature érotique qui sait écrire les sensations d’excitation ressenties par ses personnages. Florence donne un orgasme à son amant en se livrant corps et âme.

Lorsqu’elle va rejoindre Anne qui lui demande ce qu’elle a fabriqué, elle réussit à ne pas semer le doute. La perversité est aussi à ce niveau. Pas uniquement dans le fait de sentir décadente dans le sexe. Mais de paraître pure aux yeux de son entourage après avoir baigné dans le stupre. Là encore, Ambre Delatourre réussit un beau tour de force.

Lorsqu’Anne va proposer à Lucas de venir faire des travaux de jardinage chez elle, quelque chose de très douloureux explose dans la poitrine de Florence. Et elle prend conscience de l’ampleur de cette division, qui est en même temps une fracture. D’un côté, son rôle d’épouse modèle. Et de l’autre, son attirance de plus en plus irrésistible pour une dépravation de plus en plus poussée. Les personnages sont mués dans leur solitude, leur incommunicabilité. Un peu comme les trois individus de la pièce de « Huis Clos », la pièce de Sartre. L’enfer c’est les autres. Florence est à deux doigts de faire part à son amie de tout « l’amour » (appelons le comme ça) qu’elle ressent pour Lucas : « Anne la couvait d’un air si engageant, si chaleureux, si dénué de méchanceté, qu’elle songea un instant lui avouer toute la vérité. Lui avouer non seulement quel merveilleux amant il était, mais aussi comment elle l’avait initié la première fois au bord de la piscine. Lui dire quel plaisir obscène et libérateur elle avait ressenti en coulissant sur son sexe inexpérimenté et frétillant de désir. Lui dire comment cette folie qui durait maintenant depuis des jours comblait comme aucune autre le vide sidéral de sa vie ». Lorsque son amie s’en va et qu’elle retrouve le jeune homme, elle prend conscience de toute l’ambivalence qui existe entre eux. Et de la force du lien qui les unit. En reprenant la nouvelle de Ambre Delatoure, je me rends compte à quel point ce qu’il écrit relève du chef d’œuvre et que c’est à mon sens l’un des plus grands auteurs érotiques que j’ai la chance de lire et de connaître.  

On a hâte de lire le prochain épisode…

Yannis Z.  

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Délicieuses tentations

 

 

A propos de Clarissa Rivière (dir), A toute volée, L’ivre Book, 2014.

http://www.livre-book-63.fr/87-a-toute-volee-9782368920725.html

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C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons lu ce recueil de nouvelles. Les textes sont sulfureux, empreint d’une volupté toujours au rendez-vous. Miss Kat raconte l’histoire d’une jeune fille qui se dispute avec son amant, âgé de vingt ans de plus qu’elle, et qui se fait corriger par ce dernier : « Il la prend par la main et l’entraîne entre les arbres, à quelques mètres seulement du sentier. Jamais elle n’a eu aussi honte de toute sa vie. Elle a rêvé de rouge sur ses fesses, mais elle n’avait pas envisagé qu’il empourprerait d’abord ses joues ». La nouvelles de Ysalis KS dévoile les ambivalences du BDSM, à travers un subtile mélange de soumission et de résistance latente perdurant dans les yeux de la soumise : « Face à moi, elle soutient mon regard. Je la veux soumise et fière à la fois. Elle accepte que je la domine… mais dans ses yeux, je discerne aussi le désir de résister, de ne pas montrer sa faiblesse lors de cet abandon passager dont elle me fait cadeau ». Les rapports entre la personne qui domine et celle qui est dominée sont constituées de pratiques sociales complexes et diversifiées. C’est de cela que rend compte la nouvelle de Claire de la Chatlys, exaltant la violence du désir réciproque du Maître et de sa soumise : « Je veux qu’il me prenne sauvagement par derrière. Qu’il me possède. Qu’il m’arrache des cris de jouissance et d’une fermeté puissante me fasse rabaisser mon caquet ! En homme parfait, Érik m’aide à servir et à débarrasser. Je le suis comme son ombre. Me frotte à lui. Provocante. Rebelle. Ses fesses appellent mes mains ».

Mais le sadisme et la domination peuvent être entendu au sens propre comme au figuré, et s’inscrire dans une vengeance macabre à l’égard d’un mari volage qui se retrouve en fauteuil roulant. C’est ce que raconte Erik Torrent, pour qui la correction n’est pas forcément là où on l’imagine. Il en est de même dans la nouvelle de Clarissa Rivière, explorant la complexité des rapports entre un manager redoutable et une jeune employée. Si dans l’entreprise, l’homme occupe une place hiérarchiquement supérieure à elle, en dehors il lui demande d’être sa Maîtresse. La fille hésite et finit par accepter, en partie car elle a envie de le remercier pour tout ce qu’il lui apporte, en partie car elle est intriguée par ce type d’expérience sexuelle. Plus elle le corrige, plus elle se prend au jeu et ressent un trouble profond l’envahir : « Je m’installe lourdement sur son dos et le cravache à toute volée, excédée de n’obtenir que des murmures reconnaissants. Je ne vois que ses fesses tressaillir et rebondir sous le choc. Je déteste ce que je fais, je me déteste d’être excitée à ce point, et même d’y prendre un certain plaisir pervers. Je ne me reconnais plus ». La nouvelle de Miss Kat évoquant les rapports de soumission d’une secrétaire sexy à l’égard de son patron s’inscrivent dans ce registre.

Le texte de Julie Derussy mélange habillement poésie romantique et fantasme de la domination, en décrivant avec des mots baudelairiens le regard fiévreux d’un jeune joueur de guitare s’imaginant administrer une correction à la jolie danseuse qui vibre au rythme de sa mélodie : « Elle me montrait

sa croupe, mais elle ne se donnait pas. Alors, je m’approchais d’elle, je la saisissais par l’épaule, mon autre main s’élevait dans les airs, et s’abattait enfin, violemment, sur ses fesses. C’était de la musique, toujours, ce claquement de ma main sur ses chairs, ce gémissement de sa bouche, elle était la guitare entre mes mains, et je jouais d’elle, en rythme, violemment, jusqu’à voir l’ambre de ses fesses se marbrer d’un rouge plus intense que celui de sa jupe ».

Les pratiques BDSM peuvent faire l’objet de voyeurisme, comme le montre la nouvelle de Ondine D’Onatie. Le regard de Mathilde observant sa sœur en train d’être fessée par son petit ami rappelle celui du narrateur de Proust dans Sodome et Gomorrhe. Mais ces plaisirs peuvent être interrogés également par une introspection fouillée des personnages. C’est ce que l’on trouve dans les deux nouvelles de Jean-Baptiste Messier, évoquant les confessions troublées de Paul vis-à-vis de sa psychothérapeute. Ce dernier lui raconte les fessées administrées par sa mère et elle lui rétorque que ces dernières déterminent son rapport actuel aux femmes. Mais ce que Paul ne lui raconte pas, ce sont les plaisirs qu’il s’octroie avec Hong, une asiatique au corps plantureux et offerte à tous ses désirs. Tantôt elle se laisse corriger, tantôt c’est elle qui le corrige : « Je suis sûr qu’elle adore ce rodéo la salope. Puis d’un coup, elle commence à me frapper avec le dos de la brosse en bois : des coups très violents qu’elle lâche sans se retenir. Je suis sûr que mon derrière est rouge et des émotions enfantines m’envahissent. Je me sens misérable mais aussi cela m’excite et ce que je ne pouvais faire enfant, je le ressens maintenant : je bande de plus en plus sous les coups de la jolie, jeune, furieuse et sadique chinoise. Voilà ce que je n’avais pu dire à Aude, ma psy ».

Dans sa nouvelle, Aline Tosca raconte le désir spontané d’un jeune adolescent prenant en stop une jolie blonde aux allures d’actrice de Marc Dorcel qui l’allume outrageusement. Celui-ci se met à la fesser avec volupté, déchargeant violemment par la suite sur son visage. Octavie Delvaux clôt le recueil par une rencontre entre une maîtresse expérimentée quelque peu lassée de la fréquentation régulière des clubs BDSM androcentrés et une jeune soumise faisant visiblement ses premiers pas dans le jeu de la domination : «   Comme il était touchant d’observer cette petite fleur fraîche perdue dans la faune nauséabonde de voyeurs insatiables. Bien vite, sa silhouette charmante, qui contrastait avec la bestialité de l’assistance, devint ma principale préoccupation ». Le fil rouge de toutes ces histoires tient dans ces désirs immanents, désinhibés, où les êtres se révèlent à eux-mêmes et expérimentent des plaisirs nouveaux. Le jeu en vaut largement la chandelle.

Yannis Z.    

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Pour le plaisir

A propos de Cléa Carmin, Jouir d’aimer, Editions Alpinia Purpurata

http://www.cleacarmin.com/romans.html

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Après « Brûlure », nous avons lu « Jouir d’aimer », le second de Cléa Carmin. Ce dernier est aussi incisif, aussi ardant, aussi trouble et envoutant que le premier.

Une femme est chez elle. On sonne. Elle boutonne le haut de sa robe chemisier et va ouvrir. Sur le pas de sa porte, il y a son amoureux, une valise à la main. Il vient emménager chez elle, sans l’avoir véritablement prévenue. Elle exulte. Elle se jette d’instinct dans ses bras, faisant basculer la valise. Elle est heureuse, ce matin là : « Je ne sais pas si je rêve, si cet état d’attente perpétuel que tu m’imposes depuis des mois m’a conduite à la folie. A force d’en avoir envie, j’ai inventé ce moment, ta venue, ta reddition. Mon imagination exaltée me joue des tours. Je suis obsédée, toute à toi, en permanence ».

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Elle ferme la porte, se déshabille. L’accueillir nue. L’avaler. Lui donner du plaisir. Etre à lui. Sentir qu’elle lui appartient. Il y a un curieux plaisir à être réifiée, à n’être qu’un objet de désir pour l’homme aimé. Clé Carmin sait décrire l’ambivalence et la violence du sentiment amoureux.

Ce n’est que lorsqu’ils ont fait l’amour qu’elle se sent apaisée. Mais jamais rassasiée. Toujours prête à repartir vers le plaisir. Elle a du désir en réserve. Le roman nous entraîne dans l’exploration existentielle de cette passion, de ces expérimentations toujours plus intenses, plus extrêmes les unes que les autres.

Lorsqu’il la surprend en train d’uriner, l’homme sent une violente excitation. Ce sera l’une des scènes clé où le couple franchir le rubicond du désir. Un soir, elle rentre et trouve son amant attaché sur le lit. Il est offert à tous ses fantasmes : « Ce soir, c’est toi qui décides, c’est toi qui choisis, toi qui agis ». L’homme est à la disposition de la femme, qui se réjouit de son érection. Elle prendra possession de son corps avec une avidité dont elle ne se savait pas capable. Les expériences se multiplient : « Je me sens folle, habitée par un désir répugnant, ignoble, mais tellement vivante ! ». Elle s’évade de sa vie morne, d’une réalité ennuyeuse et blafarde. Le sexe ré-enchante leur vie, à tous les deux.

Notre passage préféré est celui où le couple regarde des images pornographiques sur internet et prend conscience des nouvelles possibilités de plaisir qui s’offrent à eux. Elle le regarde, devant l’écran. L’idée de découvrir ces jouissances avec lui l’émerveille. Il ne s’agit pas forcément de les pratiquer pour de vrai. C’est juste l’idée de pouvoir les vivre ensemble qui est plaisante : « Certaines sensations dégoûtent et fascinent à la fois. Nous faisons l’amour, en apparence. En réalité, nous nous roulons dans le stupre et la débauche ! Sous nos peaux coulent des vipères et des crapauds, nos yeux fermés visionnent des  films censurés ».

Cléa Carmin trouble les frontières entre le réel et l’imaginaire, embarquant avec elle le lecteur, comme un amant, à qui elle offre un beau voyage dans la saveur des mots.

Yannis Z.

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Le périple d’une femme dépravée

A propos de Anne Bert, Perle, Paris, La Musardine, 2016 (1ère édition 2011).

http://www.lamusardine.com/P30317-perle-bert-anne.html

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Lorsque nous avons découvert le visage d’Anne Bert sur internet, il nous a rappelé celui d’une femme que nous avions aimée il y a très longtemps. A l’époque, j’étais un jeune de 18 ans et elle, elle avait plus du double de mon âge. Ça a été une belle histoire. Ensuite, j’ai eu d’autres vies, connu d’autres amours avant d’arriver au port mais ce visage, ces cheveux blonds, ce sourire, a fait ressurgir quelque chose. Pas un désir. Plutôt une douce sensation : les émotions vécues à ce moment et la joie de posséder ce souvenir. Cela m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre d’Anne Bert. En littérature, il est plaisant de flirter avec les spectres du passé, de se perdre dans des labyrinthes imaginaires, de sentir la voluptueuse saveur des mots dans le reflet de ses yeux.

Le premier roman que j’ai lu d’Anne Bert s’intitule L’emprise des femmes (2013). J’ai passé un bon moment mais sans plus. Par contre, lorsque j’ai lu Que sais-je du rouge à son cou (2015 ; chroniqué sur ce blog https://pluralismes.wordpress.com/2016/02/27/tu-me-tues-tu-me-fais-du-bien/ ) , j’ai senti  une attraction violente pour ce style, cette manière enfiévrée de décrire la chair, le désir. Anne Bert sait parler de la jouissance qui nous pousse parfois au bord de la folie et de l’abîme. Nous retrouvons cela dans son roman Perle, paru en 2011 et réédité en 2016 aux éditions La Musardine.

Perle est née sous X. Elle est sans attache, sans lien affectif, incarnation d’un abandon maternel que la langue française ne sait nommer. Pourtant, ce qui semble être un handicap social devient une force existentielle. Perle comprend dès l’enfance l’absurdité des sentiments moraux, notamment ceux de la famille. Peut-être le plus beau cadeau que l’on puisse faire à quelqu’un est de l’habituer à croire ni aux contes de fée, ni aux promesses  de l’affectivité mielleuse. De ce point de vue, Anne Bert est une auteure proche de Nietzsche. Et c’est sans doute l’une de celle qui sait ce qu’écrire de la littérature érotique veut dire. Anne Bert est dans l’immanence du désir et sait partager cette sensation avec ses lectrices, ses lecteurs et ses lectrans.

Dès l’adolescence, Perle sait s’inventer une « fierté d’être différente et de s’extraire du lot commun ». Elle devient une boulimique de lecture, dévorant autant Victor Hugo ou Laclos que le marquis de Sade ou Gérard de Villiers. Cette avidité pour les livres se change en avidité pour le sexe. Perle décide de perdre seule sa virginité avec un flacon de shampoing en forme phallique. Elle ne souhaite donner à aucun être humain le privilège d’avoir été le premier. Sa sexualité est soliloque. Perle s’engouffre dans le monde du sexe comme Alice plonge dans le pays des Merveilles. Elle ne veut pas d’histoires d’amour, de sentiments, d’attaches. Juste des sensations, de l’anonymat, des protocoles d’expérimentation. « C’est par le sexe qu’on approche l’intériorité des hommes et des femmes ». Elle ne veut rien d’autre. La communauté qui est la sienne est celle de la jouissance. Mais une étrange jouissance, à la frontière entre le réel et la fiction. Oui, Anne Bert est la dernière auteure ; comme chez Nietzsche il y a un dernier homme. Et être celle-là, cette dernière femme, c’est inscrire son cœur dans l’éternité. Peu d’écrivains savent faire ressentir à ceux qui partagent avec eux l’intimité de la lecture ce sentiment curieux, mélange de plénitude et d’égarement. Les étoiles filantes sont les plus belles décharges d’orgasme,  avec en prime la couleur. Merci Anne, de faire briller ces étoiles avec tes mots, tes phrases, tes lignes…

perle anne bert

Perle est désormais une belle jeune femme qui fréquente les milieux libertins. C’est là qu’elle rencontre un homme marié, vieillissant, pervers – peut-être celui de L’emprise des femmes – qui lui permettra d’aller encore plus loin dans le dépassement des limites  : « J’étais toutes ces femmes et aucune d’entre elles. J’étais une et cela suffisait à lui faire dresser l’oreille et la queue. Je n’étais ni passionnée ni amoureuse, mais très dépendante de nos jeux. En somme je l’aimais si ce mot peut admettre un sentiment dépourvu du lien amoureux, pour cette capacité à basculer au-delà des frontières des codes virils ». Car c’est très vite vers ce trouble du genre, cette inversion des assignations genrées du plaisir que s’oriente Perle. Un dérèglement rimbaldien des sens, une androgynie khatibienne des plaisirs qui passe par une fusion du sujet et de l’objet du désir. On pense à certains passages de Julie-Anne de Sée, par moments. Perle prend le corps de son amant comme ce dernier prend le sien. Lorsqu’elle rencontre ensuite un autre homme, Alanik, en partant faire les vendanges dans le sud de la France, c’est en sa compagnie qu’elle lèche avidement le sexe d’Hugues, un autre compagnon libertin.

Les contes de fée n’ont de saveur que s’ils existent dans la vraie vie, nous procurent de la joie et nous permettent de rompre avec les transcendances moralisatrices qui emprisonnent la vie : « Il n’y a pas d’antidote, X. Sais-tu que ta réalité n’est rien d’autre que ce que tu as en toi, dans ta tête et dans ton corps, ce qu’est capable de concevoir et de mettre en image ton cerveau ? Ta réalité, c’est le pouvoir de ta conscience ». Les plus contes de fée sont ceux que l’on s’invente soi-même. C’est nue que Perle apprend la vertu, en s’abandonnant aux plaisirs multiples de la chair. Elle n’a pas peur de basculer dans l’abîme du néant et de toucher la laideur car c’est là que la volupté est « fulgurante ». Lors d’une séance de cordes avec Chloé, une bimbo allumeuse qui commence par l’agacer, Perle franchit un cap supplémentaire du voyage : « Elle me confia plus tard que jamais elle n’avait éprouvé ce féroce besoin exigeant si loin du désir, aux frontières de la folie, il fallait bien que quelque chose rentre en elle, un besoin organique inversé aussi primaire que celui de pisser ou de chier qu’on ne retient plus ; prisonnière de ces mètres de corde, le corps soumis à ces attouchements que la corde n’atténuait en rien mais au contraire amplifiait et cernait, elle s’effondra dans cette tunique carcan qui ne laissait s’échapper que ses larmes et sa cyprine, goûtant dans cette infernale sensation l’insondable plaisir de l’entrave ». Perle a mille vies. Perle est autant un corps qu’un flux. L’écriture d’Anne Bert est un écoulement. Et nous transporte dans le véritable paradis : le plaisir du sexe… pardon, du texte !!!

Yannis Z.

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Tout le plaisir est pour moi

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A propos de Clarisse Calliopé, Le gout des larmes, Collection Indécence, Editions L’Ivre-Book, 2016.

http://soumise-blog.com/le-gout-des-larmes

 

Clarisse est une femme sympathique. Elle aime les sorties en boîte, elle aime danser, s’amuser, boire un peu et flirter avec les garçons. Le sexe occupe une place importance dans sa vie. Elle aime les ébats intenses, la jouissance de la chair, les orgasmes qui vous emportent au nirvana. Pourtant, elle a du mal à trouver satisfaction. Bien souvent les hommes ne sont pas à la hauteur. A croire que ce n’est que dans les films pornos qu’un beau gosse bien membré tombe à point nommé pour satisfaire une jolie jeune fille qui n’attendrait que ça. Dans la vraie vie, les femmes ne devraient compter que sur elles-mêmes et l’agilité de leurs petits doigts ? L’amant rencontré un soir en boîte s’avère très vite décevant, incapable de comprendre ce qui est susceptible de donner du plaisir à Clarisse. Les autres personnes qui croiseront sa route ne donneront rien non plus. La vraie vie a quelque chose de profondément mélancolique. On navigue entre espoirs et déceptions, à l’image de ces marins perdus dans des océans sans îlots.

Clarisse est aussi une fille pleine de sensibilité, chargée d’émotions comme une pile peut l’être d’électricité. Elle aime pleurer, verser des larmes. Pour elle, cela représente une sorte de libération : « Je crois que je n’ai jamais eu de mal à pleurer, je crois même que j’aime pleurer, cela me libère. J’ai en moi cette sensibilité qui m’émeut fréquemment, alors souvent je suis touchée, parfois pour des petites choses insignifiantes de mon quotidien ». Curieux me direz-vous ? Pas tant que ça quand on sait que Clarisse est une soumise à la recherche d’un Maître, d’un vrai !! Les paroles d’insultes sur les sites BDSM ou bien la relation vanille, avec sa charge de condescendance, ne la satisfont pas. Avec Julien, l’amant de la boîte de la nuit, elle a cru que quelque chose allait commencer. Mais elle a été déçue. Clarisse cherche la douleur, les larmes, l’abnégation jouissive de son être : « Je jouis dans les pleurs et dans la douleur, et c’est ainsi que je m’épanouis. Mes larmes deviennent mon offrande la plus inestimable, la plus précieuse, à qui voudra bien s’y essayer ». Cela ne l’empêche pas d’être romantique et même d’avoir le goût de la maternité. Clarisse cherche l’homme de sa vie. Un homme qui la soumettrait tout autant qu’il l’aimerait. La cruauté et les sévices peuvent effrayer la plupart des femmes mais pour Clarisse, elles représentent la quintessence de l’amour. Cette quête d’absolu nous a beaucoup touché. Clarisse Calliopé est une auteure qui se livre corps et âme à la littérature ; comme elle s’offrirait à un Maître exigeant mais salvateur. Elle est entière dans ce qu’elle écrit, s’abandonnant aux plaisirs de l’écriture tout autant qu’à ceux de la chair. C’est une qualité rare chez un auteur.

Après plusieurs déconvenues, et un petit réconfort dans les bras d’un ami qui lui donne occasionnellement un embryon de ce qu’elle cherche, Clarisse rencontre Maître Charles sur le net. Elle n’y croit plus. Elle pense que ce sera une autre déconvenue. Toutefois, l’amour arrive toujours au moment où l’on ne s’y attend pas. Les échanges deviennent de plus en plus intenses. Tout comme dans « Rencontre avec la vérité » de Eva Adams, le récit épistolaire a son importance dans « Le goût des larmes ». Clarisse écrit ses sensations à Maître Charles. Ils partagent une intimité très forte à travers la saveur de leurs mots. Clarisse lui parle de ses pratiques masturbatoires, attisant sa curiosité de la voir faire cela devant lui en reliant l’orgasme du corps avec une spiritualité intellectuelle : «J’aimerais te voir faire… je trouve ça très troublant de voir une femme se masturber. Ça demande un vrai abandon de se montrer comme cela, c’est un bon début pour accepter son Maître dans une relation naissante ». La relation BDSM serait une quête spirituelle, voire une éthique de vie ? Clarisse Calliopé nous montre que la recherche de l’amour peut prendre toutes sortes de route… Tous les chemins mènent à Rome, de toute façon…

Yannis Z.