Publié dans Littérature

Des mondes troublants

A propos de Stella Tanagra, Sexe primé, Paris, Tabou, 2017

Les mondes de Stella Tanagra rappelle ceux de Lautréamont, où l’on se nourrit de chair bouillie et où les larmes ont la couleur du sang, surtout lorsqu’elles sont versées après les plaisirs voluptueux des corps. La première nouvelle annonce le ton. Un homme est avec son épouse dans la piscine de leur jolie maison. Ils fêtent leurs vingt ans de vie de commune, dans un monde où la sensualité et la nature se mélangent. L’épouse ressemble à une nymphe dans l’écume des flots : «  Ses formes nues dont la transparence de l’eau était le seul vêtement, accéléraient la montée fulgurante de mes envies vénériennes à son égard. Océane était la créature aquatique dont j’avais toujours rêvé et j’avais la chance extraordinaire de vivre à ses côtés ». Le couple se remémore certaines scènes pimentées, sans se rendre compte des dérives qui les guettent. D’autres nouvelles nous ont marqué, notamment « scènes de crime » évoquant le rapport trouble entre un serial killer et sa future victime, draguée dans un bar : « En rentrant, elle devient mon otage tout autant que ma complice, celle qui m’a aidé docilement à la posséder. Isolée de la réalité extérieure, se délaissant dans mon univers, elle ne peut plus m’échapper ». Les personnages sont confrontés à l’innommable, à ce qu’il y a de plus sombre dans l’âme humaine, ce qu’il y a de plus triste et de plus douloureux dans la vie. Dans la nouvelle « Sans sortir », nous sommes bercés par la voix d’une femme enfermée dans un lieu dont on ignore tout. Elle a perdu tout sens de l’espace et du temps. Tout son univers n’est fait que de fantasmes. Peu à peu, une vision apparait. Un homme lui fait l’amour, lui donne l’impression d’exister : « Je goûte ainsi au fruit défendu dont la dureté est conçu pour exorciser mes envies séquestrées. Cet objet raidi aux pourtours granitiques a su transformer mon entrejambe esseulée en contrée humide ». La chute inattendue prendra le lecteur aux tripes, à l’image de toutes les autres nouvelles. Stella Tanagra le dit intelligemment : que nous resterait-il d’humain si ce n’était l’animalité qui sommeille en nous ? Ces nouvelles semblent parfois irréelle ou jouent avec le réelle, notamment à travers le personnage de Lucy. Car c’est de jeu qu’il s’agit avant tout, d’un auteur qui joue avec l’âme des lecteurs : « Seriez-vous victime de votre imagination ou bien de ce piège façonné à chaque ligne que vous avez lue ? A moins que le plus pervers d’entre nous, ce ne soit vous, ne vous méprenez pas sur mes intentions… ».

Yannis Z

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