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Des agencements de désir

A propos de Véronique Bergen, Le cri de la poupée, Al Dante, 2015

http://al-dante.org/shop-4/veronique-bergen/le-cri-de-la-poupee/

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Entrer dans un devenir, expérimenter des agencements de désir, surfer sur des plans d’immanence, s’immerger dans les rhizomes dessinés par Véronique Bergen. Voilà où mène la lecture de ce livre envoûtement, aux consonances deleuziennes.

Inspirée par l’artiste Unica Zürn, qui exposa ses dessins avec les surréalistes et publia également des textes littéraires tels que L’homme-jasmin, Véronique Bergen peint le portrait d’une femme qui refuse d’être le jouet des hommes et d’accepter passivement l’instrumentalisation de son corps, notamment lors des ébats. Proche de ce que disait Deleuze dans l’abcedaire (le désir produit, il ne se laisse pas produire), elle suit Unica dans ses expérimentations, ses devenir, ses précipices. Les scènes avec ses amantes ou avec Hans Bellmer sont décrites comme des sortes de poèmes surréalistes, des sensations à l’état pur.

Les lignes de fuite sont puissantes, entraînant tout avec elle : « J’aime en elle cette souffrance qu’elle a élue en voie royale de la jouissance, j’aime ses yeux dévorés par la nuit ». L’auteure va la chercher au Père Lachaise et l’inscrit dans l’éternité, en en faisant un corps sans organe. Un personnage de roman est aussi une poupée, un jouet dont on peut disposer, y compris sexuellement. Toutefois, l’Unica créée par Bergen immole son index à la flamme et toute sa vie n’est qu’un long flirte avec le feu. Les phrases qu’elle écrit sur elle la livre au brouillard, aux délires du corps et de l’esprit.

Unica est multiple, chargée de multiplicité. A travers la drogue et le sexe, elle sort d’elle-même. Le temps hésite, pas elle. Unica ulysse (du verbe « ulysser », tiré lui-même du nom Ulysse), voyage, effectue un long périple : « A vivre assise à l’extrémité de moi-même, je risque à tout moment de tomber dans les êtres que je côtoie ». Unica est androgyne, attirée autant par le corps des hommes que des femmes. Le réel n’est rien d’autre qu’un jeu où il est parfois bon de se perdre. Le désir a quelque chose de savoureux lorsqu’il est immanent : « Je plonge ses mots yiddish dans la nuit bulgare que j’érige autour d’elle […] pour que mes amantes se tout afin de n’exister que sous ma loi, il suffit que je leur glisse ma langue entre leurs lèvres, ma folie dans leurs marais psychiques ». Lorsqu’elle est avec Juliet, celle-ci ne la traite pas en tant qu’être humain mais en tant que commode, oeuf ou livre. C’est à ce niveau que se situe le devenir qui est, comme le soulignent Deleuze et Guattari, autre chose qu’une simple imitation. Devenir oeuf, ce n’est pas imiter la coquille mais se mettre à danser à l’intérieur du corps de l’aimé, lui insuffler une « bouffée de vie ronde ».

Ces déterritorialisations peuvent conduire à la dérive, le désir n’étant jamais à l’abris de processus de destruction. Mais, peut-être, dans certains états d’agencement, la sensation sublime fait que le jeu en vaut la chandelle. Mais il faut être chamam, et pas nazi, pour revenir de son délire et s’inscrire dans l’intensité de la vie.

Yannis Z.

 

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