Publié dans Littérature

Vous avez allumé un feu en moi

A propos de June Summer, Jeux de mails

https://www.amazon.fr/Jeux-Mails-June-Summer/dp/1530895820

june summer3

Jordane vit très mal la rupture sentimentale avec son amant, Peter. Ils ont partagé une forte complicité amoureuse. Sexuellement, il lui faisait sentir sa féminité. Elle a aimé les plaisirs qu’ils ont partagés. Sous la plume élégante de June Summer, les plages nudistes du Cap d’Agde ressemblent au salon des Guermantes décrit par Proust. La baie des cochons, les exhibitions avec le cercle des voyeurs, les plans libertins sont un Eden perdu : « j’ai aimé cette vie de folies et de sensualités, ces découvertes de lieux libertins, nager nus dans la mer au Cap d’Agde, faire l’amour partout, les clubs libertins, les délires… J’ai adoré, en fait ! ». Le goût de la chair est lié au sentiment nostalgique de cette première Madeleine dont on cherche à retrouvé un goût sans doute à jamais disparu. Jordane a l’impression qu’elle ne connaîtra plus pareil bonheur. Peter était tout dans sa vie. Et la façon dont il l’a plaquée, par un simple SMS, a du mal à être digérée.

A la recherche du temps ou le temps perdu de la recherche ? Jordane se sent seule, dépressive. Mais en surfant sur les réseaux sociaux, elle rencontre Ron, un mystérieux inconnu qui sait trouver les mots pour la séduire et lui donner envie de se lancer à nouveau corps et âme dans une nouvelle relation.

Cela pourrait sembler à une histoire bateau. Sauf que là, le talent de l’auteur nous plonge d’emblée dans la psychologie des personnages, de cette femme qui approche de la cinquantaine, qui se retrouve seule et qui réapprend à vivre, à se reconquérir. Tout un ensemble de personnages entourent Jordane et partagent également les jeux de mails bien souvent libertin. Ce sont eux qui tournent autour de ce périple, parfois à distance, et donnent sens à la quête de Jordane : « Elle avait parfois des accès de nostalgie, revivant les jours heureux d’autrefois, lorsque Peter venait la retrouver ici ou là, pour des moments de rires et de délires, des repas ou des fêtes, des balades en pleine ville. Ils marchaient enlacés, l’un contre l’autre, et le monde était magique, comme une grande place de jeux inventée pour leur couple qu’ils croyaient éternel… Maintenant, elle dormait seule dans son grand lit de célibataire, et plus personne ne s’intéressait à ses pensées intimes, ses désirs, ses fantasmes… Certes, elle avait Jonathan son fils chéri, ses parents qui l’adoraient, ses amis, dont surtout Patty, sa confidente préférée… Mais à personne elle ne pouvait dire ses envies… des envies grandissantes de jouir à nouveau de la fusion des corps qui se retrouvent avec furie, de sensations intenses, de jouissances électriques, d’orgasmes vertigineux explosant en cris de plaisirs, en soupirs… »

L’enjeu est bien là. Reconquérir sa liberté. Remonter en selle après avoir mordu la poussière. Dans les bribes de désirs immanents qui se dégagent de ces corps forts et fragiles, de ces âmes remplies de doute et de volupté, il y a un monde que les univers virtuels des réseaux sociaux rendent réels. Les échanges de messages, de photos de plus en plus sexys, les appels téléphoniques torrides, les attentes du désir ; tout cela donne les prémices de ce qui les attend si un jour la rencontre se produit. Les mails produisent des réminiscences chez Jordane : « Elle se surprenait à échafauder une autre vision de l’année à venir, cette année 2016, décrite par Ronan comme « planifiée », un terme qui la faisait rêver… Elle voyait des virées dans le Sud en moto, des baignades dans la mer, des baisers et des étreintes à l’ombre de pinèdes… Elle en sentait déjà le parfum… Son corps vibrait, alléché par ces images de plaisirs estivaux et sensuels… Elle avait envie de faire l’amour peau contre peau, avec le chant des grillons en arrière-plan, et de plonger ensuite nus dans une cascade fraîche à leur peau brûlante ». En s’endormant, Jordane sent beaucoup de joie dans son cœur. Le libertinage est un art de vie, une manière de faire de sa vie une œuvre d’art. Le passage où Ron fait promettre à Jordane de ne plus jouir après minuit, accompagné de la transgression de cette promesse, est de toute beauté. Et fait saisir à la lectrice, au lecteur, que l’important du voyage n’est pas tant d’arriver que de profiter des multiples péripéties du périple.

Yannis Z.

 

 

2 commentaires sur « Vous avez allumé un feu en moi »

  1. Quelle belle plume que tout un chacun pourrait se retrouver dans la même situation, j’aurais tant aimé être libertine maintenant c’est trop tard trop âgée, dommage
    Bien à vous

    1. Bonsoir,
      Merci pour votre commentaire. je vous rassure, être libertin-e c’est surtout oser être libre dans la tête et dans le coeur, et cela n’a pas d’âge…
      Cordialement, June Summer

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