Publié dans Littérature

Le bonheur des dames

A propos de Julie Derussy, Clarissa Rivière, Au frisson des jupons, Collection Paulette, 2016

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Ecrit à quatre mains par Julie Derussy et Clarissa Rivière, deux auteures talentueuses figurant parmi les plus productives et les plus captivantes de la littérature érotique contemporaine, ce roman est inspiré librement par Au bonheur des dames de Emile Zola. Il raconte les péripéties de deux vendeuses, appelées innocemment Claire et Juliette, qui travaillent dans ces grands magasins aux allures affriolantes. Les protagonistes féminins ont intériorisé la domination sociale qui pèse sur elles, à la fois en tant que femme et en tant que prolétaire. Leur corps est par essence dans une position de subalterne, soumis à une exploitation économique tout autant que sexuelle. Elles doivent effectuer le travail pénible au sein de ces décors qui ne sont paradisiaques que pour les clients fortunés. Et elles sont également contraintes de coucher avec leur patron, pour garder leur poste.

Julie Derussy et Clarissa Rivière vont plus loin que Zola et rendent visible cette sexualité ambivalente. Lorsque Claire s’offre à Sylvain, le patron, elle est à a fois répugnée et excitée. Elle ressent une honte et une mésestime d’elle-même mais l’excitation et l’orgasme sont aussi au rendez-vous : «    Si elle accordait ses faveurs, à présent, c’était uniquement au patron. Ce n’était pas désagréable : il était plutôt séduisant, avec ses yeux gris et ses mains douces. Pourtant, dans le bureau, elle avait retrouvé cette honte jouissive de la première fois. Elle ne ressentait plus, à présent, qu’un grand dégoût pour elle-même — et pour les hommes. Ils étaient donc tous les mêmes, à vouloir la posséder, la faire souffrir ? » Juliette a un autre parcours. Elle vient de la campagne. Contrainte de transformer son corps de « paysanne », en celui d’une « citadine », si elle veut réaliser son rêve consistant à travailler dans un grand magasin, elle doit également subir les assauts du patron, qui lui fait comprendre dès l’entretien d’embauche qu’elle n’aura pas de contrat si elle ne lui offre pas ses charmes. Les auteures nous plongent dans les sentiments troubles de personnages auxquels on s’attache très vite : « Il força l’entrée de sa bouche, Juliette l’ouvrit avec réticence, accueillit le pénis. Il était flasque encore, mais à peine l’eut-elle en bouche qu’il se mit à durcir et grossir de façon démesurée. Elle étouffait. Il la dégoûtait, pourtant, contre toute attente, elle se sentit excitée par la situation, et se mit à le sucer avec ardeur. C’était comme si une autre Juliette, bien plus sensuelle, avait pris sa place. Fernand sentit ce changement d’attitude et se réjouit. Mon Dieu que c’était bon. La petite le suçait comme une professionnelle, mieux encore même, avec un enthousiasme que ces débauchées n’ont plus, lasses de le faire à longueur de soirées. Il allait s’abandonner si elle continuait ainsi, alors qu’il avait envie de goûter à son petit sexe bien serré, d’y sentir son vit au chaud ».

 

Au départ, Claire et Juliette vont être concurrentes. La plus ancienne voit dans la nouvelle venue une menace pour ses maigres privilèges. Les propos des auteures font écho à notre société contemporaine. Le monde du travail décrit par Zola, empreint de cette inhumanité à laquelle étaient confrontées les classes populaires, interpelle les sociétés néo-capitalistes d’aujourd’hui, peuplés de mondes professionnels parfois impitoyables et de  jeunes entrants sans éthique et compassion qui reproduisent, en les perpétuant, les attitudes autoritaires d’un système qui les exploite. Il en est de même des passages où Claire se rend compte que Juliette fait l’amour avec des vendeurs en acceptant qu’ils jouissent à l’intérieur d’elle. L’imprudence liée au risque de tomber enceinte dans un XIXème siècle où les moyens de contraception étaient inexistants a des affinités avec l’imprudence contemporaine par rapport au risque d’attraper le sida en faisant l’amour sans se protéger.

Peu à peu, Claire et Juliette vont se rapprocher et devenir  amies (voire même un peu plus). Continueront-elles de subir la domination masculine de Sylvain ? Le bonheur des dames est-il aussi artificiel que le décor des grands magasins ? Ou bien se trouve-t-il dans le plaisir d’inverser les rapports de domination ?

Aux lectrices et aux lecteurs de découvrir ce texte remarquablement écrit, voluptueux et palpitant

Yannis Z.

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