Publié dans Littérature

Délicieuses tentations

 

 

A propos de Clarissa Rivière (dir), A toute volée, L’ivre Book, 2014.

http://www.livre-book-63.fr/87-a-toute-volee-9782368920725.html

a-toute-volee

C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons lu ce recueil de nouvelles. Les textes sont sulfureux, empreint d’une volupté toujours au rendez-vous. Miss Kat raconte l’histoire d’une jeune fille qui se dispute avec son amant, âgé de vingt ans de plus qu’elle, et qui se fait corriger par ce dernier : « Il la prend par la main et l’entraîne entre les arbres, à quelques mètres seulement du sentier. Jamais elle n’a eu aussi honte de toute sa vie. Elle a rêvé de rouge sur ses fesses, mais elle n’avait pas envisagé qu’il empourprerait d’abord ses joues ». La nouvelles de Ysalis KS dévoile les ambivalences du BDSM, à travers un subtile mélange de soumission et de résistance latente perdurant dans les yeux de la soumise : « Face à moi, elle soutient mon regard. Je la veux soumise et fière à la fois. Elle accepte que je la domine… mais dans ses yeux, je discerne aussi le désir de résister, de ne pas montrer sa faiblesse lors de cet abandon passager dont elle me fait cadeau ». Les rapports entre la personne qui domine et celle qui est dominée sont constituées de pratiques sociales complexes et diversifiées. C’est de cela que rend compte la nouvelle de Claire de la Chatlys, exaltant la violence du désir réciproque du Maître et de sa soumise : « Je veux qu’il me prenne sauvagement par derrière. Qu’il me possède. Qu’il m’arrache des cris de jouissance et d’une fermeté puissante me fasse rabaisser mon caquet ! En homme parfait, Érik m’aide à servir et à débarrasser. Je le suis comme son ombre. Me frotte à lui. Provocante. Rebelle. Ses fesses appellent mes mains ».

Mais le sadisme et la domination peuvent être entendu au sens propre comme au figuré, et s’inscrire dans une vengeance macabre à l’égard d’un mari volage qui se retrouve en fauteuil roulant. C’est ce que raconte Erik Torrent, pour qui la correction n’est pas forcément là où on l’imagine. Il en est de même dans la nouvelle de Clarissa Rivière, explorant la complexité des rapports entre un manager redoutable et une jeune employée. Si dans l’entreprise, l’homme occupe une place hiérarchiquement supérieure à elle, en dehors il lui demande d’être sa Maîtresse. La fille hésite et finit par accepter, en partie car elle a envie de le remercier pour tout ce qu’il lui apporte, en partie car elle est intriguée par ce type d’expérience sexuelle. Plus elle le corrige, plus elle se prend au jeu et ressent un trouble profond l’envahir : « Je m’installe lourdement sur son dos et le cravache à toute volée, excédée de n’obtenir que des murmures reconnaissants. Je ne vois que ses fesses tressaillir et rebondir sous le choc. Je déteste ce que je fais, je me déteste d’être excitée à ce point, et même d’y prendre un certain plaisir pervers. Je ne me reconnais plus ». La nouvelle de Miss Kat évoquant les rapports de soumission d’une secrétaire sexy à l’égard de son patron s’inscrivent dans ce registre.

Le texte de Julie Derussy mélange habillement poésie romantique et fantasme de la domination, en décrivant avec des mots baudelairiens le regard fiévreux d’un jeune joueur de guitare s’imaginant administrer une correction à la jolie danseuse qui vibre au rythme de sa mélodie : « Elle me montrait

sa croupe, mais elle ne se donnait pas. Alors, je m’approchais d’elle, je la saisissais par l’épaule, mon autre main s’élevait dans les airs, et s’abattait enfin, violemment, sur ses fesses. C’était de la musique, toujours, ce claquement de ma main sur ses chairs, ce gémissement de sa bouche, elle était la guitare entre mes mains, et je jouais d’elle, en rythme, violemment, jusqu’à voir l’ambre de ses fesses se marbrer d’un rouge plus intense que celui de sa jupe ».

Les pratiques BDSM peuvent faire l’objet de voyeurisme, comme le montre la nouvelle de Ondine D’Onatie. Le regard de Mathilde observant sa sœur en train d’être fessée par son petit ami rappelle celui du narrateur de Proust dans Sodome et Gomorrhe. Mais ces plaisirs peuvent être interrogés également par une introspection fouillée des personnages. C’est ce que l’on trouve dans les deux nouvelles de Jean-Baptiste Messier, évoquant les confessions troublées de Paul vis-à-vis de sa psychothérapeute. Ce dernier lui raconte les fessées administrées par sa mère et elle lui rétorque que ces dernières déterminent son rapport actuel aux femmes. Mais ce que Paul ne lui raconte pas, ce sont les plaisirs qu’il s’octroie avec Hong, une asiatique au corps plantureux et offerte à tous ses désirs. Tantôt elle se laisse corriger, tantôt c’est elle qui le corrige : « Je suis sûr qu’elle adore ce rodéo la salope. Puis d’un coup, elle commence à me frapper avec le dos de la brosse en bois : des coups très violents qu’elle lâche sans se retenir. Je suis sûr que mon derrière est rouge et des émotions enfantines m’envahissent. Je me sens misérable mais aussi cela m’excite et ce que je ne pouvais faire enfant, je le ressens maintenant : je bande de plus en plus sous les coups de la jolie, jeune, furieuse et sadique chinoise. Voilà ce que je n’avais pu dire à Aude, ma psy ».

Dans sa nouvelle, Aline Tosca raconte le désir spontané d’un jeune adolescent prenant en stop une jolie blonde aux allures d’actrice de Marc Dorcel qui l’allume outrageusement. Celui-ci se met à la fesser avec volupté, déchargeant violemment par la suite sur son visage. Octavie Delvaux clôt le recueil par une rencontre entre une maîtresse expérimentée quelque peu lassée de la fréquentation régulière des clubs BDSM androcentrés et une jeune soumise faisant visiblement ses premiers pas dans le jeu de la domination : «   Comme il était touchant d’observer cette petite fleur fraîche perdue dans la faune nauséabonde de voyeurs insatiables. Bien vite, sa silhouette charmante, qui contrastait avec la bestialité de l’assistance, devint ma principale préoccupation ». Le fil rouge de toutes ces histoires tient dans ces désirs immanents, désinhibés, où les êtres se révèlent à eux-mêmes et expérimentent des plaisirs nouveaux. Le jeu en vaut largement la chandelle.

Yannis Z.    

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s