Publié dans Littérature

Pour le plaisir

A propos de Cléa Carmin, Jouir d’aimer, Editions Alpinia Purpurata

http://www.cleacarmin.com/romans.html

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Après « Brûlure », nous avons lu « Jouir d’aimer », le second de Cléa Carmin. Ce dernier est aussi incisif, aussi ardant, aussi trouble et envoutant que le premier.

Une femme est chez elle. On sonne. Elle boutonne le haut de sa robe chemisier et va ouvrir. Sur le pas de sa porte, il y a son amoureux, une valise à la main. Il vient emménager chez elle, sans l’avoir véritablement prévenue. Elle exulte. Elle se jette d’instinct dans ses bras, faisant basculer la valise. Elle est heureuse, ce matin là : « Je ne sais pas si je rêve, si cet état d’attente perpétuel que tu m’imposes depuis des mois m’a conduite à la folie. A force d’en avoir envie, j’ai inventé ce moment, ta venue, ta reddition. Mon imagination exaltée me joue des tours. Je suis obsédée, toute à toi, en permanence ».

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Elle ferme la porte, se déshabille. L’accueillir nue. L’avaler. Lui donner du plaisir. Etre à lui. Sentir qu’elle lui appartient. Il y a un curieux plaisir à être réifiée, à n’être qu’un objet de désir pour l’homme aimé. Clé Carmin sait décrire l’ambivalence et la violence du sentiment amoureux.

Ce n’est que lorsqu’ils ont fait l’amour qu’elle se sent apaisée. Mais jamais rassasiée. Toujours prête à repartir vers le plaisir. Elle a du désir en réserve. Le roman nous entraîne dans l’exploration existentielle de cette passion, de ces expérimentations toujours plus intenses, plus extrêmes les unes que les autres.

Lorsqu’il la surprend en train d’uriner, l’homme sent une violente excitation. Ce sera l’une des scènes clé où le couple franchir le rubicond du désir. Un soir, elle rentre et trouve son amant attaché sur le lit. Il est offert à tous ses fantasmes : « Ce soir, c’est toi qui décides, c’est toi qui choisis, toi qui agis ». L’homme est à la disposition de la femme, qui se réjouit de son érection. Elle prendra possession de son corps avec une avidité dont elle ne se savait pas capable. Les expériences se multiplient : « Je me sens folle, habitée par un désir répugnant, ignoble, mais tellement vivante ! ». Elle s’évade de sa vie morne, d’une réalité ennuyeuse et blafarde. Le sexe ré-enchante leur vie, à tous les deux.

Notre passage préféré est celui où le couple regarde des images pornographiques sur internet et prend conscience des nouvelles possibilités de plaisir qui s’offrent à eux. Elle le regarde, devant l’écran. L’idée de découvrir ces jouissances avec lui l’émerveille. Il ne s’agit pas forcément de les pratiquer pour de vrai. C’est juste l’idée de pouvoir les vivre ensemble qui est plaisante : « Certaines sensations dégoûtent et fascinent à la fois. Nous faisons l’amour, en apparence. En réalité, nous nous roulons dans le stupre et la débauche ! Sous nos peaux coulent des vipères et des crapauds, nos yeux fermés visionnent des  films censurés ».

Cléa Carmin trouble les frontières entre le réel et l’imaginaire, embarquant avec elle le lecteur, comme un amant, à qui elle offre un beau voyage dans la saveur des mots.

Yannis Z.

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