Publié dans Littérature

Tout le plaisir est pour moi

le-gout-des-larmes

 

A propos de Clarisse Calliopé, Le gout des larmes, Collection Indécence, Editions L’Ivre-Book, 2016.

http://soumise-blog.com/le-gout-des-larmes

 

Clarisse est une femme sympathique. Elle aime les sorties en boîte, elle aime danser, s’amuser, boire un peu et flirter avec les garçons. Le sexe occupe une place importance dans sa vie. Elle aime les ébats intenses, la jouissance de la chair, les orgasmes qui vous emportent au nirvana. Pourtant, elle a du mal à trouver satisfaction. Bien souvent les hommes ne sont pas à la hauteur. A croire que ce n’est que dans les films pornos qu’un beau gosse bien membré tombe à point nommé pour satisfaire une jolie jeune fille qui n’attendrait que ça. Dans la vraie vie, les femmes ne devraient compter que sur elles-mêmes et l’agilité de leurs petits doigts ? L’amant rencontré un soir en boîte s’avère très vite décevant, incapable de comprendre ce qui est susceptible de donner du plaisir à Clarisse. Les autres personnes qui croiseront sa route ne donneront rien non plus. La vraie vie a quelque chose de profondément mélancolique. On navigue entre espoirs et déceptions, à l’image de ces marins perdus dans des océans sans îlots.

Clarisse est aussi une fille pleine de sensibilité, chargée d’émotions comme une pile peut l’être d’électricité. Elle aime pleurer, verser des larmes. Pour elle, cela représente une sorte de libération : « Je crois que je n’ai jamais eu de mal à pleurer, je crois même que j’aime pleurer, cela me libère. J’ai en moi cette sensibilité qui m’émeut fréquemment, alors souvent je suis touchée, parfois pour des petites choses insignifiantes de mon quotidien ». Curieux me direz-vous ? Pas tant que ça quand on sait que Clarisse est une soumise à la recherche d’un Maître, d’un vrai !! Les paroles d’insultes sur les sites BDSM ou bien la relation vanille, avec sa charge de condescendance, ne la satisfont pas. Avec Julien, l’amant de la boîte de la nuit, elle a cru que quelque chose allait commencer. Mais elle a été déçue. Clarisse cherche la douleur, les larmes, l’abnégation jouissive de son être : « Je jouis dans les pleurs et dans la douleur, et c’est ainsi que je m’épanouis. Mes larmes deviennent mon offrande la plus inestimable, la plus précieuse, à qui voudra bien s’y essayer ». Cela ne l’empêche pas d’être romantique et même d’avoir le goût de la maternité. Clarisse cherche l’homme de sa vie. Un homme qui la soumettrait tout autant qu’il l’aimerait. La cruauté et les sévices peuvent effrayer la plupart des femmes mais pour Clarisse, elles représentent la quintessence de l’amour. Cette quête d’absolu nous a beaucoup touché. Clarisse Calliopé est une auteure qui se livre corps et âme à la littérature ; comme elle s’offrirait à un Maître exigeant mais salvateur. Elle est entière dans ce qu’elle écrit, s’abandonnant aux plaisirs de l’écriture tout autant qu’à ceux de la chair. C’est une qualité rare chez un auteur.

Après plusieurs déconvenues, et un petit réconfort dans les bras d’un ami qui lui donne occasionnellement un embryon de ce qu’elle cherche, Clarisse rencontre Maître Charles sur le net. Elle n’y croit plus. Elle pense que ce sera une autre déconvenue. Toutefois, l’amour arrive toujours au moment où l’on ne s’y attend pas. Les échanges deviennent de plus en plus intenses. Tout comme dans « Rencontre avec la vérité » de Eva Adams, le récit épistolaire a son importance dans « Le goût des larmes ». Clarisse écrit ses sensations à Maître Charles. Ils partagent une intimité très forte à travers la saveur de leurs mots. Clarisse lui parle de ses pratiques masturbatoires, attisant sa curiosité de la voir faire cela devant lui en reliant l’orgasme du corps avec une spiritualité intellectuelle : «J’aimerais te voir faire… je trouve ça très troublant de voir une femme se masturber. Ça demande un vrai abandon de se montrer comme cela, c’est un bon début pour accepter son Maître dans une relation naissante ». La relation BDSM serait une quête spirituelle, voire une éthique de vie ? Clarisse Calliopé nous montre que la recherche de l’amour peut prendre toutes sortes de route… Tous les chemins mènent à Rome, de toute façon…

Yannis Z.

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