Publié dans Littérature

Moi vouloir toi

A propos de Aline Tosca, L’hôtel de la plage (SKA Editeur, 2016)

https://alinetosca.wordpress.com/hotel-de-la-plage-chambre-312/

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L’histoire commence comme un roman de Duras. Il va y avoir une déception amoureuse, qui imprègne le récit comme un souvenir : « Ton amour, enchanteur à en mourir, m’a donné, pris, donné et tant repris. » Ce sont les mots de Carine. C’était la fiancée de l’homme que j’aimais dans l’ombre, il y a quinze ans à peine, il y a quinze ans déjà, ma mémoire n’est pas incertaine et j’adorerais oublier, mais mon cœur lui n’oublie pas. Ce sont des souvenirs, avec cette chanson, une sorte de leitmotiv, autour de ça ». C’est Eva qui a récupéré l’homme qui a aimé Carine. Aujourd’hui, elle vient de rencontrer Lucas, qui est également marié. Et elle repense à cet homme, il y a quinze ans.

Comme dans certains de ses précédents écrits, notamment Nue devant lui, Aline Tosca se livre à un jeu de poker menteur avec le lecteur. Elle joue de la mise en abîme lorsqu’elle fait parler ses personnages. Eva écrit des textes érotiques. Est-ce que le personnage est un alter ego d’Aline Tosca ? Et si c’est le cas, est-ce au sens propre ou au figuré ? Au lecteur de juger. Un petit indice : la référence implicite à Sartre dans l’un des passages donne une idée du jeu avec les apparences : « Tu vois, moi je joue pas à être un garçon de café, je fais attention, je ne suis pas juste une apparence avec un plateau qui orne ma main, que je porte à bout de bras avec savoir-faire ». Mais Aline Tosca  joue quand même. Elle fait dire à Lucas que celui-ci aimerait bien être un personnage d’Eva. Le couple déjeune sur la terrasse d’un restaurant. Elle boit du vin. Ça lui fait tourner la tête. C’est bien de se sentir amoureuse en étant un peu saoule. Les sentiments coulent mieux dans les veines.

Ils vont dans la Chambre 312. Ils passent une belle nuit d’amour. Au petit matin, quand l’une des femmes de ménage rentre dans leur nid douillet, elle se sent impudique sous les draps. Et puis le couple se sépare. Lucas repart en train sur Paris. Que peut-il bien éprouver à son égard ?, se demande Eva. Elle est toujours dans la chambre 312. Elle y revient. Et elle se souvient, en se sentant un peu être comme Carine. Elle se souvient de ses amants. De son dépucelage. Et puis des autres hommes. Des femmes aussi, avec qui elle a fait l’amour : «Elle aspirerait ma langue, caresserait mes seins, me déshabillerait. Ça me fait un effet de ouf d’imaginer cette femme que j’ai bien aimée. Je me souviens qu’elle avait les seins refaits, que ça lui allait bien. Elle avait demandé à revoir son buste parce que ça faisait bien lourd à porter et puis depuis ça tient droit ». Vertiges voluptueux de la bissexualité. A moins que ce ne soit autre chose ? Le désir n’a pas de sexe. Comme les anges.

Yannis Z.

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