Publié dans Littérature

La métamorphose

A propos de Mécassine et sa valise de Jaine, Collection Paulette, 2015.

http://www.collection-paulette.fr/les-petits-%C3%A9rotiques/m%C3%A9cassine-et-sa-valise/

 jaine

J’ai commencé à lire la nouvelle de Jaine avec le dernier album de Mylène Farmer en fond sonore. Et je me suis laissé emporter par la volupté du texte. Jaine sait charmer son lecteur. Le style est limpide, fluide, jovial. La fraicheur de Mécassine a quelque chose de fascinant. C’est une femme qui se parfume à la violette, porte des culottes en coton et protège son corps des ingérences extérieures. Elevée dans une famille stricte, soucieuse des bonnes manières et de la reproduction d’un ascétisme bourgeois, elle ne se sent à l’aise que dans le cadre de la décence et de la moralité. Elle rêve de rencontrer le prince charmant et de vivre un bel amour fleur bleu. Pourtant dans le train qui l’emmène en vacances, au milieu des montagnes, elle fait un rêve érotique des plus osés. En se réveillant à la gare terminus, son entrejambe est trempé. Dégoulinante, elle prend sa valise et quitte le compartiment désert. Dans sa chambre, elle se rend compte que ce bagage n’est pas le sien. A l’intérieur, des strings rouges, des bas, des tallons aiguilles, des menottes, un fouet, des sex toys. Quelle n’est pas sa surprise !! Tous ses fantasmes verrouillés sont dans cette nouvelle valise. Au départ, elle essaie quelques sous-vêtements avec appréhension. Et puis elle se prête au jeu des métamorphoses. Durant quelques jours, l’ancienne Mécassine cohabite avec la nouvelle. Son moi d’avant tente de s’agripper à elle mais son apparence change, son attitude aussi. Dans le train du retour, un homme la dévisage. C’est le déclic. Pour la première fois, elle ose regarder un inconnu en face : « Mon nouveau voisin s’installe. Je sens son regard me fixer. J’hésite, je n’ose le regarder, mes yeux sont baissés sur mon magazine. Je lutte, non Mécassine tu ne peux pas le regarder, ce n’est pas correct ! Mais subitement je lève les yeux, nos regards se croisent, il me sourit. Je rougis, je bafouille un bonjour, je me ressaisis et la conversation s’engage timidement puis rapidement une légère complicité se crée ».

Ils se revoient sur Paris et ont une liaison passionné. Ils découvrent ensemble des plaisirs insoupçonnés. Mécassine multiplie les expériences les plus extrêmes : uro, BDSM. Elle ne s’appartient plus. Et elle entraîne son compagnon avec elle dans ces jeux intimes sans tabou, où tout est permis dans le respect de l’autre. La beauté de texte se trouve dans les savoureuses introspections opérées par la narratrice. Il y a un côté proustien dans le récit. Lors de son voyage à St Brandon, Mécassine se souvient de la découverte de la sexualité, lorsqu’elle était adolescente : « Dans un autre, je me souviens de ce rayon de soleil, caressant mes cuisses où pour la première fois j’ai osé glisser ma main sous ma robe, aller au-delà du tissu de ma petite culotte et titiller ce bouton qui m’a transportée c’est vrai dans un état d’étonnement, mais de frissonnement, d’humidité, jusqu’alors inconnu ». Aujourd’hui, à quarante ans, elle s’offre une deuxième jeunesse. Elle s’affranchit de ce carcan ascétique dans lequel elle s’était abritée. Elle devient une autre, que ces proches seraient incapables de reconnaître et de comprendre :

 

« J’ai honte, comment leur expliquer mes tenues, mes sous-vêtements si osés, si sexy, si provocants, cette rencontre, mes désirs soudain si violents de plaire, de séduire, de charmer, oui j’ai envie. Oui je ne peux pas oublier Gilgamesh ! Je ne me reconnais plus ! Mais je n’ose toujours pas, tout ceci est interdit. Alors, je m’amuse à devenir cette autre le soir dès mon retour à l’abri de tous les regards. J’ajuste sur mes hanches un porte-jarretelles de satin rosé, je fixe mes bas de soie, j’ajuste la couture et, grimpée sur mes talons aiguilles, je me sens belle, désirable dans mes miroirs ».

 

Les plus beaux fantasmes ne sont pas ceux que l’on imagine mais ceux que l’on vit réellement au plus profond de sa chair. Mécassine nous rappelle cela avec brio…

Yannis Z.

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