Publié dans Littérature

Plus près de ton âme

A propos de Léa Carmin, Brûlure

http://www.cleacarmin.com/

carmin

Qu’y-a-t-il dans « Brûlure » ?   Tout d’abord, on y trouve ce désir à l’état pur d’une femme nommée Cléa qui se donne à la passion corps et âme. Tout commence par le sexe, dans une chambre d’hôtel. Cela semble classique. Ça ne l’est pas. Cléa se rend dans cette chambre pour se consumer, se perdre, se dissoudre. L’attrait de la chair est décrit avec une violence inouïe. C’est même cette sensation qui est le personnage principal du roman : « Mon corps réclame tes doigts. Mes épaules s’avancent, mes bras quêtent tes poignets dans l’obscurité. Tu ne viens pas. Tu n’allumes pas. Le silence répond à la nuit. Ta présence s’est dissoute. Tu es là mais impalpable ». Le sexe s’impatiente avant d’exploser sous l’orgasme. C’est cet entre-deux que le roman nous décrit. On sort du temps, de l’espace. Le corps devient une « brume de désir », un « parfum de passion » : « Entre nos deux corps, le désir s’opacifie comme un nuage de fumée dense et étouffant ». Peu d’auteurs parlent de la sensualité érotique avec autant de poésie. Cléa Carmin a quelque chose de Marguerite Duras quand elle raconte la beauté de ces corps jouissants. Il y a une spiritualité de la chair qui traverse le récit comme un fil rouge : « Je n’ai jamais ressenti pareil orgasme : je change d’état, je ne suis plus cher, je me sens esprit, je touche au divin, à l’absolu, à l’éternel ».

L’amour nous transcende et nous métamorphose. Cléa se sent différente avec cet homme. Elle redécouvre la vie. Elle s’attache à cet amant qui la bouleverse, qui l’excite, qui lui donne du plaisir. On ne sait rien de lui, hormis qui s’appelle B. Au départ, il s’agit juste d’un corps que la narratrice désire plus que tout. Elle le dit d’emblée : cet homme l’a possédée dès le premier regard. Mais elle ne nous dit rien d’autre. Cléa ne parle que de sa transformation, de son désir, de sa jouissance. Elle nous fait partager cet ailleurs qu’elle s’est construite avec son amant, loin de la réalité morose du quotidien. L’amour n’existe que dans les hétérotopies, ces lieux concrets où se réalisent les utopies. Cléa est dans le corps de l’autre, elle coule dans son sang : « je suis dans ce sexe gonflé, turgescent, prêt à éclater ». Quand il n’est pas là, elle se sent vulnérable. Quand il la fait souffrir, elle broie du noir. Plus on avance dans le récit, plus l’on s’aperçoit que cet homme a des comportements despotiques avec Cléa : « Au début, tu étais doux, si doux. Ça n’est pas possible que la douleur me cueille comme ça quand je ne l’ai pas vu se faufiler ». Eros flirte avec Thanatos. La pulsion de vie se mélange à la pulsion de mort. Après avoir entraperçu le paradis, Cléa découvre l’enfer, la violence, la soumission. B. lui bande les yeux en mettant du Mozart et lui fait subir les pires cruautés, en intégrant des partenaires extérieurs dans la relation. L’histoire prend une autre tournure. Mais elle aime cela : « Jamais je n’ai été caressée ainsi. L’éternité doit commencer sous tes doigts. Après l’immense tension du début de soirée, je me laisse aller et je m’enlise dans une douce torpeur, une ébauche de plaisir, une annonce de bonheur ». Cléa s’enfonce dans l’abîme. Cela lui plait. Jusqu’à où ira-t-elle pour être avec lui, pour assouvir les fantasmes de cet homme ? En reviendra-t-elle indemne ? Par-delà les positions du sujet et de l’objet du désir, Cléa Carmin nous plonge avec brio dans les sensations d’une femme qui ne craint de se perdre dans les sentiments pour vivre pleinement la passion amoureuse.

Jean Zaga   

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