Publié dans Littérature

Les derniers remparts de la dignité

A propos de Jessy Drake, Le chantage

http://www.amazon.fr/Le-Chantage-calvaire-dune-prof-ebook/dp/B0163HTRVG

 

jessy drake

Jessy Drake joue avec le lecteur de la même façon qu’une strip-teaseuse s’amuse avec vos nerfs. Le récit dévoile progressivement, par étapes, son intensité littéraire. Les vêtements tombent au sol un par un et l’extase finale sera bien au rendez-vous. Tout commence de manière ludique. Noémie Fox fête son trentième anniversaire avec sa copine du moment, Veronica. Cette dernière est une mère de famille en manque d’amour, qui trouve son bonheur dans les relations lesbiennes auxquelles l’invite progressivement Noémie. S’étant contentées de quelques petits flirtes, les deux filles vont faire l’amour pour la première fois ensemble. La nuit sera torride mais au réveil, Veronica lui annonce être folle amoureuse d’une autre fille. C’est la grosse rupture sentimentale pour Noémie, qui s’attachait peu à peu à son amante. La journée au travail sera particulièrement pénible. Noémie est professeure de littérature dans un lycée. Elle fréquente des adolescents chahuteurs qu’elle sait mener au doigt et à la baguette : « Autoritaire et implacable ! C’est ainsi que certains élèves aiment me décrire. Je sais que des sobriquets tels que Mademoiselle pince-sans-rire ou la harpie aux gros nichons sont utilisés pour me désigner dans la cour de récréation, mais cela m’est égal. Force est d’admettre que j’entretiens volontiers ma réputation par des répliques cinglantes et des regards assassins. Mon apparente sévérité m’assure un control presque absolue sur mes élèves. A défaut de respect, la crainte que je leur inspire est une garantie nécessaire au bon déroulement de mes cours. Je me nomme Noémie Fox et je suis professeure de littérature. Contrairement à ma vie privée, je suis parfaitement épanouie dans ma vie professionnelle ». Toutefois, quand l’une de ses élèves lui parle de ses pulsions suicidaires à la fin d’un cours et que la prof a le malheur de répondre à son baiser langoureux, en la laissant caresser sa poitrine, toute sa vie bascule. La perte de lucidité est éphémère. Noémie revient très vite à la réalité et dit à la jeune adolescente qu’elle ne peut avoir de relations avec elle. Toutefois, un engrenage irréversible va se mettre en place suite à ce bref moment d’égarement. Des photos compromettantes d’elle et de la jeune fille arrivent à son casier de prof dans une mystérieuse enveloppe et un maître chanteur inconnu lui fera accomplir les pires dévergondages, auxquelles elle se surprend à prendre le plus grand plaisir. Soit elle obéit à ses ordres écrits, soit les photos seront divulguées à tout le monde.

Une fois que l’on commence la lecture de ce roman, on ne peut plus le lâcher avant d’avoir atteint la fin. Qui est le maître chanteur ? Jusqu’à où va aller Noémie ? En s’enfonçant dans cette succession d’épreuves, au sens sociologique du terme (puisqu’il s’agit autant de contraintes sociales qui s’imposent à elle que de façon de se comporter socialement à partir d’un travail d’introspection sur elle-même), Noémie dévoile la dimension composite de son être. Jessy Drake sait osciller entre American Pie et Bernardo Bertolucci. La légèreté du monde des teen-agers fantasmant sur leur prof se combine avec la gravité d’une femme dépassée émotionnellement par les événements, qui prend conscience de son attirance pour les situations extrêmement perverses. Cela commence par une exhibition devant le lycée et va jusqu’aux moments où elle laisse deux de ses élèves qui l’invitent chez eux faire ce qu’ils veulent de son corps. Noémie prend conscience qu’elle est une « salope » et elle aime cela. Sans aucune culpabilité. Elle aime cet engouement dans les plaisirs interdits, pervers, stigmatisés, illicites : « Ce n’est pas ma façon de m’habiller qui a changé, mais c’est ma vie. Elle ne m’appartient plus réellement depuis que je reçois ces maudites lettres de couleur parme. Bien sûr, je pourrai choisir de les ignorer plutôt que de les lire ». Tout le récit n’est autre que la découverte de soi-même, à travers un abandon radical des repères et des normes sociales. Le monde de Noémie s’écroule. Si on découvre sa vraie nature, cela en sera fini de sa carrière ainsi que de sa vie sociale. Noémie navigue entre la peur, la honte, la soumission et l’émulation sexuelle. Cette spirale l’effraie et l’excite en même temps. Son sourire a quelque chose de nietzschéen. Plus de morale. Elle obéit aveuglement à toutes les injonctions du maître chanteur. Un jour, il lui demande de s’exhiber en cours devant ses élèves : « Au premier rang, le visage de Erwan se teinte d’une intense couleur rouge. Depuis sa place, il possède une vue imprenable sur mes cuisses nues et légèrement musclées. Ses yeux écarquillés sont rivés sur mes longues jambes fuselées. Je crois que cet adolescent serait littéralement capable de baver sur son bureau si je décidai d’écarter les jambes. La perspective d’exhiber mon sexe lisse à l’un de mes élèves me remplit de honte et d’excitation !».  Jusqu’au dénouement final qui prend le lecteur au dépourvu, les expériences vont se multiplier. « Le chantage » fait partie de ces textes littéraires dont on ne revient pas indemne. Et cela pour notre plus grand bonheur.

Yannis Z.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s