Publié dans Littérature

L’éducation sentimentale

A propos de Marie Laurent, Le maître de jet, Sens, Editions Dominique Leroy, 2015

http://www.dominiqueleroy.fr/produit/224/9782866889869/LE%20MAITRE%20DE%20JET

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Marie Laurent fait partie de ces auteures qui savent écrire sur le désir. Avec Le maître de jet, elle nous entraîne dans une ivresse flaubertienne, où le trouble des émotions amoureuse se combine magistralement avec l’appétit à peine dissimulé de la chair. Théo vient d’être recruté comme maître de chai dans un domaine viticole tenu par deux jolies sœurs aux profils antagonistes. Virginie est douce et accueillante. Albane semble austère, froide et hautaine. Lors de son premier jour de travail, c’est cette dernière qui lui fait découvrir les vignes. Théo s’attend à des rapports difficiles avec elle mais à son grand étonnement, Albane s’offre d’emblée à lui. Elle goûte à son sexe comme l’on goûte un très bon vin, en rassasiant son palais plus que sa gorge. En partant, elle lui glisse néanmoins de manière sibylline qu’elle ne fait jamais l’amour deux fois avec le même homme. Troublé, Théo s’endort en pensant aux courbes de cette mystérieuse femme, archétype de son idéal de beauté. Le lendemain, il est réveillé par Léa, la femme de ménage, qui s’offre également à lui. C’est un autre type de femme. Moins beauté fatale que Albane mais plus humaine. Si l’on prend le registre du film X, on pourrait dire que Théo passe du Marc Dorcel au porno amateur. Les deux ont leur charme… Le soir, Théo retrouve Léa. Une étrange attirance le pousse vers elle. L’intimité de sa chambre est un nid douillet. Mais en bon épicurien, Théo ne peut s’empêcher de cavaler vers d’autres expériences. Son désir pour Albane est toujours là ; sans parler de l’attirance naissante pour le charme bourgeois de Virginie, qui semble ne pas être indifférente non plus à son égard. Théo est une sorte d’Emma Bovary masculin projeté dans un film porno. Comme dans La mouche d’Eléonore (voir notre chronique : https://pluralismes.wordpress.com/2015/03/12/lamour-a-plusieurs-cest-mauvais-pour-le-coeur/ ), qui est l’évocation  contemporaine du roman « Les liaisons dangereuses » de Laclos, Marie Laurent se jouerait-elle encore de quelques grands mythes de la littérature ? En tout cas, elle revient à l’un de ses thèmes de prédilections, qui est l’évocation de ces gens entraînés malgré eux dans le trouble des passions multi-partenariales. Et le talent est au rendez-vous…

La force de ce roman est de nous plonger dans la psychologie des personnages tout en décrivant avec beaucoup de volupté l’intensité des ébats du narrateur. De ce point de vue, comme nous le lui avons dit souvent, Marie Laurent fait partie des « grandes », de ces auteures que l’on apprécie pour leur restitution aiguisée des situations et des émotions. L’un des points qui nous a le plus séduit dans le livre est la façon dont le personnage met en perspective ses différentes conquêtes,: « Pas le temps de rejoindre le paddock, les minutes nous sont comptées. Léa s’est étendue sur le sol, la blouse ouverte, les cuisses écartées. J’entre en elle sans préliminaire. Il n’y en a pas besoin tant son intimité est humide. J’ai l’impression de remonter un large fleuve parcouru de courants chauds où ma bite naviguerait à l’aise. Mes mains enserrent les épaules de ma partenaire. Je m’interdis d’établir des comparaisons avec l’étreinte de la veille ; ceci est plus doux, moins sauvage. Léa et moi baisons en copains, comme si nous nous connaissions depuis toujours ». Très vite, Virginie veut l’exclusivité de Théo. Cela signifie renoncer aux autres femmes et envisager les fiançailles. Trop précipité pour ce cœur d’artichaut, d’autant plus que Clémentine, la dernière des trois sœurs qui joue les nymphettes nymphomanes, vient d’arriver dans le domaine. Quelle sera l’issue de cette éducation sentimentale, à laquelle s’ajoute la confusion des sentiments digne d’un Stéphen Zweig ? Marie Laurent sait nous tenir en haleine jusqu’à la fin du livre, qu’on ne peut lâcher sans connaître le dénouement ultime.

Yannis Z.

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