Publié dans Littérature

Le charme des propositions malhonnêtes

A propos de Aline Tosca, Les confidences érotiques de Lou, Les éditions du 38, collection Paulette, 2015 http://www.numilog.com/454843/Les-confidences-erotiques-de-Lou.ebook

aline tosca

Si l’on devait évoquer le fil conducteur qui relie les quatre magnifiques nouvelles du recueil d’Aline Tosca, nous dirions qu’il se trouve dans ces agencements spécifiques où l’on sent à chaque fois monter le désir. Aline Tosca est une écrivaine de l’atmosphère des sexes, de l’intensité de l’instant érotique. Dans la première nouvelle, « Pourvu qu’elles soient lourdes », la narratrice s’apprête à faire un plan avec trois. Elle fantasme sur le corps féminin en se pensant comme un homme, jouant de cette androgynie qui est au cœur des êtres. Lorsqu’elle arrive à la gare, elle regarde avec un certain trouble les corps des deux autres avec filles avec qui elle s’apprête à faire l’amour : « Des bises timides et contre toute attente c’est Sonia qui passe sa main et ébouriffe mes cheveux. Elle dit tu sens bon, on en mangerait. J’aime bien son visage espiègle et sa silhouette longue tout comme j’aime les promesses de chair et la volupté des courbes de Magali ». Les préludes de l’orgie de chair qui va bientôt arriver sont envoutants. Le lecteur accompagne les protagonistes en étant autre chose qu’un simple voyeur. Il devient le complice des baisers parfumés que s’échangent les trois filles : « D’abord les lèvres humides, puis la langue qui épouse la mienne, seigneur, le goût des filles, j’avais oublié… Ce petit goût de menthe, la délicatesse des petites dents qui mordillent ma langue… » . Lorsqu’elles commencent leurs ébats, les corps se perdent dans un océan de plaisir restitué avec beaucoup de sensualité par l’auteur.

Il en est de même dans la deuxième et troisième nouvelles où une belle jeune femme joue à érotiser le shooting qu’elle va faire avec un photographe : « Que tu veux ébouriffer mes cheveux. Que je te trouble. Lui aussi il te trouble, tu me l’as dit. Tu le lui as écrit. C’est littéraire, mais c’est dit. Tu m’as parlé plusieurs fois de ses yeux. Perçants, intelligents. C’est vrai qu’il a de très beaux yeux. Chez moi t’aimes l’impertinence, par exemple ». Le désir est là, d’emblée. Et les personnages se sentent troubler avant de passer à l’acte. C’est ce trouble qui procure l’extase au moment où les corps s’abandonnent au plaisir : « Je le laisse faire ce qu’il veut et d’ailleurs il le fait bien. Je me délivre et il s’allonge sur le dos. Viens sur moi il dit. Je le chevauche, il ne débande pas, au contraire. Il presse mes nichons et il dit je vais te faire jouir, tu vas jouir. C’est entre la douleur et le plaisir. C’est grâce à la douleur que l’orgasme arrive, j’ai l’impression d’avoir avec cette jouissance une mécanique masculine ». La narratrice devient androgyne dans l’orgasme. Elle prend possession du corps qu’elle désire. Elle est sujet et non pas objet du plaisir. Le corps s’offre à l’objectif de l’appareil et au sexe de l’amant en jouant sur les deux tableaux. Comme un métrononome.

La dernière nouvelle, intitulée « Paulette », clôt ce recueil de fort belle manière. Elle décrit une jolie fille brune, habitant dans le sud de la France, qui aime le sexe, qui aime la vie et qui est attachée à sa copine Utopia : « Elles se disent je t’aime, elles n’ont pas peur de se dire ça. C’est un bel amour, franc et si on demande pourquoi à Paulette, elle répond : parce que c’est moi, parce que c’est elle. Paulette a une sexualité très libre. Personne ne sait mieux qu’elle que rien de paranormal n’intervient dans cette histoire. Si elle baise aussi avec les femmes, elle ne touche pas à la pureté de sa relation avec Utopia ». Paulette est généreuse. Elle se rend dans les hôpitaux et fait des petites gâteries à l’un des patients. Ses lèvres parfumées sont un beau message d’espoir et d’humanité. La force d’Aline Tosca est de créer des mondes fabuleux où la pureté de la vie est préservée. Et où l’on sent que la grâce littéraire est devenue personnage à part entière du texte érotique.

Jean Zaga

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