Publié dans Littérature

Une reine sans pouvoir

 

A propos de Gordon Brand, Esclave consentante (2012)

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gordon

« Vous êtes la reine du lieu !

– Alors notez que je me sens une reine sans pouvoirs. Le

seul que j’ai est de souffrir pour mes sujets et de

m’abandonner pour leur bon plaisir.

– C’est exactement ça ! Avec eux, vous êtes une reine.

Sans eux, vous êtes seulement vous-même. Eux avec

vous sont des sujets agissants. Sans vous, ils ne sont

plus que des dominateurs frustrés ».

 

La force du roman de Gordon Brand se trouve dans la restitution fouillée de la relation dominant/dominée, symbiotiquement liée par les plaisirs voluptueux de la cruauté. Virginie est amenée par son maître, Gordon, dans un lieu de dressage. On pourrait a priori penser à Histoire d’O. Toutefois, les femmes, les maîtres et les pratiques évoqués dans ces deux ouvrages sont très différents. Dans Esclave consentante, l’héroïne reste attachée fidèlement à son maître. Leur relation est très forte. C’est pour lui qu’elle s’abandonne à des pratiques qui dépassent de loin la violence du roman de Pauline Réage. Dès le début, un médecin l’examine pour voir si son cœur sera capable de tenir face aux épreuves que ses bourreaux lui feront subir : «Virginie, vous avez choisi une voie difficile où la demie mesure n’existe pas. Je vous demande de bien en prendre conscience avant le début de votre admission. Vous serez contrainte de toutes les façons possibles. Les épreuves que vous subirez sont extrêmes et dangereuses. Sur un plan physique et sur un plan psychologique ». On est plus proche de La colonie pénitentiaire de Kafka et des technologies de la domination du corps qui sont mises en œuvre par des êtres ne considérant guère l’humanité de la personne qui est entre leurs mains. Les jeux – que l’auteur lui-même qualifie de « barbares » –  mènent Virginie au bord de l’abîme. Les machines diaboliques qui explorent ses chairs intimes devant une foule émoustillée ou bien les 400 coups de fouets administrés avec un appareil de torture interdit au XIXème en raison de son inhumanité lui infligent de profondes meurtrissures. Même l’infermière payée pour la soigner suite à ces parties BDSM est effrayée. Virginie s’abandonne entièrement au jeu, aux jeux. Elle ne s’appartient plus. Son corps est entre les mains de ceux qui la dominent. Elle repousse à chaque fois les limites. Elle explore son endurance, en allant toujours pour loin pour satisfaire son Maître. Comme le montre très bien l’auteur, Virginie n’est pas une masochiste mais une véritable soumise, dont la douleur est service du Maître : « Virginie n’était pas une pure masochiste, et que son séjour en serait d’autant plus difficile. Un vrai masochiste cherche à dominer son maître en subissant toujours plus que ce qu’il est prêt à lui infliger. Il pousse le Maître à atteindre sa propre limite en repoussant les siennes. C’est sa façon de jouir. Un soumis, par contre, est quelqu’un qui subit pour le plaisir du Maître. Sa souffrance est réelle et totale. Son seul plaisir est le contentement du Maître. Il va jusqu’où le Maître veut l’amener pour être admiré par lui. Sa souffrance est un cadeau. Ni un plaisir, ni un moyen de prendre l’ascendant sur l’autre ». La relation à l’autre est omniprésente.

 

Mais le jeu lui échappe. Plusieurs hommes la possèdent, dont qui est encore vierge, après un jeu de fléchettes dont son corps est la cible. Ensuite, Gordon la vend à un inconnu. La scène où elle a l’impression que ce dernier, descendu dans sa cage avec un chien, veut lui faire faire l’amour avec l’animal est d’une violence crue rarement atteinte dans ce type de récit. Virginie aura à subir d’autres épreuves, s’enfonçant de plus en plus dans cet « inconnu »  exalté par Rimbaud. « La femme connaîtra de l’inconnu ». Oui, si elle s’abandonne, si elle cherche non plus à comprendre mais à ressentir, voire à s’évanouir, elle connaîtra des voluptés insoupçonnées. C’est exactement ce qui se produit durant le périlleux périple de cette femme amoureuse. Ses fantasmes deviennent enfin des modes de vie…

Yannis Z.

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