Publié dans Littérature

Dans ton joli pull marine

A propos de Viviane Faure, Mes jeunes années, Collection Paulette, 2015.

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faure

Comment faire une entrée réussie dans la sexualité ? Telle semble être le fil rouge de ce beau recueil de nouvelles écrit par Viviane Faure. Les protagonistes découvrent le sexe de manière enchantée, à travers des expériences multiples. Dans la première nouvelle, une jeune fille travaillant dans un bar supporte moyennement de jouer les chandelles avec sa meilleure amie et son mec. On arrive à la fin de l’été et elle n’a pas encore de petit ami. L’arrogance des surfeurs l’agace mais en même temps son côté midinette l’amène à jeter son dévolu sur l’un d’entre eux, qui reste toujours à part. C’est elle qui va le draguer sur la plage. Et quelque chose passe entre eux. A minuit, ils se retrouvent au bord de la mer et il lui apprend à faire du bodyboard sur sa planche. L’ambiance devient très sensuelle : «  Je savais bien que c’était ridicule, parce qu’objectivement, mes sous-vêtements n’en montraient pas plus qu’un maillot de bain, n’empêche que je me sentais bizarre de me désaper devant un mec dans un contexte non sexuel. Même s’il ne tenait qu’à lui que le contexte le devienne, sexuel ». En sortant de l’eau, elle décide de ne pas remettre sa jupe et, après s’être débarrassée de ses vêtements trempés, c’est uniquement abritée de son pull descendant sur ses cuisses qu’elle rentre chez elle, accompagnée par François.

Elle le fait entrer dans le salon et lui propose un chocolat chaud. Ses parents sont endormis. Elle sait qu’ils ne se réveilleront pas. Les deux tourtereaux s’embrassent vigoureusement. La jeune fille en veut davantage. C’est elle, encore une fois, qui prend les devant et demande à François de caresser son corps. N’est-elle pas attirante, nue, sous son pull que l’on imagine marine ? : « Il me maintenait d’un bras dans mon dos. Son autre main était libre, et il la posa sur ma hanche. Normalement, il aurait dû sentir l’élastique de ma culotte en faisant ça. Là, il n’y avait rien qui venait couper les courbes que dessinait mon corps et il avait l’air de trouver ça aussi excitant que moi. Il remonta sa main le long de mon flanc, sur le côté de ma cage thoracique et puis m’embrassa à nouveau avant de passer à mon sein ». Nous avons été charmés par la façon dont Viviane Faure décrit cette initiation enchantée à la sexualité. Cette nouvelle est aussi mélodieuse que la chanson d’Isabelle Adjani. L’intense fragilité de ce couple à deux jours de la fin des vacances nous a beaucoup séduit ; tout autant que la personnalité d’Amandine, une jeune étudiante qui apparaît dans la deuxième nouvelle de ce recueil.

      L’histoire se passe également pendant les vacances. Amandine fait du baby-sitting pour un couple et tombe amoureuse du mari, Marc, un séduisant quadragénaire. L’été suivant, la famille ne revient pas dans sa maison de campagne. Amandine est très déçue. Elle retrouve Marc deux ans plus tard alors qu’il est sur le point de divorcer de son épouse. Et là, proche de la réminiscence sexuelle habitant les personnages de Proust, Amandine sent ses émois d’adolescente revenir comme un cheval au galop. Elle désire ardemment faire l’amour avec Marc : « Elle eut du mal à reconnaître sa voix qui sonna beaucoup plus grave que d’habitude à ses propres oreilles. Elle avait du mal à se reconnaître tout court, d’ailleurs, mais puisqu’elle en était là, autant aller jusqu’au bout. Elle posa son genou sur le coussin du fauteuil, juste à côté de la jambe de Marc et se hissa au-dessus de lui, comme à califourchon mais sans le toucher. Les mains de Marc se crispèrent sur les accoudoirs tandis qu’elle rapprochait encore son visage du sien ». Marc pense que c’est une très mauvaise idée mais son corps ne peut résister face à cet appel violent du désir. Amandine est devenue une « autre » femme que celle qu’il a toujours connu. Et la créature qui ressort de cette métamorphose le rend fou : « Marc ne répondit rien. Il semblait hypnotisé par les deux globes blancs de ses seins. Tant qu’à y être, Amandine se débarrassa également de sa culotte avant de reprendre sa place à califourchon sur les genoux de Marc. Il entreprit immédiatement de couvrir le haut de sa poitrine de baisers. Amandine sourit, heureuse de voir que toute idée de « on devrait pas faire ça » semblait l’avoir déserté depuis qu’elle s’était déshabillée ». Là encore, la façon dont ce couple bascule dans le désir a quelque chose de fascinant, notamment du point de vue de l’appétit débridé d’Amandine et de sa posture immanente face à une sexualité de désir transcendant la stérile dualité sujet/objet.

Viviane Faure est une auteure à suivre de près.

Jean Zaga.

 

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