Publié dans Littérature

Je suis ravie que cela vous ai plu …, dit-elle.

A propos de Clarissa Rivière, Les yeux bandés, L’ivre-book, 2015.

https://ivrebook.wordpress.com/2015/06/20/les-yeux-bandes-nouvelles-erotiques-de-clarissa-riviere/

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« Je n’ose vous souhaiter bonne lecture », me murmure à l’oreille Clarissa Rivière alors que je viens de commencé à lire les yeux bandés. « Ce n’est pas la peine lui répondis-je sur Facebook, elle l’est déjà ». Il n’est pas donné à tout le monde de faire bander les yeux de ses lecteurs. Clarissa Rivière y arrive haut la main tant le jeu avec la tendre chair des mots est subtil, pervers, indécent.

Il est rare de lire des textes érotiques écrits avec autant de volupté. Clarissa Rivière sait raconter la jouissance des corps en quête d’absolu : « Enthousiastes ou bien soumises aux désirs de leurs hommes, elles connaissent le bonheur de se mettre à leur merci, de se livrer sans pouvoir s’échapper, de ne pas savoir d’où vont venir les coups ou les caresses. Un simple bandeau sur les yeux, le plus joyeux des accessoires pour des jeux tendres entre amoureux, la plus terrible des entraves pour des jeux de soumission plus corsés ». Les quatre femmes de ce recueil doivent se livrer aveuglement. Elles doivent apprendre à s’abandonner.

Dans « Jour de grève », qui est notre nouvelle préférée, une jeune femme se jette avec la foule dans wagon bondé et ne trouve de place assise que dans l’escalier. Elle fera ainsi le voyage, avec une horde de voyageurs pris en otage par les grèves des transports. Peu à peu, elle se rend compte qu’elle est installée entre les cuisses d’un inconnu. Si elle n’ose pas bouger, ce dernier par contre l’effleure de temps en temps avec sa cuisse. Même si elle ne voit pas son visage, la jeune femme a très envie de cet homme : « Je meurs d’envie d’ouvrir sa braguette pour le dégager, le regarder, le goûter, l’engloutir… Je n’ai toujours pas vu son visage, mais si je le regarde, je risque de retourner dans ma coquille, paralysée de timidité. Ne rien voir me permet de prendre l’initiative. L’envie de découvrir son sexe est plus forte que tout ». La femme connaîtra de l’inconnu disait Rimbaud… Si elle sait s’abandonner à l’insondable, elle connaîtra l’extase.

C’est cela qui attend les autres protagonistes féminins du récit. Dans la nouvelle « A quatre mains », une femme s’abandonne au massage érotique que lui prodigue son mari, accompagné d’un ami. Les caresses des deux hommes ne sont plus qu’une seule et même vague qui enveloppe son corps d’une écume aphrodisiaque. Dans « Disparue », un détective est à la recherche d’une jeune fugueuse. Il la retrouve dans un club BDSM, offerte aux clients : « Et puis elle est si jolie, si émouvante ainsi. Elle ne peut pas le voir avec ses yeux bandés et cela va lui permettre d’oser peut-être. Une petite récréation dans son quotidien si gris et déprimant. Oui, oser lui demander l’impensable ». La dernière nouvelle évoque une femme infidèle punie par son mari et condamnée à l’entendre coucher avec une midinette en étant recluse dans une autre pièce.

Le fil rouge du recueil est la façon dont ces femmes explorent de nouveaux agencements de plaisir. Et sentent un profond sentiment de bien être en s’abandonnant à l’indécence.

Yannis Z.

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