Publié dans Littérature

J’ai couché avec un auteur

une nouvelle de Yannis Z.

Parc Monstouris. C’est où Léanore était venue se promener avec sa jolie jupe à fleurs sous laquelle elle ne portait pas de culotte. Léanore a été inventée par Julie Derussy. C’est une fille qui n’existe pas. Enfin, pas vraiment. C’est un personnage de la littérature érotique, vivant sur un blog. Une fille qui se promène au gré de ses fantasmes et qui rêve de déshabiller des hommes, des femmes. Julie Derussy se rend également au parc Montsouris. Elle aussi, elle n’existe pas vraiment. C’est un des personnages inventés pour ma nouvelle érotique. Ses désirs et ses vêtements ne sont pas les mêmes que ceux de Léanore. Julie Derussy est écrivain. Elle publie régulièrement des nouvelles aux éditions La Musardine. Et elle vient de sortir deux romans. Aujourd’hui, elle va rejoindre un groupe d’auteurs de textes érotiques. Elle porte non pas une jupe à fleurs mais un jean bleu, avec une veste marron. Même si on est au mois de juin, il fait encore froid sur Paris. Un petit vent souffle dans ses cheveux noirs. Julie Derussy brûle d’impatience de rencontrer tous ces écrivains. Elle les connait uniquement sur Facebook. Là, elle va les voir en vrai. Et être physiquement avec eux. En tant qu’auteure.

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illustration de Denis à « Montsouris sans petite culotte » de Julie Derussy http://www.juliederussy.com/montsouris-sans-petite-culotte/

Jean-Baptiste Messier la voit arriver. Il est contre le petit muret, près de l’entrée du parc. Un sac à dos est à ses pieds. A l’intérieur, il y a du cidre, des gâteaux marocains et La muse, le dernier roman de Sara Agnès L paru aux éditions Blanche. C’est lui qui a organisé cette rencontre. Il aime lire des récits torrides et écrire la volupté des mots. Ses romans sont sur Amazon. Avec lui, il y a Lyne Gabriel, son assistante. Une jolie fille aux cheveux châtains et au sourire espiègle. Elle fait ses couvertures en y mettant tout son cœur. Et elle prépare son premier roman. Ils accueillent chaleureusement Julie Derussy, qui se jette dans leurs bras. La soirée commence bien. Comment finira-t-elle ? Vous verrez. Pour le moment, continuons de planter le décor. Il parait que c’est comme ça que l’on doit faire. C’est ce que nous rabâchent les éditeurs méticuleux et les profs de Lettres. C’est important de respecter les règles du jeu si l’on veut être reconnu comme écrivain ; le fait de s’inscrire dans le genre « littérature érotique » n’aidant d’ailleurs guère à obtenir cette reconnaissance…

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Julie-Anne de Sée et Yannis Z. sortent de la station de métro « cité universitaire ». Ils viennent de prendre un café place Saint-Michel. Leurs yeux  transpirent encore le sexe. Ils ont passé une bonne partie de l’après-midi à parler des codes d’écriture de la littérature érotique. Et aussi des prouesses de leurs personnages. Une manière de se mettre en bouche pour la soirée. Julie-Anne ne porte pas non plus une jupe à fleurs mais un tailleur noir et de magnifiques bas-résilles.

  • On peut y aller, fait Jean-Baptiste. Eva Cayeux nous rejoindra dans une petite demi-heure.

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Le petit cortège s’enfonce dans le parc. De vagues lueurs mauves errent entre les couleurs sombres du ciel. Le vent souffle dans les arbres. Jean-Baptiste est aux anges. Il est fan de tous les auteurs qui sont là. Il connait tous leurs livres par cœur. C’est même lui qui a édité sur Amazon « Les romancières du sexe » de Yannis Z. Il avait été frappé par la violence de tous les fantasmes qui peuplent ce livre venu d’un autre monde. N’est-ce pas cela, dans le fond, la littérature érotique ? Une production de fantasmes à l’état pur… Tout le monde est très content. Les yeux sont remplis d’excitation. Ils s’installent sur l’herbe. Un peu comme les personnages de la célèbre toile de Manet. Jean-Baptiste Messier propose sa serviette aux dames, afin qu’elles ne salissent pas leurs vêtements. Personne n’essaie de regarder sous la jupe de Julie-Anne de Sée pour voir si, comme Léanore, elle aurait omis de mettre une petite culotte. Les écrivains de textes érotiques sont les derniers grands gentlemen d’un monde en continuel perte de sens. Il faut avoir beaucoup de pureté en soi pour magnifier l’indécence et la dépravation. Ils en ont tous conscience. Très vite la discussion porte sur les dernières publications des uns et des autres, sur les lectures publiques de leurs œuvres, sur les adult flag d’Amazon, sur les projets d’écriture. Lyne Gabriel parle du roman qu’elle est en train d’écrire. Julie-Anne de Sée a amené « La pâle heure sombre de la chair » et « Dix bonbons à l’amante », publiés tous les deux aux Editions Tabou. Julie Derussy distribue des exemplaires de ses derniers romans « Chasseuse de cristaux » et « Partition pour un orgasme ». Lyne en glisse un entre ses jambes et commence à le feuilleter délicatement. Julie-Anne de Sée caresse entre ses doigts agiles les pages de « La femme de ses rêves » que Jean-Baptiste Messier vient de lui offrir. Ce dernier glisse également un exemplaire de « 3066 Lamia » à Julie Derussy, qui le gratifie de son plus beau sourire.

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L’émulation est à son comble quant au milieu d’un débat sur le désir de faire bander (ou pas) les lecteurs, la bouteille de cidre tombe brusquement sur le sol et déverse un liquide blanc et mousseux sur les doigts de Yannis Z, soucieux de la redresser. Au moment où il regarde sa main trempée par ce délicieux liquide, Eva Cayeux surgit parmi eux et se jette dans ses bras.

  • Tu sais que j’ai pleuré en lisant « Tu as le sexe d’un ange »… Je n’en reviens pas que tu sois là, devant moi…

Elle serre contre sa poitrine opulente le dernier ouvrage de son auteur favori. Il fait nuit et l’éclat de ses yeux a une lueur étrange dans la lumière des réverbères. Yannis Z voit un piercing blanc et noir sur la langue d’Eva Cayeux. Le Ying et le Yang sont au bord de ses lèvres. Seules les déesses ont des ornements de cette sorte. Il lui sourit timidement pendant qu’elle le couvre de baisers, sous les flashes de l’appareil photo de Jean-Baptiste Messier.

  • Ça ne va pas tarder à être très chaud, susurre Lyne.
  • Tu sais que je suis marié, fait Yannis Z. à Eva Cayeux. Marié et très amoureux de ma femme.
  • Ben c’est super, lui répond-elle. Moi aussi, je l’aime ta femme… Je vous aime tous les deux.

C’est à ce moment là qu’un autre jet liquide inonde la chemise de Jean-Baptiste Messier. La bouteille d’eau pétillante devait également être en ébullition. La façon dont les doigts de l’écrivain ont titillé le petit bouton en plastique lui a fait perdre le contrôle d’elle-même. Telles ces femmes fontaines s’abandonnant aux convulsions de la chair et laissant couler de violents flots de plaisir entre leurs cuisses ouvertes. Julie-Anne de Sée regarde la scène, amusée. Les plaisirs de la vie sont parfois d’une simplicité déconcertante. Au bout d’un moment, chacun commence à partir de son côté. Julie Derussy va rejoindre des amis place d’Italie. Lyne Gabriel a un train à prendre. Julie-Anne de Sée a une soumise à dresser. Vous vous attendiez à quoi ? A ce que la nouvelle se termine en racontant une orgie entre tous ces auteurs ? Là encore, mon éditeur ou bien encore mon épouse diraient qu’il ne faut pas toujours être prévisible dans la vie. Ça serait un peu facile de bifurquer vers la traditionnelle partouze. Est-ce d’ailleurs un fantasme ? Personne n’a fait aucune allusion déplacée à ce genre de pratique lors de la soirée. Les auteurs de textes érotiques sont loin d’être de simples débauchés avides de sexe. Je vous l’ai dit, nous sommes des aristocrates raffinés et délicats. Nous sommes des créateurs d’univers fictionnels.

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Jean-Baptiste Messier, Eva Cayeux et Yannis Z. vont diner dans une petite brasserie. Ils commandent tous les trois une salade auvergnate. Laitues, reblochon, lardon, pomme de terre cuite. Un régal. Jean-Baptiste Messier se penche sur le visage de Eva Cayeux.

  • Faut pas l’ébruiter mais ce soir, je couche avec Yannis Z.

Le Yannis Z en question est à deux doigts de s’étouffer en avalant sa bouché de pomme de terre enduite de fromage. Il regarde Eva Cayeux, le rouge aux joues.

  • On va juste coucher ensemble…

Eva Cayeux éclate de rire.

  • Mais tu as le droit de coucher avec qui tu veux… On n’est pas mariés… Et je ne suis pas homophobe !!!
  • Je voulais dire qu’on va juste partager le même lit… Je n’ai pas réussi à trouver de chambre d’hôtel et Jean-Baptiste Messier m’a proposé de dormir avec lui chez sa logeuse… Elle n’a qu’un grand lit pour deux à nous proposer.

Les trois amis se disent au revoir sur le quai du métro. Ils ne vont pas dans la même direction. Et demain chacun retrouvera sa vie, son foyer, sa ville. Eva Cayeux repart dans le sud. Elle regarde Yannis Z dans les yeux avec un sourire ému. Elle sait que l’on peut avoir de grands moments d’émotion avec un homme, surtout quand ce dernier n’a pas en tête de vous sauter. C’est à ce moment là qu’il peut vous faire entrevoir l’éternité. Elle est très heureuse d’avoir rencontré dans la vraie vie son Maître Z imaginaire. Celui qui lit les passages épars de son futur roman. Celui qui a su si bien la faire voyager avec ses histoires. Elle les regarde s’éloigner, emportés par la vitesse du RER B. Jean-Baptiste Messier a un sourire radieux sur les lèvres. Il vient de passer une excellente soirée. Il téléphone à la logeuse pour la prévenir qu’ils seront là dans trente minutes. Elle a une jolie voix. Quant il vient à Paris, il cherche un logement sur internet. Il y a plein de gens qui louent une chambre juste pour la nuit dans leur domicile familial. Ils rentrent dans un grand immeuble, pas loin du Père Lachaise. Numéro 31. Jean-Baptiste Messier sonne à la porte. Une blonde leur ouvre la porte. Un survêtement bleu moule outrageusement ses fesses. Vu la manière dont il dessine ses lèvres intimes, ils comprennent qu’elle ne porte pas de culotte. Elle se rend compte qu’ils n’arrivent pas à détacher leurs yeux de son anatomie et lâche un sourire.

  • Bonsoir, je m’appelle Sonia et je suis ravie de vous accueillir… Bienvenus chez moi
  • Bonsoir… Merci beaucoup pour votre accueil…

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Jean-Baptiste Messier est hypnotisé par la pointe de ses seins sous le t-shirt blanc. Il ne s’attendait pas à une telle rencontre. La femme idéale est sous ses yeux. On a l’impression d’être dans une nouvelle érotique. Il s’attend à ce que la logeuse leur propose de prendre une douche et qu’elle les rejoigne sous l’eau pour jouer avec leur sexe en érection. Il se voit caresser cette poitrine généreuse, plonger ses doigts dans sa vulve dégoulinante de cyprine et prendre possession de ses hanches faites pour l’amour. Au lieu de cela, une fois rentrés, la belle leur souhaite une bonne nuit et disparaît dans sa chambre.

  • Bon sang, fait Jean-Baptiste. Cette femme est une déesse … Je serai prêt à abandonner mes talents d’écrivain pour coucher avec elle !!!
  • Fais attention, lui répond Yannis Z. Il y a des vœux qui se réalisent.

Les deux compères ne tardent pas à se coucher. Ils ont un grand lit pour deux. Sans doute la chambre de l’un des enfants du foyer. Très vite, Yannis Z. tombe dans les bras de Morphée. Jean-Baptiste a plus de mal à s’endormir. Il ne sait pas dans quelle position se mettre. Et les ronflements à côté de lui sont agaçants. Tout à coup, la porte s’ouvre et une silhouette se glisse dans la pièce. Sonia s’assied au bord du lit. Elle porte un peignoir blanc.

  • Je venais voir si vous n’aviez besoin de rien…
  • Heu… C’est gentil…
  • C’est important de bien recevoir les gens, surtout quand on veut qu’ils reviennent… Vous êtes sûr, vous n’avez besoin de rien ?
  • Si je vous dis ce dont j’ai besoin en ce moment, c’est peut-être vous qui ne voudrez plus que je revienne…

La jolie blonde éclate de rire. Une lueur perverse est sur son visage. Elle aime se sentir dépravée. Et trouver des gens avec qui partager son indécence.

  • Vous savez, moi aussi j’écris des nouvelles érotiques… Et je serai ravie de combler vos désirs…

Elle glisse sa main sous le drap et caresse le sexe de Jean-Baptiste Messier en érection. Elle le fixe droit dans les yeux. Il n’y a rien de plus bandant pour une femme que de faire perdre ses moyens à un homme et de tenir sa vie entre ses mains, de le sentir à sa merci. Ce dernier transpire à grosses goûtes et ne réalise pas ce qui est en train de lui arriver.

  • C’est dommage que ton copain se soit endormi… On le réveille ?
  • Oh ce n’est pas la peine… C’est le genre marié et fidèle…
  • C’est très subversif d’être comme ça, de nos jours… Marié, fidèle… Ce sont les derniers héros d’une civilisation qui aura bientôt disparu… Je les admire… Mais pour toi, c’est très bien… Tu m’auras pour toi tout seul…

Qu'importe la limite

Elle retire son peignoir. Son corps nu et bronzé le met en émoi. Elle se penche sur lui et ses lèvres avides engloutissent son membre en érection. La chaleur de sa bouche le rend fou de plaisir. Il sent sa langue tournoyer lubriquement autour de son gland humide pendant que sa main caresse la courbe de ses hanches. Il avance lentement vers son intimité et glisse deux doigts dans sa fente intégralement épilée. Dans les poches du peignoir blanc, il y a des préservatifs. Sonia en glisse un le long du sexe dressé de Jean-Baptiste et s’empale sur lui. Elle sent ses doigts caresser ses tétons durcis par la volupté. A côté d’eux, Yannis Z. a toujours les yeux fermés. Dort-il toujours ? Peu importe. Jean Baptiste est en train de pilonner le sexe de Sonia. Elle est affamée de plaisirs et d’orgasmes. Son corps ondule énergiquement sur le sien. Elle a fermé les yeux et ne retient même plus ses gémissements. La verge de Jean-Baptiste est profondément enfoncée en elle. Elle caresse ses testicules pour l’amener au plaisir. Ecrit-on avec ses fantasmes ? Avec ceux des autres ? Je ne sais pas… Julie, Jean-Baptiste, Sonia, vous me direz. Peut-être y a-t-il plusieurs façons de fantasmer, plusieurs manières de considérer les arts d’écrire…

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Jean-Baptiste a redressé Sonia et il prend maintenant contre le mur. Elle a posé un pied sur le coffre à jouets afin de mieux cambrer ses reins et le sentir en elle. Il la prend avec violence. Jean-Baptiste se dit qu’ils ont dû réveiller tout l’immeuble avec ce raffut mais il s’en fiche éperdument. Sonia est prête à s’effondrer, ivre de sexe et de plaisir. Lorsqu’elle jouit, elle abandonne son rôle de mère, de logeuse, et n’existe plus que dans cet orgasme partagé avec son amant. Jean-Baptiste sent également le plaisir monter. La décharge qui vient est aussi fulgurante que le jet d’eau gazeuse qui a aspergé sa chemise tout à l’heure, au parc. Et puis, peu à peu, tout devient noir. C’est une voix masculine qui le réveille.

  • Alors, tu as bien dormi ?

Yannis Z.  est assis sur le coffre à jouets. Il est déjà habillé. Dehors, un grand soleil brille dans le ciel.

  • Tu n’as rien entendu hier soir ?, lui répond Jean-Baptiste.
  • Si… Tu n’as pas arrêté de ronfler… Et vu les gémissements que tu poussais, j’ai l’impression que tu as fait de sacrés rêves…

Jean-Baptiste Messier n’ose pas se lever. Il a une érection qui refuse de s’en aller. Si Yannis Z. le voit dans cet état, il va le chambrer, c’est sûr. C’est à ce moment là que l’on frappe à la porte et que le visage de Sonia apparaît dans l’entrebâillement. Elle regarde les deux hommes avec un sourire. Sous son peignoir blanc, très fin, on devine qu’elle est nue.

  • Bonjour les garçons, vous avez bien dormi ?… Je venais voir si vous aviez besoin de quelque chose…

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