Publié dans Littérature

Ambivalences du réel

A propos de Léon de Griffes, Les vies d’Adèle

http://www.babelio.com/livres/Leon-de-Griffes-Les-vies-dAdele-Recueil-1/670714

                

Quatre nouvelles qui sont quatre tranches de vie. Une fille aux allures verlainiennes, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Léon de Griffes nous emmène avec Adèle, qui se promène entre différentes histoires. Tantôt, prof, tantôt assistance d’un super héros, tantôt photographe, tantôt actrice porno, elle a plusieurs existences superposées. Ses identités se construisent et se déconstruisent. Un peu comme les vagues de la mer qui s’échouent une à une sur le sable, les Adèle viennent s’étendre à nos côtés comme ces mystérieuses nymphes au sourire empreint de vulnérabilité.

 adèle

Dans la première nouvelle, Adèle enseigne  dans un lycée professionnel agricole réputé être difficile. Elle enseigne une matière secondaire à des élèves indisciplinés. Le tableau acerbe de l’éducation nationale dressé par Léon De Griffes fait sourire. On imagine bien le quotidien de cette enseignante, passionnée par son métier et contrainte de faire cours à des adolescents immatures et en pleine crise de puberté : « Premier cours, à peine était-elle retournée vers le tableau pour écrire son nom, qu’il lança un « Bien gaulée, la nouvelle ! » bien sonore, accompagné des rires gras de ses camarades… ». Cette classe de garçon n’est pourtant guère méchante. Elle est constituée de grandes gueules frustrées sexuellement mais incapables de faire du mal à une mouche. Adèle sait qu’ils sont en échec scolaire et voudrait les faire travailler davantage. Découragée par leur manque d’assiduité, elle ne sait plus à quelle méthode pédagogique recourir. Un jour, elle leur montre par erreur sur le power point de ses cours une photo d’elle en maillot de bain, qui dévoile généreusement ses courbes. Et là, tout d’un coup, un silence respectueux s’instaure dans la salle de classe et Adèle découvre à ressemblent des élèves attentifs. Aucun d’eux n’effectue de gestes déplacés mais tous insistent pour qu’elle leur montre encore la photo. Adèle découvre une nouvelle méthode pédagogique pour les faire réussir !! S’ils veulent se rincer l’œil de nouveau, avec des photos beaucoup plus osées que celle-là, ils doivent tous faire des progrès et obtenir de bonnes notes : « Les copies restaient médiocres bien sûr, mais en à peine trois mois de cours, les progrès avaient été fulgurants. Il faudra que je pense à faire breveter ma méthode. Elle sourit doucement de son adorable moue badine ». Très vite, les photos ne vont plus suffire et Adèle offrira des récompenses de plus en plus voluptueuses à ses élèves…

         La deuxième nouvelle évoque les aventures de l’assistante informatique d’un homme d’affaire qui joue clandestinement au super héros. Adèle est secrètement amoureuse de lui mais ce dernier ne semble pas intéressé par elle. En rencontrant son ami Patrick, elle prendra conscience de la muflerie de l’individu et de l’ignominie qui se cache derrière le masque en cuir du personnage qu’il s’est inventé. La troisième nouvelle montre une Adèle photographe. Très jeune, elle est animée par cette vocation et souhaite en faire son métier. Au cours de sa vingtième année, alors que certaines de ses photos sont exposées, elle sera violée par le propriétaire d’une galerie. Cette infâme agression la marquera à jamais. Elle poursuit ses activités de photographe mais en quittant l’univers des expositions. Adèle travaille à son compte, surtout avec les jeunes mariés. En rencontrant Sylvie et Pierre, elle décroche un contrat juteux. Ces derniers lui demandent une série de photos érotiques avec différentes thématiques. Si au départ, les poses restent décentes, très vite les choses prennent une autre tournure quand les séances de nudité s’intensifient. En travaillant les photos, elle ressent des troubles contradictoires. D’un côté, elle est attirée par les avances des deux époux mais de l’autre, les violentes réminiscences de son agression viennent l’assaillir : « Était-ce normal qu’elle sente une attirance pour ce qui l’avait détruit ? Et était-ce de l’attirance, de toute manière ? De la fascination, oui. La queue de Pierre était belle. Photogénique, un délice pour l’œil du photographe ». Plus la relation entre le couple et la jeune photographe se prolonge, plus on sent le désir s’instaurer entre les protagonistes, dans toute son ambivalence.

Dans la quatrième nouvelle, Adèle est une actrice porno. Lors d’un weekend en famille, avec ses parents, ses cousins, et quelques amis, tout le monde découvre par accident son véritable métier. Adèle n’a pas honte de ce qu’elle fait.  Même si elle n’en a parlé qu’à son père et son frère et qu’elle ne souhaite pas forcément que cela se sache par les autres, elle ne vit pas sa carrière dans le X comme une déchéance. Après le repas, où le paternel a balancé à tout le monde qu’il n’avait pas honte que sa fille fasse des films porno, tout le monde a des questions à lui poser. Elle fuit les commérages, les expressions de préjugés ou les ricanements stupides : « Peut-être s’attendaient-ils à voir le stupre et la luxure tatoués sur son corps. Mais rien de tel, à part un liseré d’étoiles le long de sa cheville droite. Adèle était belle, simplement. Être actrice porno ne veut pas dire être vulgaire, être refaite ou transpirer la lubricité ». Adèle prend Les cafards n’ont pas de roi, un roman de Daniel Evan Weiss, et file se prélasser près de la piscine. Elle devra faire face à tout un tas de réactions, notamment du petit copain de sa belle-sœur excité d’approcher une actrice porno. C’est Olivier, le meilleur ami de son frère, qui lui posera les questions les plus troublantes en l’interrogeant sur sa vie privée et sur sa capacité d’aimer. Adèle lui rend la monnaie de sa pièce en utilisant son sexe pour montrer à  sa cousine Nadège comment faire une fellation à son mec. Mais Olivier lui fera découvrir autre chose : l’amour, avec un grand A…

         Comme l’a montré Léon De Griffes, toutes ces histoires s’entremêlent et conduisent les lecteurs vers des univers ambivalents, mettant à mal la banalisation du sexisme et les préjugés sociaux.

Yannis Z.

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