Publié dans Littérature

Mets-toi tout nu, si t’es un homme…

A propos de Aline Tosca, Nue devant lui, Les Editions du 38, 2015.
http://www.editionsdu38.com/38-nuances-de-x/novellas/nue-devant-lui/

Elle rencontre un homme dont elle va tomber éperdument amoureuse. Ils échangent des messages sur le net, se rencontrent dans la vraie vie et entretiennent une relation BDSM. A priori, cela semble banal. Sauf que, comme emporté par une mélodie électronique à la Amon Tobin, le récit de Aline Tosca nous plonge avec violence dans une romance pornographique où l’extrême n’est pas dans les scènes vécues mais dans l’introspection des personnages et la reconstitution de leurs désirs. On est entre l’immanence de Duras et l’espièglerie de Colette. Au départ, c’est l’écriture qui a fait naître cette attirance. La femme va se donner à cet inconnu. C’est plus fort qu’elle. L’amour est là, dès le début. Un amour qu’elle n’avait jamais ressenti avant et qu’elle ne ressentira jamais plus pour personne. Et elle veut être sa soumise : « sa main dans mes cheveux, sa main comme un diadème. C’est, tandis qu’il signe le premier de tous les gestes, ce geste universel qu’est le premier geste qu’aucune femme n’oublie jamais, le geste qui leur fait comprendre qui est le maître la main dans les cheveux comme signe de domination, l’instant où je prends conscience que je ne résisterai pas. Pendant tout ce temps, mon corps, immobile, est celui d’une poupée de chair ».

image-alinetosca

Elle s’abandonne. Pourtant c’est elle qui édicte certaines règles. L’homme lui déclare son amour. Il ne veut pas de la passion. Il veut juste son amour. Et son corps nu, comme un extrait de film pornographique : « Nue devant lui. Nue contre lui. Nue. Il embrasse mon front, on pourrait croire comme une enfant, mais non, comme on va tout manger, comme on flaire, comme on aborde. Sa bouche est un volcan, elle embrase ma peau ». Il aime la prendre en levrette et la gifler. Cela lui plaît aussi. Elle veut partager une intimité avec lui. Elle est ravie d’être sa chose. Elle est conquise par cette pornographie ordinaire qu’ils partagent lors de leurs rencontres. Chez elle, dans le Sud. Chez lui, dans l’appartement. Ces rencontres sont de perpétuels recommencements. De plus en plus, elle connait son corps. Elle se fond en lui. Et cet amour sort la littérature de ses gonds : « Ce n’est pas une histoire, ce n’est pas de la littérature ni un exercice d’écriture, il n’y a pas de style, je donne la brutalité de ce qui me touche, ça ressemble au soleil qui éclate sur la mer, toute Méditerranéenne sait ça, je n’ai jamais été autant Méditerranéenne ».

Il y a les premiers désenchantements. Elle n’aime pas le rapport de cet homme à son écriture. Elle n’aime pas son indifférence : « je n’allais pas abandonner mon écriture, oh non, j’allais la protéger, la soustraire à son jugement, j’allais la défendre. Alors l’homme qui s’accroche à mon cul dans l’eau du coin de paradis, il dit que ça l’impressionne ma relation à l’écriture, qu’il se souviendra toujours de ne pas se mettre en travers, entre elle et moi. Je crois juste que ça ne l’intéresse pas à ce point, lui, il est dans le monde des affaires, alors ce que je peux griffonner dans mon traitement de texte, c’est pas trop sa préoccupation première. Que je lui écrive de jolies lettres oui, les histoires que je raconte, ça lui est égal, c’est pas très important ». Elle est assaillie par le doute. Et par le chagrin. Peut-être que cette histoire ne sera pas éternelle. Peu importe, elle l’aura vécue. Elle en profite encore, tant que cela dure. Ses doigts se promènent sur sa peau. Leurs yeux ont la couleur du bonheur. Et l’important est déjà le souvenir : « Y a pas de romance dans mes phrases, y a rien de beau, y a pas de recherche, y a rien en trop et y a rien de plus. Ce qui est écrit, c’est le vrai, ce que j’ai retenu du vrai ».
Elle, elle sait se mettre nue. Nue devant lui. Mais lui, pourquoi garde-t-il son maillot de bain ? N’est-ce pas sans vêtement que l’on apprend la vertu…
Jean Zaga

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