Publié dans Littérature

Le spectacle du plaisir

A propos de Liaisons impudiques de Clarissa Rivière
http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782897177010/liaisons-impudiques

clarissa rivière

Toutes les nouvelles de ce très beau recueil montrent le beau spectacle d’un corps possédé par le désir, d’un corps qui ne s’appartient plus. La première nouvelle annonce la couleur. Elle évoque une jolie top modèle qui aime se donner au photographe, le suivre dans son élan de création tout en sentant que ce dernier se fiche de l’œuvre d’art qu’il avait l’intention de produire. Il préfère se perdre avec la fille dans la jouissance. Le mythe de Pygmalion a du charme quand il est revisité ainsi. La fille tombe amoureuses du photographe mais ce dernier est aussi à genoux devant le modèle, brouillant les frontières entre l’admirant et l’admiré. Noann Lyne a écrit quelque chose de très beau à ce sujet : « quand on a son lecteur fétiche sous les yeux, on ne voit plus que lui. C’est un peu comme une groupie à l’envers, c’est le créateur qui se prosterne devant son admirateur ». Il est des possessions immatérielles dont la littérature sait rendre compte. Clarissa Rivière s’embarque dans cette brèche du désir. Elle évoque ces êtres qui ne contrôlent plus rien, qui lâchent prise, qui s’orientent vers le large et vers l’inconnu rimbaldien. « Duel » souligne cet aspect : « Ses yeux me font déjà l’amour, je ne veux plus les croiser ou mon corps avide de plaisir va se rendre et le supplier de me prendre. Hypnotisée, foudroyée par son regard, je m’abandonne à sa poigne de fer ».

Les femmes qui s’offrent sont pâles, tremblantes de désir. La top modèle, la jeune soumise ont le visage blanc. Il y a un émoi qui est gravé dans la chair et qui transcende les marques du fouet sur le corps. Dans « Enlacée », Lisa s’envole dans de nouveaux mondes pendant que Julien entoure son corps avec des cordes : « Ses chairs, creusées par les liens serrés, commençaient à la faire souffrir légèrement, et cette souffrance la mettait dans un état de légèreté, d’apesanteur. Elle quittait son corps et s’envolait, heureuse et exaltée ». La possession débouche sur une symbiose de la chair, sur des unions intenses, des plaisirs violents et salutaires. La nouvelle « sortir de boîte » va très loin dans l’exploration sensuelle de la domination. Deux filles vedettes des boîtes de nuits vont se retrouver avec un homme capable de tirer le jeu de la séduction à son avantage : « De chasseuses, elles sont devenues proies. J’ai tout de suite deviné leur manège, j’ai pris un malin plaisir à faire semblant de tomber dans leurs filets, avant de les soumettre en mon pouvoir ». Le maître leur inflige une cuisante fessée dans un lieu désert avant de leur faire l’amour. Clarissa Rivière fait-elle le jeu du patriarcat ? Dans une autre nouvelle, c’est l’inverse qui est mis en avant. Deux femmes exhibées dans un lieu libertin comme des objets montrent l’emprise qu’elle possède sur les hommes : « Nous sommes nues, offertes, vulnérables, disponibles et cependant les plus fortes. Nous menons la danse ».

Les objets peuvent être d’ailleurs animés par la vie. C’est ce que montre Magali qui retrouve la joie de vivre après une peine de cœur lorsqu’un de ses amis lui offre un olisbos. Ce dernier va revêtir une forme quasi-humaine et posséder la jeune fille malgré elle : « L’objet échappait désormais au contrôle de Magali et la pénétrait doucement, sans forcer, accueilli par une source humide dans laquelle il se plongeait ». Les êtres perdent le contrôle, transcendés par diverses formes du désir. Ils s’évanouissent dans le partage des intimités. Nous aussi avons été englouti dans ce monde. Merci de nous avoir raconté ces belles histoires, Clarissa…
Jean Zaga

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