Publié dans Littérature

L’amour à plusieurs, c’est mauvais pour le cœur

A propos de Marie Laurent, La mouche d’Eléonore, Artalys, 2014.

http://editions-artalys.com/sentimental/la-mouche-deleonore/

 

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Marie Laurent fait partie des grandes écrivaines. Nous le lui avons dit en lisant sa nouvelle dans le recueil Fantastiques amours. Cette impression est confirmée avec la lecture de son roman La mouche d’Eléonore. Il s’agit d’une transposition des Liaisons dangereuses de Laclos dans le monde contemporain. Eléonore est amoureuse de Fabrice. Elle ne vit et ne respire que par lui. Lorsqu’il lui annonce brutalement qu’il la plaque pour une fille plus jeune et plus sexy, dont le père est un des grands patrons de la presse, elle est effondrée. La douleur la métamorphose. Quelque chose va changer en elle. En entrant dans un magasin, elle achète une mouche qu’elle colle sur son visage : « la mouche collée à ma joue me donnait de l’assurance, me conférait un pouvoir d’essence magique ». C’est le symbole d’une nouvelle vie, un peu à la Dorian Gray. Et d’une revanche à prendre. Eléonore va chez le coiffeur. Elle adopte un look plus sexy. Elle devient Madame Merteuil. Là est le premier coup de force de Marie Laurent. Elle joue avec le texte de Laclos, regarde dans les silences et construit à partir d’eux l’humanité des personnages, avec toute leur ambivalence. D’habitude on voit Mme Mertueil comme une Machiavel perverse en jupon. Mais là, c’est un phénix qui renait de ses cendres et qui, un peu à l’image de la jeune divorcée de La rééducation sentimentale d’Emma Cavalier, va se reconstruire dans les bras de Adrian Valmont, le rédacteur en chef du journal dans lequel elle travaille.

Si le roman n’est pas érotique, certaines scènes sont néanmoins sulfureuses. Lorsqu’Eléonore s’abandonne dans les bras de Valmont à l’arrière du taxi, Marie Laurent nous montre qu’elle sait écrire la volupté. Il en est de même avec la jeune Sabrina, la fiancée de Fabrice. Dans le hammam, les deux femmes observent leurs corps nus. Auparavant, Valmont a plaqué Eléonore : « Dans l’univers où nous évoluions, tout n’était que poudre aux yeux, trompe-l’œil. Seuls mes sentiments pour Adrien avaient été sincères et il les avait piétinés allègrement ». Une autre souffrance. Une métamorphose plus radicale. Son cœur se ferme. Eléonore construit une carapace et croit répudier les sentiments de son cœur. La jeune journaliste décide d’utiliser son amant pour séduire la fille avec qui son ex est parti et lui promet ses charmes s’il arrive à la conquérir. Les rapports de domination s’inversent. Valmont est à sa merci. Il fera tout ce qu’elle veut. Toutefois, Eléonore va perdre prise sur les événements : « J’avais l’impression d’être montée dans un train à grande vitesse dont les freins risquaient à tout moment de lâcher. Quand il aurait déraillé, les wagons se fracasseraient les uns contre les autres et des pantins disloqués s’en échapperaient ». Voilà les risques de faire l’amour à plusieurs, même si ce n’est pas en même temps.  Eléonore se rend compte trop tard que cette carapace qu’elle croit invulnérable ne fait que la fragiliser davantage de l’intérieur. Marie Laurent l’a bien compris ; les liaisons dangereuses sont avant tout le fil noir à l’intérieur de notre âme esclave des passions…

Jean Zaga

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