Publié dans Littérature

It’s beyond my control

A propos de Eva Delambre, Devenir sienne, Paris, 2013.

JOYEUX ANNIVERSAIRE A TABOU
http://www.tabou-editions.com/romans-nouvelles/18-devenir-sienne-a-paraitre-en-avril-9782363260055.html

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Il et Elle n’ont pas de prénom. Ils sont chacun mariés à un conjoint différent. Ils travaillent ensemble dans la même petite entreprise. Il est le patron. Elle est sa collaboratrice. Dès le début, le désir est là. Violent. Incontrôlé. Intempestif : « Je savais que, s’il devait se passer quelque chose entre nous, ce serait un jour comme celui-là ». Leur passion n’a ni de début, ni de fin. Elle commence par le milieu. On sait qu’il veut la soumettre. L’homme comprend qu’il doit y aller par étape, sans la brusquer. Elle a conscience qu’elle perd tout contrôle. Le roman raconte ce processus lent au cours duquel elle devient sienne. Ce devenir est voluptueux. La narratrice expérimente plusieurs plaisir de la soumission. Très vite, il l’habitue à ce que ce soit elle qui le supplie pour avoir des rapports sexuels, qu’il peut lui refuser à tout moment. Il lui impose le vouvoiement alors qu’il la tutoie. Il la soumet à tous ses désirs et elle le suit amoureusement. Elle attend cette soumission. Elle la désire : « J’adorais ce petit jeu.. J’avais répondu en amante soumise qu’il voulait que je sois et que je voulais être pour lui ». Les amants sont sur la même longueur d’ondes. Lorsqu’il amène une de ses amies, une asiatique qui n’aime que les filles, elle s’abandonne. Au début, elle a peur. Mais elle se rend compte qu’elle aime ces plaisirs inédits. Et qu’elle tombe de plus en plus amoureuse de celui qui va devenir son maître. Il annonce la couleur : « Je vais te rendre complètement folle, tu vas devenir mon esclave sexuelle, mon jouet. Et c’est toi qui en redemandera ».

Lorsqu’ils arrivent à passer tout un weekend ensemble, ils se rendent compte que le rubicon est franchi. Il lui achète un collier en cuir qu’il met autour de son cou. Il lui fait faire l’amour avec un inconnu. Le sentiment d’humiliation devient excitation. Elle prend goût à ces pratiques nouvelles, inimaginables dans sa vie d’avant. Lorsqu’ils prennent un bain après une violente étreinte, elle regarde son visage dans la flamme des bougies : « Ce n’était pas seulement notre façon de faire l’amour que j’aimais, ni le rôle qu’il me faisait jouer, c’était lui, entièrement ». Après ce weekend, plus rien ne sera pareil. Ils souffrent de ne pouvoir passer plus de temps ensemble. Lors d’un autre moment volé, il l’emmène dans ses sociabilités BDSM. Elle découvre d’autres maîtres, d’autres soumises. Elle-même deviendra la maîtresse d’Antoine, un de ses anciens dominateurs.

Bien sûr, il y a des hauts et des bas dans leur histoire. A un moment, il sent qu’il est allé trop loin dans la punition. Il lui a fait mal. Il arrête tout. Mais c’est elle qui vient le chercher. Son autorité lui manque. Elle le provoque mais sait aussi le rassurer afin de pouvoir se délecter de la punition qu’il lui inflige. Les passages où elle exprime sa jalousie sont très touchants. Elle souffre beaucoup plus en le voyant avec une autre femme que lorsqu’elle reçoit une violente fessée : « Cela ne t’excite pas du tout de me voir avec une autre femme ? J’étais incapable de parler, je fis non de la tête. Il me regardait dans les yeux, il semblait voir que je ne pleurais pas de la même façon que lorsqu’il m’avait fessée un peu trop fort. Il semblait comprendre que ces larmes-là, je ne les accepterai jamais, que je ne serais jamais d’accord pour les verser de nouveau, juste pour son plaisir. Il semblait comprendre que, cette fois, il m’avait vraiment fait mal ». Eva Delambre sait aussi montrer l’humanité du maître et de la soumise. Etre esclave, se soumettre, devenir sienne est un choix de vie ; même si, plus l’histoire progresse, moins il veut la voir hésitante ou réticente. Les codes disparaissent. Ce n’est plus un jeu. Elle s’abandonne au maître et le lecteur saisit que cet abandon, cette abnégation est plus important que l’acte exigé par ses ordres.
Avec un peu de malice, nous pourrions dire qu’il y a dans cette sexualité une vertu quasi aristotélicienne puisque la narratrice sait passer du statut de soumise à celui de maître et vis versa. Comme dans l’Ethique à Nicomaque, elle sait se réjouir du bonheur de l’être aimé. A ceux qui voient dans ce rapport de domination une relation machiste et unilatérale, nous pourrions dire que derrière les apparences de cette violence se trouve la force de l’amour. Tout comme dans l’Esclave, il faut lire entre les lignes et saisir la fulgurante ainsi que la solidité de cet amour, par-delà les préjugés et les visions puritaines bien trop présentes dans notre société. Repousser les limites dans une complicité amoureuse peut aussi être un art d’aimer.
Jean Zaga

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