Publié dans Littérature

Fragilité de l’instant amoureux

A propos de Thomas Galley, Les aventures intimes de Nathalie

 

http://numeriklivres.info/project/les-aventures-intimes-de-nathalie-de-thomas-galley/

 

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Le roman de Thomas Galley nous a hanté un long moment après en avoir terminé la lecture. Il fait partie de ces livres troublants qui exaltent l’intensité et la fragilité des sentiments amoureux, en inscrivant les atmosphères dans un exercice de style littéraire aiguisé. Tout se déroule en un weekend. Nathalie vient rejoindre Stefan à Paris pour y passer deux nuits. Au programme, visite des musées, concert de Chopin et moments de plaisir à l’hôtel. Cela semble banal, déjà vu. Et pourtant le roman de Thomas Galley explore de manière subtile l’esthétique d’une rencontre ainsi que le processus complexe, lent et parfois irréversible à partir duquel on tombe amoureux.

Nathalie et Stefan se sont connus sur le net. Il est allemand. Elle vient de Montpellier. C’est le désir qui les a réunis. L’envie de se rencontrer dans la vraie vie. Ils tentent l’aventure. Ils montent chacun dans un train et donner une chance à leur histoire. Tout commence par un baiser enflammé sur le quai de la gare de Lyon. Tout commence par le désir, comme chez Duras. La force du roman est de rendre compte de cette brûlante passion qui relie deux être amoureux et d’explorer les détails d’une liaison. Les rues de Paris, les tableaux des musées, les couleurs de la chambre d’hôtel ou bien de la ville sont des personnages à part entière du récit.

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Thomas Galley nous parle de la violente attirance que ressentent deux personnes qui n’ont qu’un weekend pour s’aimer, pour faire l’amour, pour fusionner. C’est l’embrassement des sens dans l’étreinte qui est au centre de cette histoire : « La tenir, sentir ou plutôt deviner les formes de son corps à travers les couches de vêtements, la joue qui effleurait la sienne, respirer l’odeur qui se dégageait de ces quelques centimètres carrés de peau nue, s’en remplir les narines et les poumons, plonger au fond d’un abîme insondable de volupté que cet échantillon laissait entrevoir et dont il promettait les délices en même temps ». D’emblée, Nathalie laisse entrer Stefan dans son intimité. Les barrières du réel sautent et les deux amants, proches en cela de la tradition mystique de l’amour chère à Abdelkébir Khatibi, fusionnent en un seul et même être :  Ils se dégustèrent, prirent des bouchées délicieuses et avalèrent l’autre comme pour en faire une partie d’eux-mêmes. Leurs goûts se mélangèrent, et leurs yeux, fermés d’abord, s’ouvrirent – autant de portes par lesquelles l’autre pouvait librement pénétrer ».

 

Tout devient très vite incontrôlable, notamment lorsqu’il regagne la chambre d’hôtel. L’orgasme flirte avec la folie, avec la démence. Nathalie prend possession – au sens fort du terme – de son amant, au travers que certains passages qui nous ont vraiment fasciné. Il n’y a rien de plus beau et de plus grand qu’une femme qui s’approprie un corps masculin à sa merci.

Très vite, il n’y a plus de pudeur, plus de décence. Mais en parallèle, leur étreinte semble tendre vers la pureté. Les caresses suaves dans l’eau du bain sont comme une purification de l’âme et le regard que l’un porte sur l’autre cimente l’union des deux corps. La violence du désir est symbiotiquement liée à une attirance sentimentale indéfectible. Les espaces et le temps se superposent, à travers une exploration remarquable de la psychologie des personnages. Derrière ces machines désirantes, il y a la vulnérabilité de la vie. Lorsque Nathalie susurre son désir à l’oreille de Stefan, on sent les prémices de l’imprévu : « Je vais boire à ta source jusqu’à ce que mes entrailles regorgent de toi. Je vais te regarder jouir pour imprimer à mes yeux les stigmates de ton plaisir, je vais te faire crier de plaisir pour m’assourdir des échos dont ma mémoire retentira à tout jamais – je vais t’aimer, et voilà bien le plus grand malheur que je puisse nous infliger ! ».

 

Fragilité de la construction d’une vie à deux. Fragilité des êtres qui vont inévitablement à la rencontre de leur destin. Pour le meilleur ou pour le pire…

Jean Zaga

7 commentaires sur « Fragilité de l’instant amoureux »

  1. Très belle chronique d’un magnifique roman. Moi aussi je me suis régalée de ce texte. En particulier, les descriptions de Paris et de l’interaction de la ville sur l’humeur des amants sont remarquables

    1. Merci Thomas ! Plus j’écris, plus je lis ces beaux textes, plus je me dis que la frontière entre les textes dits érotiques et les textes dits non érotiques est poreuse ; et c’est le désir qui m’intéresse tant au niveau de l’écriture que de la lecture ; ton roman est un chef d’oeuvre

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