Publié dans Littérature

Des amitiés particulières

A propos de Petits paris entre ennemis (Editions Artalys, 2015), de Camille C.

http://editions-artalys.com/sentimental/petits-paris-entre-ennemis/

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La nouvelle de Camille C. est un petit bijou. Comme Marie Laurent dans La mouche d’Eleonore, Camille C. nous livre une version moderne des Liaisons dangereuses. L’histoire se situe dans le milieu estudiantin. Tout commence avec le désir de vengeance d’Agathe, quittée par son amant Hugo. Elle décide de se venger en pervertissant la jeune Constance sur laquelle il a des vues, en la livrant en pâture au libertinage de Blaise, un Valmont tout aussi fort et tourmenté que celui du roman épistolaire de Laclos. L’incarnation contemporaine de la Présidente est loin d’être aussi innocente qu’elle n’en a l’air. C’est ce qu’Agathe souffle à Blaise : « je suis certaine que tu seras plus qu’heureux de m’aider à dévergonder cette petite sotte qui ne demande de toute manière que ça ». Toutefois, ce dernier a des vues sur Eloïse. Lequel parviendra à imposer son pari à l’autre : Agathe sur les chances de Blaise à conquérir la jeune Constance ? Blaise à Agathe quant aux possibilités de séduire Eloïse, issue des classes populaires ?

Ils essaient de s’appâter l’un l’autre. Agathe sent bien que Blaise a un faible pour Eloïse, quand bien même il s’en défend : « je me suis mis en tête de faire mienne cette bonne vieille Éloïse Villiers. Oui, oui, oui… je sais c’est une roturière, mais je me suis toujours demandé quel goût la souillure pouvait avoir. Peut-être est-elle plus… épicée que toutes ces aristos de notre voisinage, formatées par des années de bonnes manières et de fausses pudibonderies ». Chacun essaie d’utiliser l’autre pour parvenir à ses fins. L’université privée Saint-Marcus est un espace où l’humiliation est omniprésente, depuis les bizutages jusqu’aux relations amoureuses où l’on est plaqué sans ménagement. Camille C. est très proche des réalités omniprésentes dans nos univers socio-professionnels, où ce sont le calcul égoïste, les intérêts individuels, les faux-sentiments d’amour et d’amitié ainsi que le plus grand cynisme qui prévalent. Ses personnages vivent dans un monde sans valeurs, sans éthique, sans respect. Chacun peut être perfidement abusé par l’autre. Il devient un instrument dont on se sert pour obtenir une jouissance aussi terne qu’éphémère. La rédemption semble être morte dans les cœurs. Même si des sentiments demeurent en chacun, on sent qu’ils ont été souillés par l’environnement social. L’attirance de Blaise pour Eloïse est comme un salut ; tout comme le lien symbiotique qui l’unit malgré tout à Agathe, qui est aussi sa complice dans la souffrance et les tourments.

L’une des qualités de cette nouvelle se trouve dans les situations ambivalentes décrites par l’auteure. Les passages dans lesquels Agathe initie Constance à la sexualité sont de toute beauté : « il faut bien que quelqu’un te prépare à devenir une véritable femme, digne d’être parmi l’élite de Saint-Marcus et digne d’être respectée. Un peu comme moi, tu vois. ». Est-ce que Agathe aura sa vengeance ? Est-ce que Blaise sera sauvé par l’amour ? Laissons aux lecteurs découvrir cela… L’innocence n’est jamais aussi innocente qu’on le croit et la perversité a parfois le sourire des anges.
Jean Zaga

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