Publié dans Littérature

Désir d’intimité

A propos de Fêteur de Trouble, Plus charnelle sera l’étreinte, Dominique Leroy, 2014   http://www.amazon.fr/Plus-charnelle-l%C3%A9treinte-F%C3%AAteur-Trouble-ebook/dp/B00LMDG3YQ fêteur de trouble

Quand « le plaisir devient désir », la chair s’emplit de force, de grandeur. Comme le dit Camélia, à qui je dédie cette chronique, il y a des mots que l’on utilise sans pudeur dans son quotidien. Les protagonistes se sentent touchés par la grâce et la vie prend des allures de contes de fées. C’est de cette intensité que nous parle Fêteur de Trouble dans les trois nouvelles de Plus charnelle sera l’étreinte. La première « La confusion des genres » raconte les ébats de trois personnes dont on ne connait ni le sexe, ni le genre. La jouissance est dépersonnalisée, départicularisée : «Les yeux clos, je prenais un trouble plaisir à ne pas deviner trop vite qui était de part et d’autre de moi, priant pour que l’incertitude dure tant que nous cernerait l’ombre ». Les yeux se posent sur les courbes des corps. Courbe de quoi ? De qui ? Peu importe. Le désir avance à l’état pur, avide. Il y a juste trois formes sur le lit : « Je reprenais conscience de nos trois corps, serrés sur le lit. Immobile entrelacs de nos membres, nos formes, nos odeurs mêmes, emmêlés comme l’avaient été nos sueurs et nos râles cette nuit ». Les mains recouvrent les corps, plongeant le narrateur dans une divine prison de chair. Les accolades deviennent de plus en plus indécentes, tout en exprimant une certaine timidité. Comme si les trois protagonistes faisaient semblants de ne pas se laisser aller jusqu’au bout l’étreinte. C’est à ce moment que les effleurements s’aventurent dans les zones non encore explorées, donnant à l’intimité partagée toute sa suavité et son intensité. Les doigts, les langues, percent le narrateur, qui jouit du plaisir d’être là et de vivre ces instants. Il en est de même dans la seconde nouvelle « Attendez une seconde (et peut-être que…) », évoquant l’étreinte torride de deux étudiants qui se bousculent par mégarde dans la bibliothèque universitaire, au moment de la fermeture. Entrainés malgré eux dans le tumulte de la passion, la bousculade, la perte d’équilibre, la chute (dans un sens bien différents que celui dont parle Albert Camus), deviennent des chorégraphies érotiques : « Et pendant que nos mains appuyées sur la console se frôlent sans se toucher, nos ventres, eux, se rejoignent. Sans s’autoriser à y croire, on accompagne pourtant leur danse, leur début d’indécence ». Les deux amants s’accrochent à la chair comme si leur vie en dépendait. Le beau dessin de la couverture, réalisé par GIER, rend compte de la violence fusionnelle. C’est plus fort qu’eux (dirait la jolie chanteuse rousse). Les sexes se serrent l’un contre l’autre, attirés comme des aimants. On a l’impression d’assister à un rêve somptueux vécu par des personnages en émoi. Qui a dit que la chair est faible ? L’étreinte des corps peut être puissante, au contraire : « Une nouvelle fois, nous restons en suspens, comme au bord d’un nouveau gouffre que nous ne pourrions franchir. Nos deux sexes se réclamant plus que jamais. Et c’est presque d’eux-mêmes qu’ils viennent l’un à l’autre, ensemble, d’un coup, presque violement. Ils se retrouvent, pour ne plus se quitter désormais ». La troisième nouvelle « Un, deux, trois, sommeil » commence lors d’une fête. Deux jeunes amants montent se coucher dans une chambre commune. Ils ont très envie l’un de l’autre mais au moment où ils commencent les préliminaires, une fille rentre dans la chambre et se couche dans l’autre lit. Les deux tourtereaux arrêtent les ébats. Mais l’envie de faire l’amour est plus fort qu’eux (décidément, on peut lire Plus charnelle sera l’étreinte avec Mylène Farmer dans les oreilles). Thibault commence à caresser le corps de sa chérie et le mettre en émoi. La fille essaie d’être silencieuse mais elle n’y arrive pas. Des gémissements s’échappent de sa bouche. C’est elle qui s’avérera être la plus indécente, rêvant d’orgasmes effrénés : « Oh bien sur, si nous étions seuls, il irait tout autrement. Nulle peur ne viendrait disputer en moi le libre abandon à ses caresses. Je pourrais tout à loisirs m’ouvrir, me cambrer, me plaquer à lui pour le faire basculer et rouler sur le dos sans nous décoller. Pour finir, je m’étalerais sur lui, mes reins s’acharnant sur son ventre. Je laisserais mes seins pointer en toute indécence ». La jouissance n’est pas un plat qui se mange froid. Pour le plus grand bonheur de la lecture.

Jean Zaga

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