Publié dans Littérature

Portrait d’une femme gourmande

A propos de Shunga de Odile Bréhat (2014)

http://www.amazon.fr/Odile-Brehat/e/B00J3HFDW6

http://www.atramenta.net/lire/shunga-gentleman-a-louer/45246

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    Dans cette nouvelle qui se lit très bien dans ce contexte de fêtes de fin d’année, où il est de mise de se faire plaisir, Odile Bréhat nous emmène dans le monde du désir féminin. Caroline, journaliste, est une femme qui aime les plaisirs. Elle croque dans la vie à pleine dent et ne s’embarrasse pas des superficialités sentimentales. Depuis sa rupture, elle n’a plus d’états d’âme quant aux relations monogames conventionnelles. Son plaisir, elle le trouve dans les diverses tentations qui s’offrent à elle. Les hommes doivent être appétissants, comme ces éclairs au chocolat que l’on savoure en fin d’après midi, après une séance à la piscine. Odile Bréhat montre de l’intérieur quelles sont les pensées secrètes d’une femme qui consomme les hommes en étant uniquement guidée par son désir, voire par ses caprices. Au départ, Caroline doit effectuer un reportage sur un restaurant nommé Shunga. Pour y entrer, elle doit venir uniquement en couple. En arrière plan, Odile Bréhat nous fait sentir les injonctions normatives de la vie en couple qui pèsent dans nos sociétés : « Le hic c’est que le Shunga ne réserve son entrée qu’aux couples ; les singles sont systématiquement refoulés. Ne me demandez pas pourquoi tant d’ostracisme à l’encontre des célibataires, cela doit être la tendance mode du moment ; personnellement cela fait belle lurette que je ne cherche plus les origines de tous ces nouveaux fashion concepts ». Soit on est à deux, soit on est rien. Caroline se demande avec qui elle pourrait se rendre dans ce restaurant qui semble cacher bien des mystères libertins et décide de prendre un escort boy. A l’image du personnage féminin de Don Juan ou la passion du mythe de Charlène Willette (Artalys, 2014), Caroline va opérer une sélection entre les différents hommes qui offrent leurs services sur la toile et déplore de ne pouvoir faire un être nouveau à partir des meilleurs éléments que possèdent les quatre garçons retenus : « Si je pouvais les mettre tous dans un shaker, le secouer et en faire ressortir une seule personne, c’est celle-ci qui me conviendrait ». L’intérêt de cette nouvelle se trouve dans les émois intérieurs qui traversent la narratrice. Sur le net, elle sélectionne ces hommes comme s’ils étaient des produits de consommation de masse. Elle-même profite de l’occasion pour faire du shopping, pour se rendre chez le coiffeur, pour devenir aussi un produit que l’on consomme et que l’on prendra plaisir à consommer. Suite à un rêve érotique où elle se voit faire l’amour avec Ian, c’est sur lui que va porter son dévolu. En fine stratège, elle l’invite à faire quelques longueurs et à prendre un café. Son image la hante :  « Je sens qu’il me teste, qu’il me jauge, et je sens qu’il va bientôt me faire défaillir sans retenue. Il me maîtrise, il me dompte. Je suis son violon, il est mon archet ». Dès le premier regard, elle se sent à l’aise avec lui. Les moments à la piscine sont très conviviaux, sensuels. Les corps en maillot de bain s’excitent subtilement. Même s’ils se sont rencontrés pour des raisons marchandes et que la suite de l’histoire ne va pas forcément verser dans le romantisme, il y a cet instant où la passion s’installe entre eux, troublant ces deux produits de consommation que sont leurs corps socialement préfabriqués pour le plaisir : « Tandis que je mords à nouveau dans le reste d’éclair, je le regarde intensément et commence à faire voleter mes doigts au dessus de sa braguette en avalant ma bouchée. Son souffle devient plus saccadé et ses sens sont en feu. Au moment où il va se ressaisir et remettre une barrière entre nous, je pose mes lèvres contre les siennes et glisse doucement ma langue dans sa bouche. Le goût de son café, mélangé à celui du chocolat, est enivrant. Rapidement sa main m’attrape et son bras enserre ma taille pour me coller contre son torse. Mes seins s’écrasent contre sa poitrine et au travers du tissu de nos vêtements, je sens mes tétons se durcir immanquablement ». Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’une femme qui désire un homme ? Comment se comporte-t-elle tout au long du processus de séduction ? Qu’est-ce qui se passe lorsqu’elle ne maîtrise plus rien ? On a hâte de lire la suite de cette magnifique nouvelle.

Jean Zaga

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