Publié dans Littérature

Le regard du voyant

A propos de Mon cher Balmy de Isabelle Boucheron (Dominique Leroy, 2014)

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boucheron

       Cette nouvelle d’Isabelle Boucheron se déguste comme ces paysages que l’on regarde avec grâce et enchantement. L’histoire se passe au XIXe siècle dans un petit hôtel transformé en lieu orgiaque par un chirurgien célèbre. Très vite, son jeune fils va découvrir l’organisation de ces soirées libertines : « Combien de corps nu d’hommes et de femmes avais-je vus se refléter dans le grand miroir du salon ? Ces hommes et ces femmes dont les visages étaient dissimulés derrière les masques de velours noir ; des confrères et subalternes du très honoré Docteur Balmy, l’hôte au visage découvert, qui regardait tous ces corps s’enchevêtrer tel que cela se pratiquaient dans les orgies romaines ». L’œil collé à la serrure, il découvre des mondes insoupçonnés, des femmes haletantes de plaisir, des flots de débauche humaine. Après le décès de son père, le jeune homme hérite de sa trousse de chirurgie et du spectre de ces soirées qui le hantent. Il sent le libertinage s’emparer de ses sens, tout autant que le désir de peindre, d’embrasser un paysage semblable à ces corps gémissants observés par la serrure. Très vite, il se met à dessiner une « chair rosée » pour rendre compte de l’impudeur de ces femmes qui savent se donner aux regards. Le narrateur rencontre Louise, une jeune fille de son âge, avec qui il partage ses jeux pervers et ses plaisirs de voyeur. Elle aussi aime s’immiscer dans les secrets intimes : « Elle aimait ces histoires dont on ne peut pas parler par crainte ou par pudeur : une religieuse coupable d’entretenir des relations sexuelles avec le jardinier du cloître, la préceptrice exhibitionniste qui récompense son élève en se déshabillant progressivement de façon suggestive ». Le narrateur lui décrit les plaisirs du voyeurisme de son enfance et fait de ces souvenirs une véritable œuvre d’art, un paysage enchanté peint par un génie divin. Louise aime jouer avec lui et découvrir ces plaisirs de l’amour en passant du statut de voyeur à celui d’acteur. Lorsqu’il jouit en elle, il a l’impression qu’il est sur le point de mourir. Louise est insatiable ; elle exige toujours plus du narrateur et l’insulte quand il n’arrive pas à avoir d’érection. Très vite, il se rabat vers sa sœur, Pauline, qui a des airs androgyne. Elle est très différente de sa sœur : « A l’inverse de Louise, Pauline n’était pas vraiment jolie, mais elle avait le don d’agrémenter son petit air renfrogné d’un regard plutôt concupiscent qui titillait mes sens ». Le jeune homme fait également l’amour avec elle. Plus l’on avance dans le récit, plus son amour pour les portraits, les paysages, les visages devient fort. Avec un ami, ils prennent une galerie, peignant les couples en train de faire l’amour, les corps de femmes exhibant leur charme aux regards…et font de leur vie une œuvre d’art, à jamais marquée par le spectre bienheureux du libertinage

Jean Zaga

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