Publié dans Littérature

Bascule avec moi

A propos de Le corps en feu et Un goût d’interdit de Sara Agnès L.

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sara agnes

On ne rend jamais assez hommage aux gens qui vous lisent avec un regard plein de grâce, d’attention, de sensibilité. Cette chronique, elle est pour toi Isa Jacques. Il y a quelques semaines, je t’avais demandé quel auteur tu souhaiterais que je chronique pour toi et tu m’avais donné le nom de Sara Agnès L. Je ne connaissais pas cette écrivaine mais maintenant c’est fait. D’ailleurs, hier soir, en même temps que je dévorais ses textes, je conversais avec elle. C’est aussi pour cela que j’aime lire des auteurs de nouvelles érotiques. Leur humanité et leur accessibilité me fascinent. Lorsque j’écoute Noann Lyne me parler de ses textes je suis à genoux ; comme je l’étais au café place de la Sorbonne lorsque Julie Derussie m’a parlé de la fragilité de ses personnages, en essuyant d’un geste furtif les petites traces que son chocolat chaud laissait sur ses lèvres animées par la passion de l’écriture. Julie, ne m’en veut pas pour cette digression. Le chocolat a une importance pour Isa. C’est pour cela que j’y fais une allusion. Isa, j’ai beaucoup aimé lorsque tu m’as dit  que  l’héroïne de ma nouvelle a une écharpe chocolat. J’aurai dû écrire qu’elle avait une écharpe couleur ChocolatCannelle. J’en connais une qui aurait sûrement apprécié (quoi que … J ). Cette chronique, Isa, elle est pour toi. Les lectrices et lecteurs ont bien souvent la gentillesse de mettre des commentaires au sujet des textes publiés par un auteur. Ils prennent le temps de vous lire, de se glisser dans votre texte. Je veux absolument te remercier chère Isa ; comme je vais remercier plus tard une autre lectrice de « Tu as le sexe d’un ange » dont je ne dirais pas le nom mais dont je prendrai un plaisir « sensuel » à chroniquer la nouvelle (en tout bien tout honneur ; cela va sans dire). Cette chronique, Isa, elle t’est dédiée et je voudrai l’écrire comme une petite nouvelle, dont tu serais l’héroïne. J’y tiens beaucoup. Hier soir, j’ai eu la bonne idée de prendre un thé à la menthe vers 21h et après impossible de dormir. Alors, je me suis dit que j’allais lire cette auteure que tu aimes tant. J’ai commencé par Le corps en feu, une nouvelle publiée en 2013 sur Atramenta. D’emblée, j’ai été sous le charme. J’adore la façon dont l’auteure nous fait entrer dans le désir de cette femme, sans préliminaires, sans futilités inutiles. L’histoire se passe dans une boite de nuit. La narratrice est venue danser et se chercher un mec. Isa, peut-être que cela te rappelle quelque chose, la boite de nuit et la femme qui a envie de sexe juste pour le plaisir. Je n’en dis pas plus. Il ne faut pas rompre l’intimité secrète entre l’auteur et des lectrices telles que toi. Dans un très beau livre, intitulé « La lectrice », Jean-Baptiste Messier a très bien parlé de cette volupté existant entre celui qui écrit et celui qui lit. J’ai aimé la façon dont Sara Agnès L. campe le personnage : « Il y a trop longtemps que je ne suis pas sortie en boîte et que je n’ai laissé mon corps s’exprimer. J’ai envie de me jeter dans la foule et de sentir les corps se frotter contre le mien. Et si je trouve un mâle à mon goût…pourquoi pas ? ». J’aime ce « pourquoi pas ? ». Il a du style. La fille est sur la piste de danse. Elle vibre sur la musique, avec tous ces corps qui se collent à elle. Tout d’un coup, elle sent un homme qui s’approche. Elle a envie de son membre viril. Ses yeux l’invitent à aller plus loin dans l’étreinte. Il colle son sexe contre elle tandis qu’elle accélère ses déhanchements. Elle a le diable corps. Un peu comme toi, Isa, lorsque tu lis tous ces livres, lorsque tu fais toutes ces chroniques, lorsque tu relis tous ces auteurs avant qu’ils soient publiés. Toi aussi, tu as le diable au corps, au sens littéraire du terme. Et en toi brûle ce même feu sacrée qui anime les personnages de Sara Agnès. Un feu qu’il faut calmer mais en laissant quelques flammes par ci par là, afin qu’il se ranime plus tard. En lisant Sara Agnès, j’ai la chanson de Mylène Farmer dans les oreilles. « Diabolique mon ange ». Mais j’écoute aussi « One Night in Bangkok » de Murray Head, en ce moment. Et j’imagine le personnage féminin de Sara Agnès L. danser là-dessus dans les lumières du trombinoscope, avec cet homme qui caresse langoureusement sa chair. Il l’emmène rejoindre son ami et là, elle se rend compte que les deux hommes sont amants. L’un d’eux est bi ; l’autre est gay. Mais le désir n’est pas affaire d’orientation sexuelle. La narratrice est entrainée malgré elle dans le mélange des chairs. Elle va au bout de l’ambivalence de son désir : «Je ferme les yeux. Mon corps s’abandonne à eux. L’un qui m’embrasse dans le cou, l’autre qui me fait grimper au paradis. C’est rapide. Probablement parce que je ne retiens rien du désir qui m’anime et de cette envie de perdre la tête qui me ronge depuis que je suis là ». J’aime la façon dont elle s’abandonne. Sara Agnès, j’aime la façon dont ton personnage me sourie. Là, j’ai en tête la chanson de Visage « Fade to Grey ». Isa, je suis sûr que tu connais. J’ai été sensible à ton message FB, ce matin, me disant que tu avais aimé les chansons dans ma nouvelle car elle te rappelait des souvenirs. Je te vois, là, en train de faire ton ménage, en écoutant Jeannette « Porque te vas », French Kiss ou Bonnie Tyler. Et je sens encore plus l’importance d’être lu par des gens comme toi.

Les personnages de Sara Agnès L. s’abandonnent et prennent du plaisir à s’abandonner. Elle suit les deux hommes chez eux et ils passent la nuit à faire l’amour. J’ai été charmé par la façon dont Sara Agnès L. place le corps de cette femme dans l’amour qui unit ces deux hommes : «Parfois, il m’embrasse ou sourit à Kevin. Ils s’aiment, ces deux-là. Je le sens. Et j’adore être au milieu de tout cet amour ». Plus que « le mariage pour tous », c’est ce côté « baise pour tous », quelle que soit l’orientation sexuelle des personnages, qui est séduisant. Elle ne ramène pas un gay vers l’hétéronormativité mais au contraire, elle se glisse dans la beauté du désir homosexuel, en hétéro. Et je trouve cela beau ; pas toi Isa ?

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L’autre nouvelle que j’ai lu hier soir s’appelle « Un goût d’interdit », publiée aussi en 2013 sur Altramenta. Là encore, j’ai été sous le charme de cette femme, Claudia, abandonnée par son mari pour une femme plus jeune. Elle a la quarantaine et elle se sent seule, vieille, abandonnée. Elle sent la vulnérabilité au plus profond de cette chaire que plus personne ne désire. Lors d’un après-midi, tandis qu’elle est en train de bronzer au bord de la piscine, elle sent le regard de Robbie, un ami de son fils, qui dévore son corps à peine masqué par un peignoir s’ouvrant au moindre des mouvements. Isa, là encore, un jeune ado de dix huit ou dix neuf ans qui regarde une femme plus âgée que lui, avec des yeux ardents de désir, ça doit te rappeler quelque chose, non ? N’en disons pas plus. Robbie demande à Claudia où est-ce qu’il peut se changer pour faire quelques longueurs dans la piscine. Elle lui indique la chambre de son fils et, tandis qu’elle glisse un coup d’œil furtif juste pour mater, elle le surprend en train de se masturber : Par pure curiosité, je fais un pas de côté et glisse subtilement ma tête dans l’embrasure de la porte pour voir à l’intérieur de la chambre de mon fils. Debout devant le lit et dos à moi, j’aperçois Robbie, le pantalon descendu à la moitié de ses cuisses, en train de se masturber à bon rythme. Surprise, je songe d’abord à ressortir sans bruit, mais je me ravise au dernier moment et reste un instant à contempler ce dos nu et bien musclé qu’il offre à ma vue. Comme il porte toujours son caleçon, je n’ai pas accès à son cul, mais vu le reste de son corps, je ne doute pas qu’il vaut le coup d’oeil. Bon sang, est-ce que je suis en train de perdre la tête ? ». Oui, elle perd la tête et cela a son charme. Comme toi, Isa, quand tu es dans ce vertige des livres, dans ces lectures continues que tu dévore avec un appétit charnel, au quotidien. Quels magnifiques paradis artificiels tu as dû atteindre en plongeant ton regard plein de fièvre sur les phrases de ta liseuse. Tu as quelque chose de Claudia quand tu parles des livres. Et tu inscris tous ces auteurs dans l’éternité. Rien que pour ça, merci Isa. Claudia observe  Robbie. Elle perd la tête. Elle s’enfonce dans le désir. Lorsqu’elle est surprise par ce jeune ado, elle s’enfuie en courant mais il la rattrape, se confondant en excuses. Lui aussi il perd la tête : «  — Vous êtes… vraiment très belle, lâche-t-il, les joues rouges. Sa déclaration m’étonne, et je songe à resserrer les pans de mon peignoir ou à éclater de rire. Est-ce qu’il me trouve vraiment séduisante ? La bosse dans son pantalon ne fait pourtant que le confirmer. Chassant l’excitation que je sens naître dans mon bas-ventre, je fronce les sourcils :— Tu sais que je pourrais être ta mère ? Il affiche un large sourire et secoue aussitôt la tête :— Impossible ! Vous êtes… beaucoup trop sexy !— Et charmeur avec ça ! plaisanté-je ». Là, je pense à la scène finale de American Pie, où Finch couche avec la mère de Stiffler. Une blonde à la poitrine imposante. Et je trouve que ce passage de cette comédie de teenager est finalement très romantique. Et toi, Isa ? Tu en penses quoi ? Là, j’ai « Smalltown boy » de Bronski Beat dans les oreilles. Et je sens à quel point Robbie ré-enchante la vie de Claudia. Elle se sent désirée et cela lui fait du bien. Des phrases telles que celle-là sont de toute beauté : « Je ne résiste pas. J’ai envie qu’il me touche. Même si ce n’est qu’un leurre, je veux qu’il me désire. Trois, cinq ou dix minutes. Qu’importe ? Au moins, cette journée ne sera pas seulement un autre mauvais souvenir de ma vie ». Là encore, pas de préliminaires. Ils font l’amour, en laissant leurs corps s’exprimer de manière immanente. Claudia le laisse faire des choses qu’elle n’aurait jamais imaginé faire avec son mari. Elle se sent « vilaine » mais elle aime ça. Sara Agnès, quand lorsque le narrateur de ma nouvelle dit que toutes les femmes sont les bienvenues dans le palais de ses fantasmes, même les plus « salopes », je suis sûr que vous comprenez ce que je veux dire. Il y a des femmes dont le charme est justement de se laisser aller à être des « salopes », des «garces », des « vilaines » au sens noble du terme : « Toute la journée, j’ai rêvé de ce corps sur moi, en moi, dans des tas de positions que je n’aurais jamais osé faire avec mon propre mari. J’ai toujours été réservée et avant Joël, je n’ai eu que deux amants. Pourtant, ce soir, avec Robbie, je suis une véritable garce. Je dévore sa queue en me régalant des spasmes que je provoque en lui et je me fiche de son âge ou qu’on puisse nous surprendre. Tout ça n’a aucune importance ». Si l’on ne sait pas regarder les présents que ces femmes vous donnent, c’est que l’on est incapable de comprendre « ce qu’aimer veut dire », pour reprendre le joli titre du roman de Mathieu Lindon. Claudia n’a besoin de rien d’autre que de se perdre dans le corps de Robbie. Comme Isa, qui se sent plein de vie lorsqu’elle se perd dans la chair des mots. Claudia passe la nuit à faire l’amour avec son jeune amant, qui insuffle la vie en elle. J’aime la façon dont vous parlez de cette femme qui reprend le goût de vivre grâce à ce jeune homme. Merci de m’avoir fait partager la vie de ces personnages qui perdent la tête et voient leur cœur se remplir d’allégresse. Et merci à toi, Isa, pour tes précieux retours. Elle est pour toi, cette chronique. Avec ma plus grande amitié.

Yannis Z.

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