Publié dans Philosophie, sociologie...

Les Mille et Une Nuits revisité

A propos de Cher Azad de Janine Teisson (Chèvre-feuille étoilée, 2011)

http://www.babelio.com/livres/Teisson-Cher-Azad–Contes-erotiques/295126

 

Cher Azad : Contes érotiques par Teisson

 

Si nous avons aimé ce livre, c’est parce qu’il renverse les personnages mythiques du patriarcat. A l’image du Don Juan de Charlène Willette, publié en 2014 aux éditions Artalys (http://editions-artalys.com/erotique/don-juan-ou-la-passion-dun-mythe/), le récite de Janine Teisson déconstruit la figure du sultan des Mille et Une nuits. Ce n’est plus Shéhérazade, la créature vulnérable, qui est entre les mains du Sultan féroce et sanguinaire qui tue les femmes les unes à la suite des autres. Dans cette belle histoire, c’est Azad, poète musicien, qui est livré à une Sultane semblable à ces menthes religieuses exécutant leurs amants une fois l’acte d’amour consommé. Azad comprend très vite la nature de cette femme et saura ne pas se livrer à elle. Sensible au fait que la belle dame apprécie « son teint uniforme de miel », il joue le jeu qu’elle a entamé avec lui, en lui faisant bander les yeux pendant qu’elle parcoure son cours. Lorsqu’il sent la mort s’approcher, il déclare à la Sultane  « Vous m’avez donné la joie de vous rencontrer hors de la tyrannie réductrice du regard ». L’enjeu est de poursuivre ensemble ces plaisirs de l’échange sensuel de la première rencontre. C’est à ce niveau que Azad va se mettre à lui raconter des contes, depuis celui de la petite Fouifoui qui se meurt en poussant des cris de plaisir à Harou, le vieillard lubrique, en passant par les princes au regard de braise et avide de chair féminine. Deux contes nous ont particulièrement séduit. « Rien que ma part » évoque le rapport d’une femme vivant seule dans la montagne avec trois déserteurs qui prennent possession de sa maison et menacent de la tuer. Celle-ci leur fait face en disant que si chacun a sa part de nourriture, ils pourront aisément cohabiter chez elle. Très vite, les trois hommes essaient de profiter de ses faveurs. Elle les prévient qu’elle est la veuve maudite :  « Oui, on m’a mariée il y a dix ans, avec un vieux, très vieux. Le soir de nos noces il est mort sur moi. Je suis maudite ! Tout homme qui pénétrera en moi verra son membre rôtir comme saucisse aux braises et mourra sur le champ ». Mais elle ne veut pas leur mort. Ce ne sera pas avec son sexe mais avec sa bouche qu’elle leur donnera du plaisir. Très vite, les trois hommes deviennent dépendant de ces moments de plaisir, qui les emmèneront vers l’abime : « La veuve, elle, ne change pas. Elle a pourtant été malade quelques jours. Une fièvre qui l’a clouée au lit, sans force. Les trois déserteurs auraient pu mesurer à l’aune de la peur qu’ils ont eue de la voir mourir et de leur impatience à la voir reprendre ses habitudes, à quel point le plaisir qu’elle leur procure leur est devenu indispensable. Ils n’ont même pas songé à la tuer. Plus fort que la faim, le désir de sa bouche les
taraudait ». L’autre conte qui nous a marqué est « Le rêve de Dionipe ». Dans le cadre des cités grecques, dont la culture a beaucoup marqué le monde arabe, un beau jeune homme qui pose nu et se fait laver dans les bains par ceux qui aiment profiter de son corps tombe amoureux de Archidice, courtisane et experte des sciences de l’érotisme. Lorsqu’il la voit pour la première fois, il sent « qu’elle lui prend son âme ». Troublé par l’intensité de son désir, il va prier sur le temple d’Aphrodite afin qu’elle lui permette, au moins en rêve, de jouir avec son aimée : « Humble, il lui demanda non pas de faire tomber Archidice dans ses bras, mais au moins de lui envoyer un songe dans lequel ce miracle aurait lieu. Aphrodite, émue par la souffrance qui embellissait le jeune homme, en déesse enthousiaste qui ne connaît pas l’avarice, voulut faire mieux encore. Non seulement elle envoya au troublant amoureux tout un chapelet de rêves, mais par jeu ou par calcul, glissa la même nuit, dans le sommeil de l’impitoyable Archidice, des rêves identiques ». On verra que la volupté a un prix, aussi symbolique soit-il. Plus le récit avance, plus Azad raconte ses histoires érotiques à la belle Sultane, plus l’on sent l’intensité du lien symbiotique qui les relie :  » Oui je sais princesse, je vous entends jouir dans votre sommeil et parfois…–– Parfois quoi ?–– Ma main se fait l’auxiliaire du rêve… ». La fin sera imprévisible…pour le plus grand bonheur des lectrices et des lecteurs

 

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