Publié dans Littérature

L’amour, c’est comme une cigarette

A propos de CHOCOLATCANNELLE, Confidences amoureuses et sexuelles d’une lesbienne, Smashwords, 2014.

https://www.smashwords.com/books/view/485251

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Hier, nous avons passé la soirée à lire l’un des textes les plus intéressants de ChocolatCannelle. Après Exhibition on line,  la nouvelle Confidences amoureuses et sexuelles d’une lesbienne se plonge également dans la fragilité de ces femmes ravies à elle-même par la violence intrinsèque de nos sociétés patriarcales. Toutefois, le ravissement devient réenchantement de la vie, à travers la multiplicité des expériences sexuelles vécues. D’emblée, la jeune Mathilde n’est pas attirée par ces hommes machistes, qui « ramènent tout à leur bite ». Elle est romantique et fond lorsque les yeux de sa copine Lisa se posent sur elle. Toutefois, ce ne sera pas avec cette fille aux beaux cheveux que Mathilde connaîtra sa première expérience sexuelle : « Ma tendre Lise ne consentit jamais à m’accompagner au cinéma j’espérais, protégée par l’obscurité, pouvoir m’approcher du trésor convoité de ses lèvres. Ce trésor me resta à jamais inaccessible et je jetai par dépit mon dévolu, quelques mois plus tard, sur une élève de première qui arborait une natte soyeuse avec laquelle elle balayerait longuement mon corps. Élodie affichait ouvertement ses penchants féminins, toisait toutes les filles en quête de nouvelles conquêtes et me fit rapidement allonger sur son lit étroit d’internat lorsque je frappai à sa porte, le cœur à la dérive et le sexe humide ». Abandonnée par Elodie, Mathilde multiplie les relations sexuelles. Elle ne veut plus que l’amour la fasse souffrir. Son abandon dans cette odyssée sulfureuse la mènera vers de multiples rencontres, depuis la relation très forte avec une actrice de cinéma qui n’arrive pas à assumer son homosexualité jusqu’aux pratiques BDSM avec une chef d’entreprise autoritaire, rappelant que le patriarcat n’est pas qu’une affaire d’hommes. Elle aime sentir l’amour qui se consume, comme ces cigarettes dont parle Sylvie Vartan. La vie brûle entre ses doigts. Dans les boites de nuit, Mathilde rencontre tout un tas de fille et multiplie les expériences d’un soir. Plus c’est court, plus c’est bon. L’idée est « de prendre son pied dans les rencontres sans lendemain ». L’expérimentation d’une sexualité en dehors des cadres hétéronormatifs est aussi une façon d’ébranler l’hégémonie du patriarcat, présenté comme un colosse aux pieds d’argile. La sexualité entre femmes n’est pas juste du sexe entre lesbiennes. C’est aussi une hétérotopie permettant de rompre avec les aliénations violentes de la pénétration/éjaculation masculine : « Peu de jeunes filles résistaient à mon approche. Elles étaient si vite rodées au frottement des chairs masculines, déjà déçues malgré leur âge des petites verges tristes occupées à se branler en elles. Des jeunes filles que des expériences nouvelles n’effrayaient pas. Elles étaient avides de vivre ; je leur offrais l’inconnu des caresses féminines. Elles s’ouvraient à mes désirs ». Mais peu à peu, ces errances sexuelles, aussi joviales soient-elles, finissent par la lasser. Mathilde exige plus de cette sexualité de plaisir. Tel le narrateur de Proust, elle sent dans son palais la réminiscence du goût de la madeleine, c’est-à-dire la nostalgie du premier amour. C’est dans les soirées libertines à plusieurs qu’elle éprouve cet insoutenable besoin d’affection durable : « Cath et Sylvie devinrent des amies intimes, à la fois confidentes et sex friends. Je prenais souvent un verre en leur compagnie dans le bar nous nous étions rencontrées. Bien qu’elles fussent en couple, elles se disaient libres de séduire, libres de vivre une expérience sexuelle avec autrui, avec ou en dehors de leur couple. Je participais parfois à leurs ébats, me collais entre elles deux ou entre d’autres compagnes de jeu qu’elles ramenaient, seule ou à deux. J’enviais cette liberté. J’enviais surtout leur amour. À vingt-deux ans, je renonçai à l’amour. À vingt-cinq, je l’appelai de mes vœux ». Laissons le plaisir aux lectrices et aux lecteurs de découvrir si Mathilde découvrira l’amour à la fin du récit… Pour ce qui nous concerne, nous avons découvert là un bien joli texte

Jean Zaganiaris   

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