Publié dans Littérature

Impitoyable

J’ai découvert le beau texte de Lily Dufresne « Premiers émois d’une étudiante » publié aux Editions dominique Leroy. Celui-ci s’inscrit dans un autre registre mais est tout aussi palpitant. Dans cette nouvelle, c’est la dureté qui prime. La violence du Far West est restituée avec une précision diabolique, au sein de cette histoire de vengeance. Deux personnages se rencontrent dans une cellule. Mad, une femme coupable de meurtre et de vol, et le prêtre chargé de l’accompagner dans ces derniers moments, avant le gibet. Mad (diminutif de Madeleine) est une femme meurtrie, brisée, souillée par un monde sans âme où la vie du prochain n’a aucune valeur. En même temps, elle a les apparats de la masculinité : « Le personnage était ambigu, de même que les sentiments qu’il suscitait. C’était une femme, tout d’abord : la surprise fut de taille lorsqu’on le comprit, environ un mois après ses premiers assauts. Mad était le diminutif de Madeleine, tout autant que le qualificatif de sa Folie ». L’univers des cow-boys est rempli de violences et d’injustices. En regardant la fragilité de Mad, le pasteur n’est pas loin de dire que Dieu est mort. Celle-ci a été abandonnée par son père à la mort de sa mère et la bienfaitrice qui l’a recueillie a été assassinée par des bandits qui ont ensuite récupéré sa propriété. L’essor de la société capitaliste sur le sol américain n’a rien de glorieux. Elle reflète toute la cupidité et l’anti-humanisme de nos sociétés contemporaines. Néanmoins, Lily Dufresne sait regarder les grandeurs d’âme de ces personnages évoluant dans une société damnée par l’appât du gain. Plus l’on avance dans la nouvelle, plus on sent le trouble du Pasteur : « Comment m’y prendre pour que la foi se répandît en son coeur et lui permît de sauver son âme ? Lily Dufrense rend compte du souci pastorale  Je restais silencieux, à la guetter, gêné de me trouver le représentant d’une autorité morale, debout, libre… Le contraste entre ma condition et celle d’un condamné ne m’avait jamais semblé si fort ni si pesant. Qui étais-je ? Quels droits mon statut me conférait-il? ». La frontière entre ceux qui ont réussi à éviter de plonger dans l’abime et ceux qui s’effondrent dans les ténèbres de l’existence est mince. En écoutant Mad évoquer son existence, le pasteur se reconnait en elle. Il prend conscience qu’il fait partie de ce monde où évoluent aussi tous ces assassins et qu’il a de grandes affinités avec celle qui s’apprête à être pendue. Dès lors, l’enjeu en ce bas-monde est avant tout de sauver son âme… Les chemins de traverse aideront l’homme d’Eglise à poursuivre cette rédemption…

JZ

10649451_309323602600442_8303759413772506637_n

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s