Publié dans Littérature

Un sultan très bovarien

Corpus Delecta, Shéhérazade 2.0, Editions Dominique Leroy, 2014.

http://litterature-erotique.chocolatcannelle.fr/2014/10/21/sheherazade-2-0-corpus-delecta-virgilles/

 

Le sultan dépeint par Corpus Delecta a quelque chose d’Emma Bovary. Il s’ennuie dans un siècle au sein duquel il est mal à l’aise. Seule une sexualité effrénée suscitée par un être providentiel peut ré-enchanter sa morne existence. Ce sera la figure de Schéhérazade qui sera l’étincelle capable d’allumer ses sens et lui faire retrouver sa vigueur. Sa façon de lui résister, alors qu’elle ignore son statut, va fortement exciter le sultan. Elle désacralise son pouvoir et le fait languir avant de s’offrir à lui. L’un des intérêts du texte de Corpus Delecta se trouve d’ailleurs dans cette remise en cause des masculinités hégémoniques. Le sultan est prisonnier d’une conception sexiste, qui limite ses étreintes à la seule recherche de son plaisir sexuel. Pour lui, la femme n’est là que pour lui apporter la jouissance. Elle ne mérite pas de jouir elle-même. Elle est objet. Pas sujet : « Je vais te dire, ma jolie, lui souffla-t-il à l’oreille. Que tu jouisses ou pas, je m’en tape. Par contre toi, oh oui ! Toi, tu vas me faire jouir moi, que ça te plaise ou non ! ». Il est dommage que Schéhérazade finisse par se soumettre au sultan et devienne la complice de ses jeux érotiques, notamment après les violences qu’elle a subies : « El-Hadam bir’Out sentit un frisson le parcourir en voyant cette fille pleine de vie et d’énergie livrée à son bon plaisir, sans autre défense que ses cris qui ne lui servaient strictement à rien ».  Les contes des mille et une nuits, tels qu’ils sont lus par Fatima Mernissi ou Abdelkébir Khatibi, montrent justement que Shéhérazade est la figure qui rompt avec les stéréotypes orientalistes et fait mettre un genou à terre à la domination masculine, sans forcément chercher une échappatoire dans l’illusion d’un raffinement « occidental ». Est-ce que Shéhérazade a quelque chose à attendre du diplomate français ? Non ! Ce dernier incarne l’ingérence coloniale au sein du monde islamique : « Quoi qu’en disent les conteurs sur les marchés, les soirées chez l’ambassadeur n’étaient pas, mais alors pas du tout, exquises ou délicieuses, ni même raffinées, non. Ces soirées-là étaient juste terriblement françaises, avec surtout ce zeste de stéréotypes orientaux si parfaitement ridicules qu’entre Sultans, à chaque fois, on tirait à la courte paille pour savoir qui allait devoir se coller aux réceptions des Frenchies ». Très vite, ce « choc des civilisations » aboutit à une connivence des dominations masculines exercées sur une Schéhérazade transformée en jouet sexuel des hommes. Certes, « le jeu » l’amuse  « quelque part ». Shéhérazade est décrite comme une femme dégoulinant de plaisir et c’est sans doute cela qui invite les deux hommes à intensifier les étreintes. La scène de triolisme a le mérite de montrer une sexualité cosmopolite, hybride, métissée culturellement. Elle donne envie aux protagonistes d’aller plus loin et de vivre des expériences encore plus intenses : «  Mais comment faire pour… faire plus encore, la prochaine fois ? ». Au lecteur d’imaginer d’autres contes, d’autres rivages, d’autres mondes possibles…

Sheherazade-1couvRED

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