Publié dans Littérature

On n’échappe pas à son humanité

A propos de Exhibition on line (Editions Sous la cape, 2014) et de quelques autres nouvelles de ChocolatCannelle http://www.amazon.fr/Exhibition-line-ChocolatCannelle-ebook/dp/B00LTX1CPE

Cette chronique, je voudrais l’écrire comme une nouvelle. Une nouvelle que vous ne publierez sans doute jamais. Mais ce n’est pas le plus important. L’enjeu véritable n’est pas vraiment d’être publié quand on veut s’amuser à mettre la littérature hors de ses gongs. Ce n’est pas « l’éditrice » – ou la « directrice de collection », si vous insistez – qui m’intéresse chez vous. Pas plus que l’écrivaine, d’ailleurs. Laissons cela aux errances des chercheurs positivistes. Non, ce qui m’intéresse chez vous, c’est votre écriture et l’humanité qui se cache derrière. Avec Noann Lyne et Claire DeLille, vous constituez un joli triptyque. Un jour, j’écrirai un recueil de trois nouvelles. Chacune de vous serait le personnage principal de l’une des histoires. Vous, vous n’aimerez pas (Noann a par contre adoré la sienne ). Ce n’est pas grave. Je vous promets de ne faire aucun calembour méchant à propos de votre pseudo, ChocolatCannelle (qui doit avoir une histoire), ou de ne pas massacrer vos premières nouvelles érotiques avec le regard en surplomb du sociologue et du philosophe de la littérature (par contre, ça m’a remonté le morale de les lire ). J’ai plutôt envie de peindre le portrait de vos textes et la sensibilité qui se cache derrière. J’ai envie de donner une chair aux plaisirs capiteux dont vous parlez. Lorsque vous habitez l’écriture, vous n’existez plus qu’à travers la fragilité de vos personnages et j’aime cet océan innocemment pervers dans lequel vous entrainez les lecteurs.

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A ce niveau, vos personnages ont quelque chose qui est proche de Anelyse, l’héroïne de Ceux qui attirent de Claire DeLille. La grâce et la beauté de cette femme dont vous parlez dans le recueil Tintamarre des sens m’a beaucoup touché. Comme pour la plupart de vos écrits, on y trouve entre les lignes quelque chose de très voluptueux. J’aime beaucoup cette femme qui a quelque chose à donner à son mari rentrant épuisé du travail, qui va s’occuper sexuellement de lui juste pour lui faire plaisir, qui est transporté par les réminiscences de l’amour et l’intensité du désir présent. J’ai été séduit par ce personnage féminin qui prend son plaisir beaucoup plus de la jouissance de son époux que dans la propre ivresse de ses sens (Noann, cela s’appelle un clin d’œil implicite)…Dans « Un festin sous les draps », la femme est pris dans les ravissements de sa mémoire et elle n’aura jamais été aussi belle qu’en repensant à ses appétits de jeunesse : « Rappelle-toi nos jeux amoureux… Rappelle-toi le plaisir que nous prenions. Ma bouche gourmande..». Les gens qui ont quelque chose à donner, surtout au niveau du sexe, sont magnifiques sous votre plume. Je rêve d’une « directrice de collection » qui saurait faire preuve de cette générosité – au sens figuré, bien sûr – avec ses auteurs. Peut-être qu’un jour, Claire DeLille et Noann Lyne vous diront de quelle façon elles m’ont lu et initié à l’écriture… Ca, ça vous intéresserait, peut-être… L’enjeu est aussi de chercher ce qui peut être sauvé dans la littérature ; vous ne la réduisez pas à un métier, n’est-ce pas ? Je vous l’avais dit. Vous n’aimerez pas ma chronique. Mais, dans le fond, elle ne s’adresse pas vraiment à vous. C’est à vos lecteurs (et aussi aux miens, lol) que je parle. J’espère que la narratrice du texte « Un stage érotique » n’a pas disparu de votre âme et qu’elle flotte encore dans votre tête, lorsque vous lisez tous ces manuscrits : « je lisais mollement allongée, chemise de nuit retroussée, jambes repliées. J’adoptais la pose d’un bouddha obscène, avec mes chairs rondes, mes fesses sortant d’une corolle de tissu, mes cuisses duveteuses l’une à distance de l’autre, afin que tout pseudo-godemiché, de taille et de forme diverse, pût tenir son office. La masturbation fut ma religion, je devins le temps du week-end une pratiquante assidue ». Après, chacun ses plaisirs. Pour ma part, j’aurai du mal à me masturber sur La femme de papier de Françoise Rey, vu la façon dont la narratrice parle des personnes transidentitaires et des arabes. A ce niveau, j’ai été beaucoup plus stimulé par les personnages décrits dans L’amant de mes rêves de Erika Sauw, notamment la charmante Djamila, ou dans Don Juan ou la passion d’un mythe de Charlène Willette, que je vous recommande particulièrement. Par contre, lorsque votre narratrice dit « la littérature érotique secourut dès lors les soirées maussades, les dimanches pluvieux, les baisses de moral ; elle vint à la rescousse d’une libido mollassonne et me poussa vers les voies d’une sexualité épanouie », je tombe sous le charme. C’est cela qui est séduisant dans votre écriture. Dans « Exhibition on line », vous rendez compte de la sensibilité de cette femme qui s’exhibe sur le net et qui n’est vu que comme « une grosse salope » par ces hommes qui montrent pathétiquement un sexe en érection, incapable de jouir autrement que par procuration. Il s’agit d’un couple marqué par l’impossibilité de faire un enfant. La femme se repli sur elle-même. Le mari s’accommode mal de ses rejets et trouve refuge devant les films x :« Le sexe devint ainsi pour moi assez souvent une activité cachée, solitaire, compulsive, devant un écran où des femmes aux gros seins feulaient un orgasme. J’avais honte de mes activités nocturnes alors que ma femme dormait dans la pièce attenante, mais je me disais aussi que je n’allais pas voir ailleurs pendant ce temps et que d’autres ne se gêneraient pas à ma place. Ce n’était pas ma faute, après tout, j’avais des besoins, je ne pouvais pas complètement les négliger ». Vous rendez bien compte de la vulnérabilité de cet homme, profondément amoureux de sa femme. Et alors que l’on pense que cette histoire va droit vers la rupture, le sexe vient ré-enchanter tout cela. La femme se découvre être une exhibitionniste en puissance et va entrainer son mari dans de grands moments d’extase. J’en dis des bêtises ! N’y voyez là d’autre que ma manière de peindre vos écrits et de jouer avec vos personnages (pas avec vous)… C’est aussi une part de mon humanité, qui s’exprime dans ces phrases… Ce n’est pas tant ce qui se cache sous l’éternel chapeau que vous portez sur les photos qui m’intéresse mais le sourire qui, de temps en temps, apparaît sur les lèvres de vos phrases…Alors ne prenez pas trop à cœur cette chronique, pardon cette « nouvelle ». D’ailleurs, ce n’est qu’un premier jet …Mais dans la littérature érotique, c’est l’accumulation des jets qui mènent à la quintessence, n’est-ce pas ?…Bien amicalement ( ). J. Z

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