Publié dans Littérature

Vous, les femmes…

A propos de La lectrice (2013) de Jean-Baptiste Messier

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La lectrice est comme une odyssée au pays des plaisirs multiples. La voix de Jeanne, une lectrice professionnelle, nous entraine dans différents tableaux voluptueux. Elle est en train de lire des nouvelles à l’écrivain qui les a produites. Depuis la rencontre entre un jeune étudiant et une romancière de textes  érotiques jusqu’à une société totalitaire futuriste où la sexualité de plaisir entre individus est réprimée, en passant par un couvent du XIVème siècle où plane le spectre du marquis de Sade, les différents récits rendent compte du rapport troublant que les femmes ont à l’égard de la sexualité. Jean-Baptiste Messier sait les regarder et rendre compte de leur force, de la façon dont elles savent s’imposer aux hommes et être maîtresses de la situation. Dans la première nouvelle, intitulée « Train d’enfer », un jeune étudiant se retrouve dans un compartiment désert avec une femme à la beauté sidérante, qui est en train de relire les épreuves de ses nouvelles érotiques devant lui. Très vite, elle le laisse lui masser les pieds et accepte avec malice ses avances maladroites. Amusée du trouble qu’elle suscite chez ce jeune homme, elle s’offre à lui et le laisse prendre possession de son corps. Elle l’entraine vers des plaisirs intenses mais ne se laisse pas embrasser : « Je cherche à l’embrasser mais elle détourne ses lèvres. « Pas de romantisme, pas de tendresse » m’indique-t-elle ». Une fois qu’ils sont arrivés au plaisir, elle disparaît de sa vie. L’homme a tout à gagner lorsqu’il montre impudiquement sa fragilité à une femme sans états d’âme mais bienveillante. C’est ce que ne comprend pas le frère dans « Le couvent des envies », la deuxième et la plus longue des nouvelles du livre. La jeune Virginia brûle de désir pour lui. Ce dernier est entré dans les ordres pour fuir les seigneurs lancés à sa poursuite après qu’il ait couché avec la femme de l’un d’entre eux. Il s’ennuie dans ce couvent et commence à  avoir de plus en plus de mal à résister aux émois des jeunes novices en proie aux démons de la chair. C’est avec Virginia, une jeune nonne troublée par les désirs de son corps, qu’il aura ses premières aventures. Pris dans un jeu dont il est incapable de se défaire, il organise des séances nocturnes où les corps se retrouvent pour faire l’amour, à l’abri des regards. Les religieux se réapproprient personnellement la lecture des textes sacrées, notamment « Le cantique des cantiques », et s’autorisent des orgies à plusieurs où tous les plaisirs sont permis. Chacun explore et assouvi sa sexualité de manière immanente. Toutefois, très vite, les personnages se montreront incapables d’assumer l’autonomisation à l’égard de cette religiosité et des éléments moraux qui sont socialement incorporés dans leur esprit. Le désir de jouissance bascule dans un désir de mort. La troisième nouvelle, intitulée « Bouche cousue », se déroule dans une société futuriste où le sexe est sévèrement réprimé par les « Gardiens » de la « Révolution morale » qui s’est déroulée en 2060.  Dans cet univers rappelant celui que George Orwell décrit dans 1984, un libraire vendant sous le manteau des livres érotiques rencontre dans son magasin une jolie femme à qui il lit un de ses poèmes. Troublée par sa prose capiteuse, la visiteuse s’offre à lui, dans une remise où l’on sent l’odeur du vieux papier et des couvertures abimées. Elle n’entame aucun dialogue, aucun préliminaire. Elle n’amorce aucune explication. Quand il a joui, elle s’en va sans rien dire. Elle laisse l’homme déconcerté à ses interrogations avant de réapparaître le lendemain et se diriger sans un mot dans la remise. Au final, les trois histoires se cristallisent dans les jeux que la lectrice met en place avec l’écrivain. C’est elle qui prend les rennes et entraîne l’écrivain avide de désir dans un jeu dont elle instaure elle-même les règles : «Quand je prononce les mots sacrés « bite, queue, cuisses, seins, string, cul, fesses, hanches, galbe, décolleté, concombre, sucer, soutien-gorge, bas, foutre, sodomiser », ses yeux brillent comme des brindilles et je me joue de lui comme un archet sur un violon». Elle est professionnelle mais ne s’interdit aucun plaisir. Elle aime sentir l’homme à sa merci mais elle n’abusera jamais de sa faiblesse s’il sait la respecter. Par contre, elle saura être son bourreau à la moindre incartade. La lectrice est le fil rouge qui semble traverser les trois récits. Incarnation de la femme de plaisir, de la femme de désir, de la femme mystérieuse, de la femme ambivalente, de la femme qui connait la force de son pouvoir et la vulnérabilité des hommes, elle personnifie cette maîtresse tyrannique et exigeante que tous les écrivains rêvent de posséder un jour. Cette maîtresse tyrannique et exigeante que l’on appelle la grâce littéraire…

Jean Zaganiaris

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2 commentaires sur « Vous, les femmes… »

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