Publié dans Cinéma

Le dernier film d’Ovidie et Jack Tyler

« Histoire de sexe(s) » de Ovidie et Jack Tyler n’est pas un film x. Le titre joue l’ambiguïté et les sexe(s) dont il est question dans le fim sont avant tout des « genres » (au sens où l’entendent les tenants des gender studies), c’est-à-dire les hommes et les femmes. Le film raconte l’histoire de gens qui appartiennent à des sexes différents et qui parlent différement de sexe. Les femmes avec les femmes et les hommes avec les hommes. Les hommes avec les femmes et les femmes avec les hommes. Rappelant un peu le ton qui était dans « Les concubines » (ces réunions où les gens parlent et où l’action est dans ce qui est dit), le film raconte les expériences relatées par deux groupes d’amis dans deux soirées différentes. Le premier groupe est constitué par des femmes  : parmi elles, Nomi ( la maturité – un peu à l’image de Faye Dunaway ou Sharon Stone – lui donne un charme fou) et Lou Charmelle (dont les expressions de visages, surtout lors de la fin du film où elle prend son amoureux dans les bras, ravissent l’écran) incarnent les deux positions stéréotypés de la féminité de plaisir et de devoir. Le second par des hommes : Phil Holiday (le petit copain de la fille de Nomi), Sébastien Bario (marrant, comme d’habitude) etc. Chacun parle de ses expériences. Tout d’abord, dans la soirée des filles, il y a Jennifer (Amélie Jolie) qui raconte une de ces aventures sexuelles de l’instant. Elle vient d’avoir l’occasion de faire l’amour avec un mec et elle ne s’en est pas privée. Face à Lou Charmelle qui lui rétorque que le sexe sans amour est quelque chose de triste, elle s’indigne et dit que le plaisir sexuel et l’amour peuvent être parfois séparés ! En paralèlle, Sebastien Barrio parle d’une fille qu’il vient de sauter juste avant de venir à la soirée avec ses pôtes (la jolie Monica Sweet). Le ton est donné. Ce sont des sexes différents parlant différement de la sexualité mais qui ne sont pas pour autant prisonniers des différents rôles sociaux qu’on veut leur faire jouer. La femme peut avoir des envies similaires à celles des hommes et vouloir des aventures de passages (parfois intenses) autant qu’eux. Les femmes sont des êtres de plaisir (et ayant droit aux plaisirs hétérogènes de la sexualité) autant que les hommes. On n’est pas loin de l’intensité du désir asexué dont parle Gilles Deleuze. Ensuite, les femmes commencent à parler de l’échangisme, que pratique l’une d’elle, en buvant du vin blanc, pendant que les hommes sont en train de parler de leur petite amie en descendant du whisky (Phil Holiday, à l’image d’un Louis de Funès dans La soupe aux choux, dit qu’il n’a peut-être pas le salaire d’un ministre mais qu’à chaque fois qu’il reçoit des amis il a un bon whisky). Les scènes avec lui sont d’ailleurs magnifiques. A Judy Mynx, sa petite amie, qui lui parle d’un article où il est dit qu’un gros nombre d’homme aime la sodomie, il rétorque « Mais ne me parle pas de ce qu’aime la plupart des hommes, parle moi de ce que j’aime moi, de ce qui me fait fantasmer à moi…Peut-être que la sodomie, moi, ça ne me branche pas du tout et que je préfère autre chose ». On est carrément dans les thèses de Bourdieu autour de la déconstruction des sondages (voir le texte « L’opinion publique n’existe pas »). Il n’y a en effet rien de plus inadéquat qu’un pourcentage pour parler de l’hérérogénéité des fantasmes et des plaisirs sexuels des gens. Car, comme le montre le film, il n’y a de sexualité que singulières, plurielles, multiples. Ce sont les situations et les corps qui construisent nos comportements sexuels qui peuvent être similaires à ces songes brulants d’un Verlaine : « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ».  Même les personnes qui constituent les genres masculins et féminins sont tous très différents les uns des autres dans l’hétérogénéité des expériences qui sont les leurs, que cela soit avec la même personnes ou des gens différents. Quel que soit les pratiques sexuelles employées, ce qui nous réunit par contre, c’est la recherche du plaisir partagé. Là encore, les paroles de Phil Holiday à sa copine explique bien que les rapports de genre ne peuvent pas fonctionner sans symbiose : « Si tu me suces, c’est pour te faire plaisir aussi, c’est pas que pour me faire plaisir à moi. Parce qu’un mec, il le sent de suite si tu aimes pas ça, si tu le fais à contrecoeur. Un mec n’est pas aussi bête et insensible que les nanas veulent bien le dire. Si tu aimes sucer, tu le feras bien ; si tu n’aimes pas sucer, tu le feras mal et ça sert à rien ». Cela veut dire qu’il y a une immanence du plaisir et que, contraitrement à ces normes sociales et moralistrices qui tendent de réduire la sexualité à des monismes de toutes sortes à dominante machiste, la jouissance ne peut exister qu’au pluriel. Il s’agit de quelque chose qui appartient au genre masculin comme au genre féminin. Les scènes d’éjaculation  féminine sont là pour rappeler que les filles aussi sont des êtres dôtées d’un sexe qui vit, qui jouit, qui a besoin de plaisir et de soulagement autant qu’un homme.  Quand Lou Charmelle raconte à ses amies qu’elle n’arrive pas à avoir d’orgasme avec son mari, elle prend conscience en même temps à travers les paroles de ces dernières que ce n’est peut-être pas de sa faute et que c’est toute une sexualité à deux qu’il s’agit de reconstruire. L’une des scènes finales, où elle regarde quand même avec des yeux plein d’amour le visage de cet homme incapable de la satisfaire sexuellement, est magnifique et en même temps pleine d’espoir. Car la sexualité est aussi un construire ensemble qui va vers un avenir, ou plutôt vers ce que Deleuze appelle un devenir. Chaque nouveau contact, chaque nouvelle expérience, chaque nouvelle discussion sur la question de la sexualité nous modifie de l’intérieur et nous ouvre vers des mondes possibles, des agencements nouveaux. C’est ce que dit Sébastien Barrio dans l’une des scènes clés du film : « Chaque fille, c’est comme une nouvelle galaxie qu’on découvre ». A condition de bien savoir regarder et admirer cette nouvelle vie qui entre en symbiose avec la nôtre.Il est regrettable que des films de ce type ne sortent pas sur grand écran, au même titre que les longs métrage de Lars Von Trier ou de Catherine Breillat, car ils font incontestablement partie du 7ème art.

Bonne année 2011 à tous !!!!!!!!!!!!!   

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