Publié dans Divers

Ovidie au salon du livre de Paris 2010

Hier, je me suis  fait une bonne journée à Paris. C’est aussi ça les vacances !!! J’ai commencé la journée avec un bon film au ciné « Soul kitchen » de Faith Akin (réalisateur de Head On). Le film raconte l’histoire de deux frères grecs vivant en Allemagne. L’un tient son petit snak dans un coin paumé de Berlin et l’autre sort de prison. L’un est en train de vivre une séparation et l’autre commence une histoire d’amour avec la serveuse du snak. Soul Kitchen raconte avec beaucoup d’humour le tournant que prend la vie de ces deux frères, confrontés aux aléas du destin. Je suis sorti du ciné en me disant que parfois c’est vrai, la vie vous fait prendre de sacrés tournants. Après le ciné, je suis allé manger des sushi dans un snak et j’ai filé du côté de saint michel. Pas trop le temps car le deuxième film de la journée n’allait pas tarder à commencer. J’ai pris quelques cadeaux à Gibbert pour la famille et aussi pour moi : le live de Noir désir, le dvd collector du 1er re-animator, adapté de Lovercraft (j’ai bien envie de faire bosser mes élèves de Master sur ce film). Après je suis allé à Accatone voir « El Greco » de Iannis Smaragdis, film grec sur la vie du peintre, sur ses troubles, sur son combat contre l’Inquisition. J’ai passé comme j’ai pu l’accueil particulièrement malaimable du type à la caisse (c’était le même que le jour où je suis allé voir Cavafy et c’est le même accueil de merde), en me disant que je n’allais pas me prendre la tête en vacance mais qu’à l’avenir j’allais éviter ce ciné. Pour revenir à « El Greco », c’est un grand film, tout comme « Soul Kitchen ». Il y a une phrase qui m’a marqué dedans, lorsque El Greco parle aux inquisiteurs : « Plus vous allumez de feux, de buchers, plus vous vous enfoncez dans les ténèbres ». La recherche de la lumière, que ce soit dans le domaine religieux ou autre, peut conduire à l’aveuglement, au fanatisme, à l’anti-humanisme. C’est une des thèses que je défends également dans mon livre « Penser l’obscurantisme aujourd’hui » (Casablanca, Editions Afrique Orient, 2009). Aux inquisiteurs qui lui repprochent de vivre avec sa compagne sans être marié et de ne pas respecter les lois de l’Eglise, El Greco répond que l’amour n’est pas fait pour être encadré par des lois. En sortant du ciné, on a foncé sous une petite pluie vers le métro et direction vers le salon du livre. J’ai vu dans le programme la présence de Paul Auster, Ovidie, Amélie Nothomb, Coralie Trinh Thi. Ca promet. A l’intérieur, je vois tous les stands des éditeurs. Ca m’a rappelé les salons de l’étudiant de Rabat ou de Casa. Je commence à me glisser dans la queue énorme pour avoir la dédicace de Paul Auster, auteur que je connais très mal (je n’ai rien lu de lui) et dont j’avais amené les chroniques new yorkaises. Je me dis que je vais en avoir peut-être pour une heure et je ne suis même pas sûr que l’auteur va signer des dédicaces pour tout le monde. Du coup, je bouge. Juste à côté de la foule pour Paul Auster, il y a deux jeunes auteurs et le stand est vide. Je jette un oeil. Il y a un bouquin « Accrocs » de Gilles Abier qui attire mon attention (http://www.paperblog.fr/1951235/accrocs-gilles-abier/). Ca raconte l’histoire de jeunes dans un lycée ; je ne sais pas si c’est dans le ton des « American Pie » mais je me laisse tenter, surtout que le type qui a écrit le bouquin est sympa et qu’il faut aussi encourager   les jeunes auteurs. J’ai une dédicace sympa. Après, je décide d’aller faire un tour à la Musardine voir si Coralie et Ovidie sont arrivées. J’ai dans mon sac « La voie humide » et « Porno manifesto ». Au stand de la Musardine, éditeur de littérature érotique, l’ambiance est sympa, détendue. On entend des gens passer à côté et dire sans s’arrêter « c’est de la littérature de cul » ; et puis il y en a d’autres, notamment des couples d’une vingtaine d’année ainsi qu’un groupe de jeunes filles, qui s’arrêtent pour regarder la collection « Osez » (Osez les sex toys, osez le point G, osez pimenter votre vie de couple etc) et se faire dédicacer ces petits bouquins. J’attends un peu devant le stand et je vois Ovidie arriver juste à côté de moi. Ca m’a fait quelque chose car avec mon pôte Nicolas NSB (dont le dernier court métrage « I love Paris » vient de sortir sur les écrans) on suit cet actrice et cet écrivain depuis les années 90. Ah le bon souvenir de « Lillith » vu à Nice (lors d’un séjour cinématographique et gastronomique bien rempli), sans parler des discussions autour de la lecture de « Porno Manifesto », où le genre pornographique retrouve ses lettres de noblesse sous la plume d’Ovidie. Dans ce bouquin, qu’Ovidie m’a confié être désormais pour elle « un livre de jeunesse », il y a une véritable tentative de rupture avec les pré-notions sur les films x, considérés à tort sous l’angle de l’homogénéisation, du dégoût, voire de l’incitation au viol ou à la débauche. Ovidie rejette les thèses simplistes et débiles de ceux qui condamnent le porno sans le connaître dans ses formes hétérogènes et qui parlent à la place des actrices qui vivent elles-mêmes les expériences condamnées par les discours moraux. Depuis sa genèse dans nos sociétés contemporaines, il y a une hétérogénéité de documents pornographiques et il serait hasardeux de confondre la violence de certains gonzos avec la charge subversives de certains films x contre l’ordre moral et sécuritaire des pouvoirs politiques et religieux. La thèse du livre est intéressante : « Le sexe, comme pure recherche d’une jouissance, est à concevoir comme nécessaire au bien-être d’un individu comme d’une organisation sociale ». C’est dans ce cadre qu’Ovidie déplore que le x d’aujourd’hui, érigé en simple objet marketing, ait abandonné sa dimension subversive et l’un de ses buts fondamentaux qui est la libération sexuelle, notamment celle des femmes. On est pas loin de William Reich, Guy Debord, Gilles Deleuze ou Herbert Marcuse.

Ovidie arrive donc au salon. Elle est habillée en noire. J’ai l’impression qu’il y a une pointe de timidité lorsqu’elle arrive et qu’elle voit les regards sur elle. On sait jamais ce qui nous attend lorsqu’on arrive dans un espace public dont on va constituer l’un des centres d’intérêt (j’ai vécu ça lorsque je suis allé présenter mon premier livre au Maroc et j’arrive à comprendre ce que l’on peut ressentir à ce moment là, dans un lieu aussi immense que le salon du livre). Un bonjour à peine audible s’échappe de ses lèvres et immédiatement l’une des responsables du stand vient l’accueillir et la mettre à l’aise. J’en profite pour acheter un album photo au stand de la Musardine et me le faire dédicacer. J’ai apprécié la gentillesse de l’auteur, venue rencontré son public. C’était sympa de voir que la personne était accessible, aimable. J’ai attendu jusqu’à 20h Coralie, mais elle n’est pas passée. Du coup, plus le temps de voir Amélie Nothomb (mais après avoir vu Ovidie, à vrai dire, je m’en foutais complètement). Je suis allé prendre le métro et gagner la gard du nord pour rentrer chez moi. Journée super du coup. Dans le train, j’ai pensé un peu aux gens « connus » que j’ai pu rencontrer lors de conférence, de dédicaces ou autre : Pierre Bourdieu à Amiens en 1997, Jurguen Habermas à la Sorbonne en 2003, Mickey Rourke à Cannes en 1989, Béatrice Dalle à Cannes en 1987, La Cicolinna à Cannes en 1987, Gunter Grass au salon du livre en 2002, Pierre André Taguieff dans mon jury de thèse en 2004, Daniel Bensaïd et Toni Negri au Maroc en 2008,  René Schérer en 2007 au Maroc. Et maintenant, en 2010, Ovidie !!! C’est cool. Dans le train, j’avais « Bruie de bulles » de Thieffaine aux oreilles et la vie avait un coup de bonbon sucré…

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Un commentaire sur « Ovidie au salon du livre de Paris 2010 »

  1. 🙂 Mon dernier court métrage est sorti sur les écrans ? Merci pour le clin d’oeil mais c’est trop d’honneur pour ce petit exercice en super-8. Sinon, je t’envie pour la rencontre, même brève, avec Ovidie. Quelqu’un d’intéressant à suivre. Quand à Coralie, dommage pour son absence (ou retard), mais peut-être pour une prochaine fois.

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