Publié dans Football

Bienvenu chez les fussistes

Une version raccourcie et modifiée de ce texte est paru dans l’hebdomadaire marocain ACTUEL n°34, sous le titre « FUS : Manager verus supporters ». Je dédis cet article à toute l’équipe du Journal Hebdomadaire (au sein duquel il a d’abord été discuté et où il aurait dû paraître), particulièrement à Kawtar Bencheikh, qui m’a formé à l’écriture journalistique, et à Hicham Bennani, qui sait ce que ce texte lui doit.

 

En 2007, une nouvelle équipe managériale est arrivée au FUS (Fath Union Sport), avec de grandes ambitions. Quelle est la situation du club aujourd’hui ? Reportage au sein d’une structure présidée par Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi, et reconnue depuis décembre dernier comme le premier club omnisports d’utilité publique.

Lors de la reprise du championnat fin janvier 2010, le FUS a joué contre Khmisset à domicile, dans le grand complexe Moulay Abdellah, capable de contenir plus de 50 000 personnes. Une centaine de supporters est dans la tribune 2 ce jour là. « Il y a plus de membres des forces de l’ordre dans le stade que de supporters », nous dit l’un d’entre eux, Taoufik. Même si le FUS ne compte plus autant de publics qu’auparavant, il serait erroné de croire qu’il ne se passe rien au sein du complexe Moulay Abdallah. Au contraire, au FUS, le meilleur est à l’intérieur… 

 Tout ça pour ça ?

Nominé le 18 décembre 2007, Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohamed VI, entame sa troisième année en tant que Président du FUS. Sa mission est de redonner des couleurs à un club au passé glorieux, existant depuis 1946.  Une nouvelle équipe est arrivée au FUS avec de grandes ambitions : mise à niveau des infrastructures, instauration d’une politique sportive efficace, valorisation du « label » FUS etc… Sponsorisé par la CDG (Caisse de dépôt et de gestion) depuis plus de vingt ans, ce club n’a pas de soucis financiers majeurs. La subvention du Comité directeur pour le club était de 14 millions de dirhams pour la saison 2008-2009 et de 18 millions de dirhams pour la saison 2009-2010. De plus, depuis le 3 décembre 2009, le Bulletin Officiel n° 5792 reconnaît le FUS comme association omnisports d’utilité publique. Cette reconnaissance permettrait, selon le journal Al Bayane, d’avoir des avantages financiers considérables. Toutefois, l’image du club n’est pas toujours reluisante. Certains commentateurs décrivent le FUS comme une équipe d’un niveau parfois faible, jouant au sein d’un énorme stade vide. Selon Lino Bacco, commentateur sportif et responsable de Radio Mars, « le problème du FUS, c’est son public…Le FUS n’a tout simplement pas de public ». Pour Saâd Dahhan, international marocain et ancien joueur de l’équipe des FAR, « le FUS est actuellement un club moyen. Il lui faut quelqu’un qui travaille dans le fond et qui se demande pourquoi il n’y a pas de public. Quand le FUS aura retrouvé son public, il sera un grand club ». C’est également ce que nous a déclaré Ivica Todorov : « Quand j’étais entraîneur aux débuts des années 2000, au moment où le FUS a été vice champion, le cop faisait 2000 personnes, y’avait un public…Là, y’a même pas 200 personnes dans toute la tribune, c’est dommage ». L’enjeu serait donc la reconquête d’un public venant au stade en grand nombre. Pour Miloud Sghir, joueur mythique du FUS au cours des années 70-80, « l’équipe n’a pas beaucoup de joueurs de Rabat. De mon temps, les joueurs étaient tous de Rabat et drainaient avec eux au stade leur famille, leurs amis, les gens du quartier. Aujourd’hui, ce n’est plus le même cas de figure ». Cependant, au complexe Moulay Abdellah, les enjeux autours des supporters du FUS sont beaucoup plus importants que leur non fréquentation du stade.   

 

 

Des fans du FUS, avec Jean Zaganiaris au premier rang à partir de la droite ( en casquette)./DR

L’autre derby rbati

 

Le 3 janvier 2010, lors du match contre la JSM (Jeunesse Sportive de Massira), l’équipe rbatie a gagné par le score de 3 buts à 1. Dans le gigantesque Complexe Moulay Abdellah, les quelques centaines – pour ne pas dire dizaines – de supporters présents sont en train d’exulter. C’est la première fois depuis le début de la saison qu’ils assistent à pareil fête. 3 buts en 30 minutes, dont un tir superbe de la recrue malienne Adiallo qui finira deuxième au top but de la chaîne sportive Arradyia. Toutefois, dans la tribune 2, les membres de « l’Association des supporters du FUS » (Jamiiat ansar wa mouhibbine el fath arribati) sont en train d’agiter des mouchoirs noirs et de chanter la prière « Moulana nassâw ridak… » sous la houlette de Samir, le responsable de l’animation du kop. Cette association existe depuis 1978 et a repris ses activités depuis 2008, présidée par Saïd El Aoufir. Elle est composée de 50 membres, dont 20 actifs et 4 adhérents assistant aux assemblées. Que demandent-ils ce soir là ? La démission du manager général du FUS Hassan Moumen, recruté en juillet 2008 par Ali Fassi Fihri. Ce dernier déclare : « Je n’ai pas de contact à avoir avec les supporters. Je suis manager général. Je travaille comme salarié dans un club. C’est aux dirigeants que je rends des comptes et pas aux supporters. Si les supporters ont des remarques ou des critiques, c’est aux dirigeants du club qu’ils doivent les communiquer car c’est eux qui ont les réponses à leurs questions ; pas moi». D’après des membres de cette association, Hassan Moumen n’apporterait rien au club et serait responsable d’un mauvais recrutement, ne prenant guère en compte l’équipe junior qui a pourtant obtenu d’excellents résultats. Le conflit a débuté l’été 2009, suite à l’annulation de la finale du tournoi organisée par cette association au terrain du FUS. Le but était de présenter des jeunes talents des quartiers de Rabat (Océan, Diûr Jamaâ, Yacoub Mansour) aux dirigeants du club. « Ce qui nous a fait souffrir », nous dit Driss, « c’est le désintérêt des dirigeants et particulièrement de Hassan Moumen pour notre action. C’est pas qu’on veut lui faire recruter des joueurs et qu’on se plaint de ne pas être écoutés. Non, c’est juste que l’on veut jouer notre rôle d’association de supporters et que l’on daigne accorder un peu d’attention à nos actions. La finale aurait du se jouer au stade du FUS, devant un large public qui serait venu voir les jeunes des quartiers de Rabat. Au lieu de ça, on nous a dit que le terrain  sera occupé par les enfants de l’école, alors que c’était une occasion pour ces enfants d’assister à une finale inter quartier. Ca, ça nous a vraiment fait mal ». A partir du mois d’octobre 2009, le conflit a commencé à s’envenimer. Lors du match contre Kénitra, les supporters de l’association ont mis une gigantesque banderole noire dans le stade exigeant la démission de Hassan Moumen. Lors du match contre le Raja en novembre dernier, les membres de l’association étaient présents au complexe Moulay Abdallah mais sans écharpe, sans tambours, silencieux et assis. C’est ainsi qu’ils ont voulu exprimer leur mécontentement ce jour là, furieux que l’on ait refusé de les recevoir au sein du comité pour préparer avec eux la rencontre. Ils ont regardé le match sans aucun bruit, hormis au moment du but marqué par le FUS, où quelques applaudissements se sont faits entendre. Haj Boultaleb, le doyen des supporters du FUS, est néanmoins arrivé à ce moment là leur faire crier un « Hallah ou akbar » collectif. Adil El Aoufir, secrétaire général de l’association, adhérent et élu communal, nous a dit que c’est là que les choses se sont mises à prendre de l’ampleur : « On a envoyé deux lettres à M. Fassi Fihri signées par 42 et 25 adhérents du clubs sollicitant une réunion pour débattre de la gestion du club, des résultats et du conflit de notre association avec Hassan Moumen. On a eu aucune réponse du Bureau». Hassan Moumen a déposé plainte devant un tribunal contre Adil El Aoufir. Le manager général du FUS nous a dit les raisons qui l’ont poussé à porter l’affaire devant la Justice : «Il m’a insulté, agressé verbalement, utilisé des mots d’intimidation. Comment il réagirait lui si on venait l’insulter comme il l’a fait avec moi ? On peut critiquer mais la critique ce n’est pas insulter. On n’est pas dans une jungle». D’après Adil El Oufir, cette plainte n’a pas lieu d’être : «Hassan Moumen dit que je l’ai insulté face à face, notamment lors du match contre le Raja, que le FUS a d’ailleurs remporté par 1 but à 0. Des personnes sont venues avec moi au commissariat pour démentir cela. Pour moi, cette plainte est juste une intimidation car j’ai dit que Hassan Moumen n’a pas les compétences nécessaires pour assurer la restructuration du club conformément aux orientations décidées par le Bureau présidé par M. Ali Fassi Fihri ainsi que celles du comité directeur présidé par M. Mounir Majidi ». L’autre association des supporters du FUS (Jamiiat mouhibbine el fath arribati), exerçant depuis 2004, ne partage pas tout à fait cette opinion sur l’incompétence de Hassan Moumen. C’est ce que nous a dit son président Hadj Maati Cherkaoui : « On est les supporters du FUS de la médina. On est neutre par rapport à Hassan Moumen. On n’a pas de problème avec lui ». D’autres supporters, non rattachés à un cadre associatif, pensent également que le travail de Hassan Moumen n’est pas critiquable. C’est le cas de Saad : « Hassan Moumen fait du bon boulot pour le FUS. Le recrutement qu’il a fait cette saison est superbe. Les deux maliens qu’il a fait venir sont excellents. De plus, le camerounais Daniel qu’il a également ramené au club est un joueur de haut niveau ». Pour Nizar Benslimane, connu des média pour se mettre seul dans un coin du stade vide, avec ses écharpes et ses drapeaux, et qui passe les 90 minutes du match à encourager nominativement les joueurs, ces conflits au sein du FUS l’attriste au plus haut point : « Moi, je rêve d’un public du FUS uni, avec des Ultras, qui soutient son équipe et qui n’est pas divisé en deux ou trois groupes éparpillés dans un stade désert. Ce que je vois là, au niveau du conflit entre Hassan Moumen et une association de supporters, m’attriste. Je n’ai rien contre Hassan Moumen, qui fait du bon boulot selon moi. Je n’ai rien non plus contre les deux associations de supporters qui me connaissent. Nous nous apprécions mutuellement. Je respecte les positions de chacun. Par contre, je suis triste que l’on offre pas un visage unifié». Un pas semble avoir été franchi puisque récemment les deux associations de supporters se sont rencontrées au siège de l’une d’entre elles à Ksar Kabbaj et que Nizar se met à encourager le FUS dans la tribune 2. Pour Anouar, un jeune supporter fussisste, « il faut que le conflit avec Hassan Moumen cesse car il nuit autant à l’image du club qu’à celle de l’association ». Le 10 février, l’association présidée par El Aoufir a organisé une journée d’étude ayant pour thème « Quel avenir pour le FUS ? » à la salle Mehdi Ben Barka de Rabat. Aujourd’hui, les supporters qui continuent de venir au stade le font parce qu’ils y trouvent un lieu de sociabilité mais aussi de souvenirs, où resurgissent des fantômes du passé. C’est le cas de Ilyas, qui nous relate son parcours de supporter : « Mon père m’a emmené pour la première fois au stade à l’âge de 6 ans. Je me souviens de mon premier match dans les années 74-75. C’était le FUS contre Salé. On avait gagné 3 à 0. Après j’y suis allé avec Btissame, ma femme, au moment de nos fiançailles et de notre mariage. Mon meilleur souvenir c’est à la fin des années 70, au stade du FUS, quand on a gagné 3 à 2 contre la grande équipe de Kénitra de l’époque avec le but de la victoire de Sghir à 10 minutes de la fin. L’ambiance de folie qui a eu lieu ce jour là, elle est gravée en moi à jamais. Aujourd’hui, il n’y a plus d’ambiance, on  n’est qu’une centaine au stade…L’ambiance qui règne aujourd’hui au complexe Moulay Abdellah, c’est d’entendre les gens qui sont mécontents ». Qu’Ilyas se rassure. Si le FUS n’a peut-être plus son public d’antan ainsi que sa place parmi les équipes de tête, il a su garder une âme grâce à cette poignée d’irréductibles supporters, favorables ou critiques à l’égard de ce qui se passe au sein de leur club, qui continuent malgré tout de soutenir une équipe située dans le milieu du classement et de venir acclamer les joueurs dans un stade désert, en faisant entendre leur voix.

Jean Zaganiaris

Interview

Ali Fassi Fihri, Président du Bureau du FUS, Directeur général de l’ONEP

–          Quelle est la situation actuelle du FUS ?

–          Le FUS vit une expérience unique au Maroc, grâce à une démarche managériale de grande qualité que nous avons mis en place au niveau du comité directeur. Il y a eu une stratégie de développement des capacités qui a été établie, avec des étapes décisives qui ont été franchies et aussi des problèmes de mises en œuvre. Lorsque je suis arrivé au FUS, l’objectif premier était la remontée en GNFE1. Cette année, l’objectif est le maintien et de finir classé entre la 8e et la 10e place. 

–          Que pensez-vous du conflit opposant Hassan Moumen avec une des associations des supporters du FUS ?

–          Nous avons crée une fonction managériale assurée par Hassan Moumen, qui a pour mission de faire un recrutement efficace avec l’entraîneur Ammouta et de s’occuper également de la gestion du club. C’est moi qui ait recruté Hassan Moumen et je soutiens ses actions. Je travaille main dans la main avec lui. Je le répète : il ne faut pas oublier que le FUS était la saison dernière en 2e division. Pour l’instant, il faut travailler à consolider ce que nous avons acquis. Les Rbatis, surtout ceux qui ont supporté l’équipe à son âge d’or, ne sont peut-être pas contents de la situation actuelle mais chacun doit remplir son rôle. Je suis allé voir les deux associations de supporters, qui travaillent honnêtement pour le bien-être du club, et leur ai expliqué cela. Chacun son rôle dans un club. Hassan Moumen est un salarié du FUS, qui a des missions et qui rend des comptes. Par contre, les associations n’ont pas pour mission de s’occuper de la gestion du FUS. Elles sont là pour avoir un plan d’action et mobiliser des supporters qui vont soutenir l’équipe. Elles ne sont pas là pour s’occuper du recrutement. Ca, c’est l’affaire des dirigeants du club et pas celles des supporters. Ces derniers ont toujours été les bienvenus dans les débats mais je ne suis pas content de ce qui se passe en ce moment. D’autant plus que nous ne sommes pas en crise. Le FUS est 8e, a joué la finale de la Coupe du Trône.

–          Que pensez-vous de l’ambiance au complexe Moulay Abdellah cette saison ?

–          Pour l’instant, nous n’avons pas achevé cette étape comme nous le voulions. Lors de la finale de la Coupe du Trône, les tribunes des supporters du FUS n’étaient guère remplies. Nous avons réussi dans d’autres étapes mais pas dans celle-là. Par conséquent, nous devons travailler pour améliorer les choses. Cela commence par les infrastructures. Il va y avoir un nouveau terrain pour le FUS. Cela implique aussi de recréer l’ambiance familiale qu’il y avait au stade auparavant. A ce niveau, j’ai été très intéressé par le plan d’action des associations de supporters. Le Comité directeur leur a demandé de se rapprocher mais elles sont libres de faire ce qu’elles veulent. Les associations sont indépendantes et doivent garder un degré de liberté vis-à-vis des dirigeants du club. Ces derniers sont bien souvent de passage mais les associations de supporters sont faîtes pour durer, pour être toujours présentes au club et pour soutenir éternellement l’équipe. C’est là leur force.         

–          Pensez-vous que le FUS va vers la professionnalisation ?

–          On est les premiers à avoir instauré des fonctions managériales au FUS. L’objectif est bien sûr de préparer cette équipe au professionnalisme. Je tiens d’ailleurs à préciser que tous nos joueurs ont un contrat ; ce qui n’est pas le cas dans tous les clubs de GNFE1. Tout le monde travaille dans le Comité Directeur pour préparer un bel avenir au FUS.

 

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