Publié dans Philosophie, sociologie...

Hommage à Daniel Bensaïd

Gravement malade depuis plusieurs mois, Daniel Bensaïd est décédé le 12 janvier 2010. Il y a deux ans, cette figure emblématique de la gauche anticapitaliste était venue présenter Eloge de la politique profane, l’un de ses derniers ouvrages, à l’Institut français de Casablanca. Ayant toujours admiré la nature de ses travaux et les ayant régulièrement cité dans les miens, j’avais été convié pour discuter du livre de Daniel Bensaïd. Voilà le texte de présentation ainsi que la retranscription de cette séance. 

« Pendant que certains, à la fin des années quatre vingt dix, fêtaient la mort du marxisme sans se soucier des cadavres bien réels que produit le capitalisme chaque jour, Daniel Bensaïd insistait sur le sourire du spectre de Marx qui regarde notre monde en se marrant de la naïveté des discours anti-marxistes et qui prépare son retour. Dans l’un de ses derniers livres Eloge de la politique profane, publié chez Albin Michel, le philosophe nous montre qu’il faut continuer le combat contre la démocratie de marché en essayant de repenser ce qu’est la politique, ou plus précisément ce qu’est la conceptualité politique. Il est urgent de réfléchir sur l’édification d’un lexique politique dans un contexte où les horreurs du libéralisme économique sont bien présentes et où l’Etat d’exception permanent menace les libertés et les acquis sociaux. Comment les catégories politiques ont été affectées par les processus historiques, par les spatialités et les temporalités qu’elles traversent ? Cette question traverse l’œuvre de Daniel Bensaïd comme un fil directeur. Dans Eloge de la politique profane, il montre que des mots tels que « citoyenneté », « souveraineté », « peuple »,  « guerre », ont subit des brouillages importants depuis leur édification au cours du XVIIe siècle. Les guerres globales du XXe siècle ont introduit une nouvelle conception du droit qui légitime notamment la torture même si les textes internationaux l’interdisent. Reprenant les thèses de Hannah Arendt avec un regard critique, Daniel Bensaïd plaide pour que la politique ne disparaisse pas du monde, comme semble le suggérer les thèses de Toni Negri et de Michael Hardt qui sont très critiquées dans le livre. D’où l’éloge de cette politique profane chère à Marx, affirmant que même si nous ne sommes pas des professionnels de la politique, il faut néanmoins essayer d’y prendre part, quelle que soit la forme choisie. Sinon c’est ceux qui décident politiquement pour nous qui imposeront leurs points de vue, comme on l’a vu lors de la guerre en Irak ou bien lors de la mise en place des politiques d’immigration en Europe. A ce niveau, l’ouvrage entreprend un dialogue fructueux avec les idées de certains penseurs importants, proches des idées de mai 68. Parfois, l’on pourrait croire qu’il existerait certaines affinités électives, pour parler comme Michaël Löwy, entre l’attachement de Daniel Bensaïd à Marx, à Benjamin, à ce marxisme anti-stalinien et anti-positiviste, et la pensée de Deleuze ou de Foucault. L’idée de « recommencer par le milieu », attribuée par Daniel Bensaïd à Deleuze, semble aller en ce sens puisque la citation tronquée fait symbiose avec la pensée historique de Walter Benjamin. Mais les remarques critiques à propos du « devenir » ou bien concernant l’absence de stratégie politique chez Deleuze contredise cette hypothèse. Daniel Bensaïd voit plutôt une « sourde affinité » entre la pensée de Arendt, de Benjamin et celle de Carl Schmitt. Reprenant les critiques de ce dernier à l’égard de l’humanisme, Daniel Bensaïd s’en prend à juste titre aux idées de « guerre juste », « de guerre éthique », de « guerre juste mondialisée ». Or, à aucun moment dans le livre, « l’humanisme » ne fait partie des catégories politiques à repenser. Daniel Bensaïd insiste beaucoup sur le pluralisme politique, notamment prôné par Trotski, qui doit être opposé au pluralisme non politique d’un John Holloway, d’un Negri, voire d’un Deleuze. Toutefois, au nom de quoi, au nom de quelle légitimé, y compris profane, on va rassembler autour de ce projet alternatif commun, voire de cette lutte à mener, contre le despotisme du capitalisme ? C’est à ce niveau que les idées de Schmitt, fasciné par Lénine, peuvent être très dangereuses si on les relit au marxisme. Peut-être que des affinités, des symbioses avec les contre-pouvoirs moléculaires prônés par Deleuze et Guattari peuvent plus précieuses pour penser l’émancipation, notamment par rapport à leur mise en garde contre les transcendances arbitraires de type décisionniste, contre les apories de toute théologie politique. La force de la pensée deleuzienne est d’avoir prônée des modes d’émancipation immanents en dehors de tout communautarisme identitaire qui brise des destins, instaure culpabilité, ressentiment, mépris de soi de ne pas être conforme et adéquat aux normes que peuvent parfois instaurer ces médiations dont le but est de passer des particularités à l’universalisme. Toutefois ces remarques critiques ont pour but de discuter et mettre en valeur la qualité de l’ouvrage ainsi que la thématique choisie. En effet, la politique ne doit pas être évacuée des problématiques concernant l’émancipation des êtres mais aussi des consciences. » 

Suite à ma note introductive, Daniel Bensaïd avait présenté les grandes thèses livres, écrit dans le contexte de l’avènement de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Il avait insisté sur la privatisation du monde, qui le vide de ses enjeux, qui donne l’impression que la politique ne peut rien contre le despotisme des marchés. Le marché n’est pas un fétiche autonome qui nous domine et agit tout seul. De plus, cet apogée du capitalisme ne signifie pas un monde libre. Au contraire, cela peut même s’opposer à la démocratie. Un monde où il y a un brouillage entre ce qui relève de la norme et ce qui relève de l’état d’exception est un monde dangereux car il s’agit d’un monde sans règle, sans lois, sans protection. Daniel Bensaïd en avait profité pour dire toute l’antipathie qu’il avait à l’égard de Schmitt, qui avait pactisé avec les nazis, mais qu’en même temps il avait trouvé dans ses idées quelque chose pour analyser aujourd’hui ce qui se passe au niveau politique. Du coup, ma remarque au sujet de l’humanisme a attiré la réponse suivante : « Il y a un problème quand on fait de l’humanisme une humanité muette ; on part faire la guerre en Irak au nom de l’humanité ; l’humanité est un horizon mais pas un acteur politique ; quand il l’est cela pose problème…Tout comme cela pose problème de dire qu’on est le porte parole d’une humanité muette au nom de qui on décide des lois à imposer ». Daniel Bensaïd avait ensuite répliqué qu’il jugeait discutable des formes de résistances qui se limitaient à n’être rien d’autre que des postures esthétiques. Pour lui, la politique s’inscrit dans un rapport de force et travaille dans l’incertain, au risque de se tromper. Dès lors, l’incertain implique également la responsabilité. Pour finir, Daniel Bensaïd avait réagi aux thèses de Toni Negri, refusant l’idée proposée par le philosophe italien d’un espace national dissout dans la mondialisation et qui créerait un espace symbolique où la multitude organise sa résistance contre l’Empire. Sur Deleuze, il n’avait rien dit. Tout est dans le livre. Puis peut-être avait-il aussi voulu me faire un peu plaisir en ne m’embarquant pas dans ce débat là, moi qui suis parfois tellement deleuzien. Daniel Bensaïd était un militant engagé, un penseur critique et radical, un intellectuel au sens le plus noble du terme mais aussi un homme d’une gentillesse rare, ouvert et disponible. Je garde en mémoire le lendemain matin, lorsque nous nous sommes retrouvés à l’hôtel Balima de Rabat avec sa compagne et aussi Souad Guennoun, militante à ATTAC Casa et artiste, pour une bonne ballade à médina. Le ciel était d’un bleu magnifique, avec quelques rares nuages blancs presque translucides. Nous avions marché jusqu’à la mer, en parlant de tout et de rien, de choses et d’autres, de la vie et du reste…  

Jean Zaganiaris 

Publié dans le quotidien marocain « Libération », le 18/01/10 

voir aussi dans Libération france du 12/01/10

Le théoricien de la LCR, Daniel Bensaïd, est mort

LAURE EQUY

Le philosophe Daniel Bensaïd à un meeting de la LCR organisé pour fêter mai 68, le 30 mai 2008,

Le philosophe Daniel Bensaïd à un meeting de la LCR organisé pour fêter mai 68, le 30 mai 2008, à la Mutualité à Paris (© AFP Miguel Medina)

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    Le philosophe marxiste et théoricien de l’ancienne Ligue communiste révolutionnaire (LCR), grande sœur du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Daniel Bensaïd, est décédé ce matin à 63 ans. Il était gravement malade depuis plusieurs mois.

    Après avoir cofondé la JCR (Jeunesse Communiste Révolutionnaire) en 1966, puis compté comme l’un des principaux acteurs du mouvement de Mai 68, Daniel Bensaïd a participé à la création de la LCR, en avril 1969, dont il a longtemps été membre de la direction. En 2008 et 2009, il avait aussi contribué à la création du NPA, né en février dernier, dans la foulée de la dissolution politique de la Ligue.

    Philosophe, enseignant à l’Université de Paris VIII, il a publié de nombreux ouvrages de philosophie ou de débat politique, dont «Prenons parti pour un socialisme du XXIe siècle» (Editions Mille et une nuits, 2009), en collaboration avec Olivier Besancenot. Animateur des revues Critique Communiste et ContreTemps,«il a participé activement à  la création de la Fondation Louise Michel et mené sans concession  le combat des idées, inspiré par la défense d’un marxisme ouvert, non  dogmatique», rappelle le NPA, dans son  communiqué.

    «Un révolutionnaire d’actualité»

    «C’est une très grande perte», vient de réagir, «avec beaucoup de tristesse», Alain Krivine, cofondateur de la LCR auprès de Libération.fr. «Il appartenait à toute une génération militante qui avait fait ses preuves en 1968. Il n’a pas, lui, abandonné le drapeau de la révolte et de la résistance, il incarnait la continuité du combat révolutionnaire», décrit-il, à propos de celui qui conjuguait à la fois «théorie marxiste, sans en faire un dogme sectaire», et «militantisme de terrain». «Un révolutionnaire d’actualité», ajoute Krivine, soulignant son enthousiasme lors de la mise sur pied du NPA: «c’était la culture, la joie de vivre, la convivialité.»

     

    retrouver ce média sur www.ina.fr

    Lors de la campagne présidentielle de 1969: Alain Krivine et Daniel Bensaïd (Source:ina)

    «Il n’était pas un prof»

    Contacté par Libération.fr, Pierre-François Grond, membre du comité exécutif du NPA, se souvient de l’avoir rencontré pour la première fois , «en 1982-1983», lors d’un stage d’été de la Ligue: «il était à la fois l’idéologue de la Ligue et jouait au foot avec nous, mettait les tables en place.» Proche d’Olivier Besancenot, il salue la mémoire de «celui qui a permis, dans les années 90, de réactualiser le marxisme à partir des grands bouleversements qui se sont produits». «Il a transmis ce retour à Marx, en mariant l’ancrage dans l’Histoire et une certaine modernité», ajoute Grond: «Il ne donnait pas une pensée toute faite mais des lignes de compréhension du monde, il n’était pas un prof.»

    Les communistes, Marie-George Buffet et Pierre Laurent, saluent «une des figures les plus marquantes du courant révolutionnaire français», un «homme de grande culture», «simple et attachant» qui «n’aura eu de cesse de revisiter l’apport de Marx à la lumière de l’expérience historique et des enjeux théoriques et politiques de notre époque».

    Evoquant un «grand penseur», «inspiré par la défense d’un marxisme ouvert et généreux», le porte-parole du PS, Benoît Hamon rend hommage à un «infatigable débatteur» qui était «un des théoriciens les plus solides intellectuellement» du mouvement trotskiste, «en France et dans le monde».

    Le secrétaire national du PS, Christophe Cambadélis, qui avait un temps milité à l’OCI (Organisation communiste internationale), autre école du trotskisme, dit de Bensaïd, qu’il «appartenait à cette catégorie de militants politiques pour qui la pensée politique n’était pas une compilation de slogans et de formules, mais une dialectique de raisonnements bien construits». «Il était un penseur exigeant et attentif aux autres, cherchant toujours à comprendre avant de condamner […] Sa voix et sa plume manqueront aux débats passionnés de la gauche», écrit-il dans un communiqué intitulé «Salut Bensa!».

    Le NPA organisera une soirée d’hommage militant le samedi 23 janvier à Paris.

    Daniel Bensaïd : la dernière interview

    Daniel Salvatore-Schiffer – Philosophe | Mercredi 13 Janvier 2010 à 11:03

     

    «Pour un socialisme du XXIe siècle» : c’est le sous-titre de « Prenons parti »*, le dernier livre de Daniel Bensaïd mort ce 12 janvier 2010. Philosophe et fondateur, avec Alain Krivine, de l’ancienne Ligue Communiste Révolutionnaire devenue aujourd’hui le Nouveau Parti Anticapitaliste, Daniel Bensaïd en était son idéologue le plus écouté. Hommage avec ce « grand entretien », l’un des derniers qu’il ait accordé.

    Daniel Bensaïd ( photo d'Annie Assouline )

    Daniel Bensaïd ( photo d’Annie Assouline )
    Daniel Salvatore Schiffer : Votre dernier ouvrage, intitulé « Prenons parti » et cosigné avec Olivier Besancenot, se révèle être un véritable programme politique, plus qu’un simple manifeste, pour le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), né, il y a quelques mois à peine, sur les cendres de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), dont Alain Krivine fut l’un des pères fondateurs ! 

    Daniel Bensaïd : En effet ! Ce livre, contrairement à ce que son titre – « Prenons parti » –  pourrait laisser croire, ne se veut pas le manifeste du Nouveau Parti Anticapitaliste, mais bien une réflexion sur ce que pourrait être, à la lumière de la situation actuelle, le socialisme du XXIe siècle. Cette analyse est celle de deux membres de la LCR, Olivier Besancenot et moi-même, à la veille de sa dissolution.

    DSS : Quelle en est la thèse de départ ?

    D.B. : Le diagnostic, sombre, est sans équivoque : le capitalisme est, ainsi que le prouve de manière dramatique la crise actuelle, gravement malade ! Les anticapitalistes ne sont pas les seuls, loin s’en faut, à le constater. Les tenants du nouvel ordre mondial – politiciens, technocrates, bureaucrates, banquiers, patrons, traders et autres spéculateurs – qui jusqu’à peu s’échinaient à nous vanter les mérites de l’économie de marché, le reconnaissent eux-mêmes. Car le monde en sa globalité est entré en récession – c’est là un fait objectif, que plus personne ne nie, y compris dans les partis de droite – depuis l’automne dernier. Mais cette crise, pour planétaire qu’elle soit, s’avère tragique, surtout, pour les classes sociales les plus défavorisées : les travailleurs, les ouvriers, les retraités, les chômeurs, les étudiants… pour des familles entières, qui ne savent, souvent surendettées qu’elles sont, comment nouer, à chaque fin de mois, les deux bouts. Ce sont elles qui paient le prix le plus cher, alors que les grands patrons et autres financiers continuent à s’en mettre plein les poches grâce à leurs « parachutes dorés », pour cette débâcle du capitalisme, dont les crises sont endémiques : un système, par essence, aussi inégal qu’injuste puisque fondé sur le profit maximal, fût-ce au détriment des plus faibles économiquement. C’est scandaleux, choquant pour le citoyen moyen !

    D.S.S. : Craignez-vous une explosion sociale ? Un soulèvement populaire ? Certains, y compris à droite, parlent même de climat « insurrectionnaire », voire « révolutionnaire » ?

    D.B. : Il est clair que le mécontentement s’étend de jour en jour, que l’exaspération monte. Et elle peut gronder, plus fort encore, à la base de la société. Le chômage croît. L’incertitude du lendemain, l’angoisse de perdre son emploi, le désespoir même, sont toujours plus profonds. Nous sommes au bord de la catastrophe. Les syndicats ont toujours plus de mal à contenir leurs troupes lors des manifestations, à endiguer une possible explosion de violence. Les conflits sociaux sont toujours plus nombreux et tendus. Et il n’est pas rare, aujourd’hui, de voir des patrons séquestrés, lorsque des usines menacent de fermer, par leurs employés. Mais ce qu’il y a de pire, c’est qu’au sommet des hiérarchies capitalistes, dans ses hautes sphères économiques et politiques, les stratèges du capital ne sont même pas d’accord entre eux pour trouver une solution à cette crise, un remède au malaise grandissant, à l’appauvrissement des masses populaires. Au contraire : en France, par exemple, le président Nicolas Sarkozy et le Medef, organisation regroupant les grandes entreprises et présidée par Laurence Parisot, continuent, grâce au bouclier fiscal dont jouissent un petit nombre de privilégiés, à alimenter la détresse sociale. D’où, toujours plus nombreuses, les revendications salariales et, surtout, les préavis de grèves… jusqu’à la grève générale, qui pourrait paralyser tout le pays.

    D.S.S. : A ces préavis de grève, vous opposez, dans votre livre, le préavis de rêve. L’expression, certes, est jolie ! Mais qu’est-ce à dire, par-delà ce sympathique jeu de mots, concrètement ? Car, pour révolutionnaire que soit l’actuel climat social, nous sommes cependant loin aujourd’hui, tant le monde contemporain s’avère désenchanté, de cette atmosphère de rêve – tout le monde se souvient de ces slogans : « sous les pavés, la plage » ou « il est interdit d’interdire » – qui présida à la contestation de Mai 68, dont la LCR, avec à l’époque Alain Krivine à sa tête, est issue justement !

    D.B. : Ce que nous faisons dans notre livre, Olivier Besancenot et moi, c’est prendre parti contre le capitalisme : nous voulons le renverser ! Et ce afin de bâtir une nouvelle société, solidaire et démocratique. Nous sommes déterminés à ne plus subir, à nous regrouper autour d’une réelle force sociale, à inventer un projet de société aussi révolutionnaire qu’inédit, à construire un véritable parti politique. D’où, précisément, le titre de notre livre « Prenons parti » : le parti des luttes… la lutte des classes. Car c’est à tous ceux qui aimeraient encore y croire, malgré les énormes difficultés à surmonter, que nous nous adressons là : un message d’espoir, réaliste et non utopiste, en somme !

    D.S.S. : C’est cela, selon vous, le socialisme du XXIe siècle ?

    D.B. : Oui. Ce que nous voulons, c‘est révolutionner la société dans son ensemble… briser le cercle vicieux de la domination… faire éclore une société sans violences… en finir avec les discriminations, l’injustice et l’inégalité… ne plus perdre sa vie à la gagner… révolutionner le travail… bâtir une société solidaire, fondée sur la solidarité et non pas sur la charité… instaurer une démocratie réellement participative… radicaliser, en quelque sorte, la démocratie.

    Internationalisme et altermondialisme

    D.S.S. : Comment ? Sur quelles bases socio-économiques ? Et à partir de quel programme politique ? Car le communisme, fût-il trotskyste (comme vous vous en réclamez) ou marxiste-léniniste, a montré par le passé, lui aussi, ses limites, sans même parler de ses atrocités (voir, ainsi que Soljenitsyne nous l’a révélé, le Goulag) !

    D.B. : Ce que nous voulons, c’est, justement, militer autrement, sans les abus de pouvoir d’autrefois. Car, conscients de ces erreurs du passé, nous avons fait notre autocritique, bien que le trotskysme n’ait rien à voir avec le marxisme-léninisme. Mais ce que, néanmoins, nous prônons aussi, c’est une gauche qui, contrairement à l’actuel Parti Socialiste français, ne s’excuse pas, victime d’on se sait quel absurde complexe idéologique, d’être anticapitaliste. Ce que nous souhaitons, concrètement, c’est une démocratie autogestionnaire : nous réapproprier les richesses, reprendre le contrôle. A cela, nous ajoutons une alternative économique : ni dictature de marché, ni despotisme bureaucratique. Nous sommes pour une logique de bien commun, étendue aux services publics, y compris de l’emploi. Aussi désirons-nous interdire les licenciements, augmenter les salaires et les minima sociaux. L’industrie automobile aussi devrait être sous contrôle public, de même que les télécommunications, les transports en commun (que nous voudrons gratuits étant donné le coût du pétrole) et, surtout, le logement… un toit pour tout le monde !

    D.S.S. : L’écologie semble occuper également une place prépondérante au sein de votre programme politique !

    D.B. : Exact ! Sur le plan écologique, l’état de notre planète nous préoccupe au plus haut point. D’où une alternative « écosocialiste ». La santé de la planète Terre est, pour nous, une prérogative, à mettre sous haute surveillance. Ainsi l’eau, dont les pays de l’hémisphère sud ont tant besoin, est-elle, pour nous, un bien commun : un bien non privatisable, un bien de l’humanité !

    D.S.S. : Vous préconisez également, pour « changer le monde » ainsi que vous l’écrivez, ce que vous appelez un « nouvel internationalisme » ! Qu’a-t-il de radicalement différent, cet internationalisme, du mondialisme, cet autre nom, propre au capitalisme, de la globalisation ?

    D.B. : Ce qu’il y a d’aberrant, voire de contradictoire dans ce système, c’est que les responsables des deux principaux organismes financiers mondiaux, symboles du capitalisme multinational, sont, paradoxalement, des socialistes… français de surcroît : Dominique Strauss-Kahn pour le FMI (Fonds Monétaire International) et Pascal Lamy pour l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ! La première des priorités de ce nouvel internationalisme que nous appelons de nos vœux, au NPA, est l’annulation de la dette des pays du Tiers-Monde, qui sert  de moyen de chantage pour perpétuer le cercle vicieux de la dépendance énergétique, technologique, alimentaire et culturelle. Cet effacement de la dette ne serait d’ailleurs que l’abolition d’une forme contemporaine, toute capitaliste et inhérente au libéralisme économique, d’esclavage ! La deuxième priorité, c’est une révolution agraire. La troisième priorité a trait à la politique de migration solidaire. C’est cela, précisément, le mouvement altermondialiste : un moment de la remobilisation sociale contre la globalisation marchande. Ce à quoi nous aspirons donc, c’est à la fondation d’un nouveau parti de la gauche anticapitaliste européenne : une nouvelle gauche, radicale, de par le monde. C’est cela notre « préavis de rêve » !  

    *Publié aux Editions Mille et une Nuits/Fayard (Paris).
    N.B. De Daniel Bensaïd, lire également l’essai intitulé « Un Nouveau Théologien : Bernard-Henri Lévy », paru, en 2007, aux Nouvelles Editions Lignes (Paris). Bensaïd y réfute, point par point, les « sept péchés capitaux » que Lévy impute, dans son livre « Ce grand cadavre à la renverse » (publié chez Grasset, en 2007), à la gauche radicale.

     

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