Publié dans Football

RAJA-WIDAD : LE DERBY DE TOUTES LES PEURS ?

Dimanche 20 décembre 2009 – RAJA-WIDAD 1-1

Le match Raja-Widad qui a eu lieu ce dimanche à 15h au complexe Mohamed V a fait l’objet de certains discours passionnés de la part des média, comme si le Maroc recevait une manif du G8 ou bien le sommet de Copenhague. Ahmed Belkahia a désigné cette rencontre comme étant le « derby de toute les dangers» ou bien le « derby de la peur ». S’il a tout à fait raison d’insister sur la pagaille que l’on peut voir par moment et de sensibiliser sur ces gens qui arrivent une heure avant le début du match et se font refouler manu militari à l’entrée du stade avec leurs billets, nous avons beaucoup du mal à le suivre lorsqu’il parle « d’épouvante qui gagne les grandes artères » ou de « hooliganisme » qui s’est installé à Casablanca. Il n’y a pas de hooliganisme au Maroc ; pas comme il y en a eu à un moment dans les stades anglais ou même comme on peut en voir lors des rencontres PSG-OM ou bien en Grèce lors des derby Panathiakos-Olimpiakos ou bien PAOK-Aris Salonique. Rien de tout cela existe au Maroc lors du derby Raja-Widad. On ne nie pas qu’il y a des violences avant, pendant ou après le derby et on ne nie pas qu’il faut les condamner et les éradiquer des stades, en faisant appel à plus de prévention que de répression. Lorsqu’on est passé en taxi par le Maârif, on a vu dans deux rues différentes deux voitures aux vitres cassées. On a vu aussi plein de photographes autours de celles-ci en train de prendre des photos. Ce spectacle m’a fait pensé à une scène de tournage sur un plateau télé où l’image va capturer la réalité sociale et la présenter publiquement comme étant le réel. Toutefois, ce que les photographes ne regardaient pas, c’est cent mètres plus bas, les files de supporters pacifiques moitié widadi, moitié rajaoui, marchant côte à côte, tantôt se chambrant, tantôt s’ignorant. Quand nous sommes sortis du stade, nous pu voir que justement les verts et les rouges pouvaient marcher les uns à proximité des autres, et qu’il y avait parmi eux des enfants, des familles, des jeunes, des filles, des êtres humains avec tout ce qu’il y a digne en eux et qui méritent le plus grand respect. Je suis arrivé à Casa à midi par le train et je suis allé rejoindre notre ami Thomas pour aller manger vite fait et aller au stade. J’ai bien aimé pendant le trajet voir des supporters rajaoui et widadi chanter à tue tête dans le train que leur équipe allait gagner. C’est dommage que l’on ne puisse informer les lecteurs sur ces réalités là et leur montrer dans les média la nature poétique que peut parfois revêtir la vie. Il faudrait un Fellini du journalisme. Quelqu’un qui montre que l’actualité de la vie peut aussi contenir une dimension magique et émotionnelle forte (ce qui ne signifie en aucun cas un regard complaisant). Je suis descendu du train et j’ai fait la route à pied jusqu’au boulevard d’Anfa, en compagnie d’un supporter du KAC qui allait voir aussi le derby et que j’ai félicité pour la victoire de son équipe ce week end contre l’OCK (c’est pas comme nous, le FUS qui avons pris une raclée à El Jadida – j’ai une pensée amicale pour les supporters de cette équipe, notamment ceux qui ont fait le déplacement à El Jadida). J’ai aimé voir ces longues files de supporters marcher pacifiquement les unes à côté des autres, les verts à droite et les rouges à gauche. Les drapeaux, les écharpes (j’avais la mienne du raja bien sûr), les chapeaux, les chants. Ca, c’est emblématique du football. Ca, c’est quelque chose de magnifique. Ca, c’est la grandeur du sport. Il y avait des pères marchant avec leurs enfants. Il y avait un papa que j’ai vu l’année dernière avec ses deux filles : une en widadi et une en rajaoui. Pourquoi les quotidiens ne parlent jamais de ces spectacles là et les laissent juste aux spécialistes audiovisuelles du football ? Je pense que de nombreux supporters qui sont allés dans ce derby aimeraient que l’on parle de ce match autrement qu’à travers des « images d’épouvante ». On croirait presque lire le Han d’Island  de Victor Hugo, où est dressée une figure terrorisante du bourreau derrière laquelle se cache la plus profonde humanité. Il en est de même de ce derby. Je me rappellerai tout le temps de la joie de ce gamin près de moi, debout avec son père, lorsque le Raja a égalisé à 5minutes de la fin. La joie de ce gamin d’une dizaine d’année, avec son maillot et son écharpe du Raja, partageant avec son  père ce moment de bonheur extrême. Y’a des moments où vous êtes quand même touché par la grâce, malgré les choses désagréables – mais pas terrorisantes – que l’on a pu voir comme les empoignades entre supporters du même camp ou les jets de canettes sur la pelouse. J’étais à fond pour le Raja mais je commençais à désespérer pour l’égalisation. Le Widad a mis un superbe but d’emblée grâce à Aït Laârif. Ensuite, ils ont fait preuve de réalisme et ont procédé par contre, laissant venir une équipe du raja pas toujours très vive dans sa finition. Le widad a touché deux fois les poteaux et aurait pu aller au vestiaire avec deux ou trois buts d’avance. Toutefois, ce n’est sur le score de 1 à 0 que les deux équipes ont entamé la 2e mi-temps. Le raja s’est d’emblée créer une superbe occasion de but mais le centre étant beaucoup trop mou pour que l’attaquant en pointe puisse en profiter, c’est le défenseur widadi qui nous a empêchés d’égaliser !!! Le reste de la 2e mi temps a été équilibrée jusqu’à l’erreur de défense du widad qui a permis à Najdi d’égaliser. Toute la tribune rajaoui où l’on  était a vibré. C’était impressionnant de voir de là où nous étions les supporters du cop derrière les cages être en mouvement. Vraiment impressionnant. Là où on peut dire chapeau à Ahmed Belkahia, c’est qu’il a pronostiqué que s’il y avait un but dans le premier quart d’heure, le match serait une « une explication-confrontation de haute volée, haletante, palpitante et insoutenable ». De ce point de vue, il a eu tout à fait raison …Ca promet une suite de championnat passionnante !!!! La fin de soirée a été sympa ; on a est allé voir un gros navet au ciné « 2012 » (bien long, bien chiant et bien crétin) qui nous a bien  reposé du stade (trois heures debout, ça fatigue les jambes) et puis on s’est regardé avec Siroco un bon film « Parlez-moi de la pluie » avec Jean Pierre Bacri et Agnès Jaoui en mangeant des fritures de calamars ; journée sympa quoi…       

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