Publié dans Cinéma

« A l’origine » de Xavier Giannoli : un film sur les visages

Après nous avoir beaucoup séduit avec « des films tels que « Les corps impatients » (Laura Smets-Nicolas Duvauchelle) ou « Quand j’étais chanteur » (Gérard Depardieu-Cécile de France), Xavier Giannoli nous revient avec un film prodigieux, « A l’origine », racontant l’histoire d’un petit escroc qui arrive dans un patelin rural et où, après avoir posé les bases de sa nouvelle arnaque, va être pris au jeu des circonstances et se réveler être un type « bien ». Cela pourrait être une gentille comédie américaine mais non…Le film est plein de réalisme (il s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie qui est arrivée en France en 1997), avec un François Cluzet qui joue juste et une Emmanuelle Devos éblouissante dans le personnage de la maire de ce village rural, femme à la fois forte mais aussi seule et fragile. « A l’origine » est en effet un film sur les visages. Les traits de François Cluzet pris dans une histoire qui le dépasse sont le fil conducteur de tout ce long métrage. Le visage effaré quand tout le village le voit comme le messie car il va redémarrer un chantier arrêté il y  a deux ans. Le visage radieux quand il met effectivement le chantier en route, avec des ouvriers fou de joie d’avoir retrouvé du boulot (la scène où les tracteurs tournent autours de lui comme dans un manège est formidable). Le visage angoissé et souffrant quand surgissent les premiers problèmes de trésorerie. Le visage effrayé et désarçoné lorsque celui, amoureux, de Emmanuelle Devos s’approche de lui. Nous n’en dirons pas plus. C’est un grand film, sans doute l’un des meilleurs que l’on a vu cette année au cinéma. C’est l’histoire d’un mec…C’est l’histoire d’un mec qui trouve un sens à sa vie, quelles que soient les difficultés, les bassesses, les angoisses qui entourent son projet. Ce film nous montre aussi la grandeur de ces gens que l’on qualifie sans doute à tort de « populaire ». L’assistante de direction, jouée par une formidable Stéphanie Sokolinski, est emblématique de ces personnages dépourvu de capitaux économiques et de positionnement social privilégié qui essaie de réussir professionnelemnt malgré une conjoncture sombre. Ses sourires savent aussi bien exprimer la joie et l’espérance que la désillusion et la résignation. Le personnage joué par Vincent Rotiers, incarnant un petit délinquant du coin, fasciné par Cluzet mais aussi guère naïf quant à ce qu’il voit dans ce personnage qu’il admire et affectionne) est aussi magnifique. Il montre que plutôt que de renforcer les politiques sécuritaires et répressives pour lutter contre la délinquance, il faudrait peut-être inverser les solutions politiques proposées et essayer de donner de l’espoir à ceux qui ont été déçus par les apories du système. On voit bien que le jeune finit par aimer le métier dur qu’il est amené à exercer sur les chantiers et qu’il arrête de lui-même ses petits trafics pour aller vers une stabilité professionnelle, capable de lui garantir des revenus réguliers et de pouvoir ainsi faire vivre sa famille. C’est cela que montre également ce très beau film : la grandeur de ces gens qui ne font pas partie des VIP, de ces gens « dominés » (selon la formule de Bourdieu) qui ont à subir malgré eux les décisions cyniques des puissances ultra-capitalistes, ayant pour principal souci la rentabilité de quelques uns et laissant dans le dénument les gens qu’ils utilisent parfois de la manière la plus vile qu’il soit. Pas étonnant que capitalisme et répression marchent main dans la main, quand on sait que ce système repose sur l’exploitation et l’aliénation des individus. Le personnage joué par François Cluzet aime ses ouvriers, son équipe et il aime aussi le rôle qu’il va jouer. Quelque part, le film de Giannoli montre qu’un autre monde du travail est possible, géré plus humainement et pouvant arriver à des résultats bien meilleurs que ceux que l’on a aujourd’hui avec ce management du stress et de la compétitivité. La scène avec les dessins d’enfant est sans doute le moment où le protagoniste du film bascule et où se joue toute la contingence d’une vie. Le personnage principal n’est ni un salaud, ni un héros. Juste un homme qui lutte, pour ce qu’il estime être le bien commun de la cité. Fascinant.

 Jean Zaganiaris

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