Publié dans Divers

Kawtar Bencheikh et Hicham Bennani invités d’honneur à COM’SUP

Ce mardi, en co-animation avec M. Wade, enseignant en genre journalistique, nous avons reçu à l’école COM’SUP Kawtar Bencheikh, directrice d’édition au Journal Hebdomadaire, et Hicham Bennani, journaliste à ce même magazine. Les invités ont parlé de leur métier aux étudiants de L2, avec panache, sincérité et pertinence. La conférence a été passionnante et surtout interactive. Nos invités ont commencé par dire que tout parcours peut mener au journalisme ; Hicham Bennani venant lui-même du milieu de la communication. Toutefois, il y a une spécificité du journalisme et de l’écriture journalistique qu’il faut intégrer. M. Wade a également insisté là-dessus. Faire du journalisme n’est pas la même chose que faire du marketing, des relations publiques/relations presse ou du travail sociologique. Kawtar Bencheikh a commencé par parler de l’histoire du Journal, qui a pris le nom Journal hebdomadaire après sa première interdiction en ???. Le Journal est apparu en 1997, sous format papier, avant d’avoir sa version magazine à partir de 2004. Ensuite, elle a parlé de la liberté éditoriale dont dispose chaque journaliste d’écrire ce qu’il veut sur les sujets qu’il veut à condition de respecter la ligne éditoriale. Il n’y a pas d’annonceur qui bloque les sujets. On peut parler de Mawâazine sans craindre d’être censuré par la direction. Cela pose problème. « Peu de pub, c’est moins d’argent, c’est moins de moyens pour aller sur le terrain… sans parler du problème des points de vente où l’on n’est pas référencé » nous dit Kawtar Ben Cheikh. Après, bien entendu, il y a de l’auto-censure chez les journalistes qui voudraient parfois aller plus loin dans le traitement de l’informatio mais qui savent qu’au Maroc il y a certaines lignes rouges à ne pas franchir si l’on veut continuer à travailler. De plus, Kawtar Bencheikh a précisé que c’est elle qui en tant que chef d’édition centralise tous les articles au moment du bouclage, qui fait la relecture de tous les textes et peut être amené à retirer certaines choses en accord avec le journaliste, afin d’avoir un numéro harmonieux avec un contenu en conformité avec la ligne éditoriale. Celle-ci est l’identité du journal et doit être préservée. Le Journal hebdomadaire, contrairement à Tel Quel, n’est pas subventionné par l’Etat.

Des questions de M. Wade ont amené Kawtar Bencheikh à parler de la solidarité entre journalistes. Même si parfois il peut y avoir des rivalités ou des positions concurrentes au sein du champ journalistiques (c’est ce que nous avons vu l’année dernière avec P. Bourdieu), la profession arrive à être solidaire lorsqu’un caricaturiste ou un journaliste est mis en prison ou lorsqu’il y a de la censure : « Lorsqu’il y a un journaliste, Driss Chahtane, qui est condamné à de la prison ferme, il y a une solidarité des journalistes contre ça ». Samia, Linda et Mounir ont questionné les journalistes sur le problème de la censure et de l’incertitude du métier de journaliste, dans un contexte où la presse indépendante est mise à mal. Zineb a même demandé avec beaucoup de finesse si parfois la censure de l’Etat n’avait pas même une certaine légitimité. Hicham Bennani a répondu que lorsque le journaliste est honnête, lorsqu’il fait un vrai travail terrain et qu’il écrit sur les phénomènes intolérables dont lui parlent les gens, on doit le laisser faire son métier, même s’il dérange le pouvoir. Par contre, si le journaliste ne respecte pas une certaines déontologie et qu’il « casse » gratuitement telle ou telle personne, ou bien s’il fait de la fausse information, il faut qu’il y ait une instance qui régule afin que la presse ne soit pas elle-même discréditée par des pseudo-journalistes qui font de la diffamation ou des règlements de compte. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de règles claires dans le domaine de la censure et qu’on met pas mal d’épée de Damoclès au dessus de la tête des journalistes. M. Wade a parlé de la liberté d’expression comme d’un rapport de force entre les journalistes et les autres acteurs de l’espace public. Une question de Mounir et de Ali sur la proximité entre Tel Quel et le Journal Hebdomadaire nous a amené à parler de la ligne éditoriale, qui est l’identité de la revue. « Les articles doivent cadrer avec la ligne éditoriale », nous a dit Kawtar, en précisant la différence de positionnement par rapport à Tel Quel. Ce dernier traite de sujet tels que la virginité, le porno, l’homosxualité etc…alors que le Journal traite de questions qui touchent au pouvoir politique, aux partis avec un cadrage des sujets qui amène à une analyse argumentée à partir de reportage terrain ou bien à un décryptage approfondie. « les sujets sont parfois les mêmes mais les manières de les traiter sont différentes…C’est pas le même angle…par exemple, on verra jamais sur la couverture de Le Journal un X gigantesque », nous dit Hicham Bennani. Ce dernier nous a parlé de son parcours, de son bien-être au sein du Journal : « Le journal est le lieu où je suis le plus à l’aise…Y’a une collégialité entre les journalistes, y’a des expériences qui se confondent et y’a pas de hiérarchie… y’a pas de discrimination, on respecte le style de chaque journaliste et y’a une solidarité ». Kawtar Bencheikh a également précisé la nature du travail d’équipe au Journal : « Celui qui a de l’expérience aide le nouveau mais ce dernier peut aider le plus ancien à voir des choses qu’il ne voit plus ». Hicham Bennani nous a parlé ensuite du reportage qu’il a fait sur les victimes de Mawâzine, paru dans le Journal Hebdomadaire du 24 au 30 octobre 2009. Tout d’abord, il a dit à quel point il est dur de choisir un sujet sur lequel on a jamais parlé ou bien sur lequel on a beaucoup parlé et à propos duquel il faudrait dire quelque chose de nouveau. On a beaucoup parlé des victimes de Mawâzine qui n’ont pas été indemnisé mais pour traiter de ce sujet, il fallait trouver un angle qui soit l’identité du Journal Hebdo. Hicham a choisit d’apporter de l’information à partir d’un travail terrain : « Il fallait faire parler les gens et ne pas donner mon point de vue ». Hicham est allé à Rabat voir les familles des victimes et les interviewer. Les personnes ont d’abord été un peu silencieuses et puis elles ont parlé avec beaucoup d’émotion au journaliste qui était là pour parler de ce qu’elles voudraient bien lui dire. En écoutant ces familles des victimes, Hicham a compris que celles-ci ont été intimidées pour ne pas parler à la presse et qu’elle devait rendre compte de tous leurs actes au caïd. Par conséquent, dans une approche très proche de celle du philosophe Michel Foucault, il fallait donner la parole aux victimes et non parler à leur place. C’est ce qu’a très bien su faire Hicham Bennani. L’objectif est bien sûr d’intéresser le lecteur et de penser à l’usage « social » qu’il fera de cet article. Kawtar Bencheikh a d’ailleurs précisé qu’il fallait voir l’article mais aussi les photos qui montrent le deuil, les familles en larme : « On fait un choix arbitraire…On montre une scène funéraire et pas la scène de musique…on décide aussi de mettre une caricature ». On met aussi des citations en exergue, des encadrés (c’est peut-être juste l’encadré que lira le lecteur). Le titre est aussi à définir avec beaucoup de réflexion. Hicham nous a dit qu’il avait pensé mettre « Souviens toi l’été dernier » mais pour un sujet aussi grave il valait mieux titrer « Séquelle d’une tragédie ». Alors quel est l’avenir du journalisme indépendant au Maroc ? Kawtar a dit qu’elle était à la fois optimiste et pessimiste. Pessimiste car la presse est pas mal muselée et manque de moyens, pour ne pas dire de stabilité professionnelle : « Au Maroc, la presse n’est pas un 4e pouvoir…D’ailleurs il n’y a même pas de de 2e et de 3e pouvoir ». En même temps, elle est optimiste car la presse indépendante est aussi une image de marque pour l’extérieur du Maroc : « on est une caution pour le régime au niveau de son image extérieure … quelque part je suis optimiste car je me dit que le régime ne peut pas faire sans nous». Même si cet avenir est incertain, Hicham Bennani a rappelé que « chaque jour y’a un nouveau miracle et on continue ». On souhaite longue vie à ce journalisme là, acteur salutaire et indispensable de la démocratisation marocaine

JZ

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s