Publié dans Divers

Soutien à la presse marocaine

Le métier de journaliste, comme le rappelle le très bel édito de Libération du samedi 17 octobre, implique en effet une déontologie et une éthique professionnelle. La presse ne peut diffuser de fausses informations ou bien révéler n’importe quoi qui puisse porter atteinte aux individus. Elle est un acteur qui agit au sein de l’espace public et de par le fait qu’elle communique publiquement, elle doir respecter les lois de la cité qui sont là pour garantir le bien commun de tous. Toutefois, est-ce que la régulation de la presse signifie pour autant sa mise au pas. est-ce que le respect de règles déontologiques implique la soumission des journalistes aux pouvoirs politiques ou économiques qui cherchent selon les mots de Naomi Klein dans « No logo » à « privatiser l’espace public », c’est-à-dire à s’approprier personnellement un espace de communication qui est censé  appartenir à tous. Respecter une certaine déontologie journalistique ne signifie pas que la presse doit être « la muse enrolée » du pouvoir ou bien qu’elle doit raconter des récits sans polémiques censés satisfaire tout le monde. Etre journaliste, ce n’est pas contribuer à des journaux dont le contenu ressemble à des dessins animés du style de Dora ou des Télétubbies. Le public n’est pas un enfant à qui on raconte des histoires à l’eau de rose et, contrairement à ce que l’on pense, il n’est pas dupe de ce qui se passe autour de lui.

La presse ne s’adresse pas à une masse uniforme et homogène qui interpréterait de la même manière les informations qu’elle contient. Les publics sont hétérogènes et les appropriations varient selon les caractéristiques sociales des interprètes. C’est là que le journalisme s’inscrit dans ce que l’on peut appeler un espace public démocratique et qu’il contribue à la démocratisation de la cité, en informant de manière pluraliste et éthique les citoyens qui sont suffisament éclairés (notamment grâce à cette presse mais aussi en raison des facultés mentales qui sont propres à chacun) pour lire de manière critique les journaux qu’ils ont sous les yeux. Les gens peuvent adhérer ou non aux informations qui leur sont destinées, voire être indifférents à leur égard. Si l’on part de l’idée que les média sont des acteurs capitaux du processus de démocratisation entamé au Maroc depuis la fin des années 90, on ne peut pas leur repprocher de faire preuve d’esprit critique, notamment en parlant des éléments intolérables existant au sein de la société marocaine ou bien en apostrophant les autres acteurs de l’espace public lorsque des actes se fesant dans la sphère privé méritent d’être énoncés publiquement. La démocratie, c’est le respect de la liberté d’expression à partir du moment où celle-ci est au service du bien commun de la cité. Il ne faut pas instrumentaliser la notion de déontologie pour museler une presse qui joue son rôle critique dans l’espace public. Depuis le procès au caricaturiste Khalid Gueddar et au journaliste Taoufiq Bouachrine suite à l’affaire des caricatures sur un membre de la famille royale parue dans Akhbar Al Yaoum jusqu’à l’interdiction du journal Le Monde du vendredi 23 octobre, la presse au Maroc a connu une rude semaine !! Pour ma part, j’ai la chance de collaborer de temps en temps avec l’équipe du Journal hebdomadaire. Je ne remercierai jamais assez la grande journaliste et directrice de publication qu’est Kawtar Bencheikh, qui m’a formé aux techniques de l’écriture journalistique avec beaucoup de gentillesse et de patience, et qui m’a introduit auprès de l’équipe du Journal hebdomadaire, en m’invitant à certaines réunions de rédaction. J’ai pu connaître des journalistes professionnelles avides de contribuer à la démocratisation du Maroc. Ces derniers ont le souci de renforcer la dignité des citoyens de ce pays en rendant public les choses inacceptables mais en parlant aussi de ce qui fait la grandeur de ce pays tant au niveau de son histoire et de sa culture que des actes citoyens existant au son sein. J’ai été amené à fréquenter des journalistes qui sont l’honneur du Maroc, de par leur professionnalisme et la qualité de leurs écrits. Je pense à Hicham Bennani, à Laétitia Dechanet, Aziz El Yacoubi, Hicham Oudaïfa, Fedoua Tounassi etc, ainsi qu’à des gens qui sont passés par le Journal, comme Gypsie Allart ou Omar Brouksy. Depuis  quelques semaines, l’hedomadaire pour lequel travaillent ces personnes s’est vu « menacé de mort » – pour reprendre les termes de l’éditorialiste Aboubakr Jamaï – suite à la venue d’un huissier pour notifier la saisie des comptes bancaires. La disparition de ce journal de l’espace public marocain serait une perte importante pour la société tout entière, y compris pour le pouvoir qui en perdant l’un de ses principaux critiques perd également une part de la légitimité du processus de démocratisation qu’il cherche à mettre en oeuvre et à exhiber publiquement sur la scène internationale.

 

   

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