Publié dans Cinéma

THE WALL

Alan Parker est un réalisateur qui nous a marqué à une certaine période, avec des films tels que “Birdy” ou “Angel Heart” (notre ami Nicos NSB se souviens bien de l’enthousiasme avec lequel nous foncions dans les salles de la côte à chaque nouveau film).

« The wall » est sorti en salle en 1982, à un moment où le mur de Berlin n’était pas encore tombé, et est bâti à partir de l’album des Pink Floyd du même nom. représente un coup de cœur que l’on a voulu passer, M. Brun et moi-même, aux étudiants de COM’SUP (du moins à la poignée de motivés qui ont pu venir ce vendredi après midi au Studio). Que représente « The Wall » ? Certainement pas un long métrage théoriciste dont il faudrait chercher la bonne interprétation. Il s’agit plutôt d’un énorme délire cinématographique qui, un peu à la manière d’une vague, vient heurter les émotions et le vécu du spectateur. C’est à partir de la subjectivité de chacun que les différentes visions (et donc les différents sens) de ce film se construisent. Les scènes où les dessins animés se mélangent à la réalité, où les visions apocalyptiques construites à partir d’un excès de drogue mélangent présent, passé et futur, sont prodigieuses. Je pense aux scènes tournant autour de la piscine, où Pinkie est en train de flotter dans un bain de sang après avoir péter les plombs sur une groupies à partir d’un souvenir douloureux lui rappelant la fin de sa grande histoire d’amour ou bien s’être rappelés les passages de son enfance où l’absence du père s’est faite cruellement sentir.

 

 

Pour ma part, j’ai vu ce film peut-être six ou sept fois, et chaque vision est ressentie de manière différente. Par exemple, la première fois que j’ai vu ce film, c’est en 1987. J’étais encore au Lycée (je commençais à m’enthousiasmer un peu culturellement), je connaissais les Pink Floyd, j’aimais bien faire la fête avec les potes et j’aimais pas l’ordre, les profs austères, l’autorité (ah le fameux cri anarchiste « vive libre ou mourir !!» des Bérus !!!, qu’est-ce qu’on l’a crié !!!). J’avais été sensible aux scènes où les étudiants fracassent les portes avec des chaînes, entrent dans un conflit parfois violent avec la police et s’approprient les espaces publics qu’ils détruisent ou incendient. Je me disais c’est super, c’est cela qu’il faudrait faire (sans jamais être passé à l’acte). Aujourd’hui, maintenant que je suis prof, je suis quand même sensible à ces scènes mais je les vois plus comme des métaphores, des images. « We don’t need no education, we don’t need no thought control ». Peut-être que ces paroles ne signifient pas que l’on doit tout laisser faire aux enfants mais qu’elles rappellent simplement que l’éducation n’est pas synonyme de dressage ou d’élevage animalier. La liberté, c’est pas l’anarchie ; c’est pas faire ce que l’on veut. C’est pas,  par exemple, se détruire, s’auto-détruire dans un  excès de drogue. Foutre le feu, tout casser, ça défoule peut-être mais ça n’a jamais rien changer non plus. Puis, comme le montre également le film, les fascistes aussi à un moment ils cassent tous, ils mettent le feu et détruisent tout. On pourrait transposer les mises en garde deleuzo-guattarienne de l’Anti-Œdipe à celles qui semblent surgir dans « The Wall ». Le film semble en effet mettre en garde contre cette tentation révolutionnaire qui peut se reterritorialiser sur le fascisme. Les mouvements visant à émanciper et à promettre la liberté peuvent se changer en dictature ; et de ce point de vue, « The Wall » est un film profondément anti-totalitaire, tant au niveau du fascisme et du nazisme que du stalinisme. C’est aussi un film qui interroge les régimes démocratiques. « The wall » fait étrangement écho aux thèses de Herbert Marcuse dans les années 60. L’image du mur ressemble étrangement à ces foules solitaires décrites dans « L’homme unidimensionnel ». Les démocraties ne sont pas uniquement cette image idéale que nous vante la théorie politique. Il s’agit de régimes pratiques qui ont eux aussi leurs limites. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui lors des deux guerres mondiales ont fait des soldats de la chaire à canon. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui ont inventé ces systèmes scolaires quasi-carcéraux où les enfants sont brisés par une discipline de fer, similaires justement à celle des camps militaires, où les soldats sont des machines programmées à obéir quel que soit l’ordre. Ce sont nos démocraties qui produisent toutes sortes de murs, derrière lesquels on se réfugie, on se camoufle, on se coupe des autres. La drogue, la télévision, l’enfermement chez soi, l’enfermement dans ses souffrances, ses souvenirs douloureux, ses échecs, ses angoisses et ses traumatismes ; tout cela forme les briques d’un mur que l’on dresse entre soit et les autres, entre soit et le monde. Et devenant ainsi, en mettant des murs entre soit et le monde, entre soit et la vie, on devient soit-même une brique, une brique comme toutes les autres briques de ce mur incarné par la masse homogène et uniforme des soldats prêts à mourir au combat ou bien de ces étudiants soumis à l’embrigadement scolaire et prêts à rejoindre docilement les rangs des entreprises.

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Un commentaire sur « THE WALL »

  1. Ah, ‘Pink Floyd-The Wall’, grand film qui vieilli très bien ! Pour moi c’est d’abord et surtout des démons et de la paranoïa de Roger Waters dont il est question. Avec la Guerre Froide, l’Angleterre des années ’70 et l’arrivée du punk aussi car la violence que contiennent ce film et ce double album ressemble peut au Pink Floyd ‘classique’. D’ailleurs le groupe volera en éclat peut après…

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