Publié dans Cinéma

Libérer Roman Polanski

L’affaire Roman Polanski rappelle étrangement les visions de Michel Foucault dans Surveiller et Punir, où la société capitaliste est présentée non pas comme une société permissive et libérale mais comme une société où la marchandisation des choses est conjointement liée à une répression accrue des êtres. Il est navrant de constater qu’un hommage fait à l’un des plus grands cinéastes se soit changé en une arrestation policière et est fini par un enfermement (le mot cher à Foucault). Bon, on va pas être les premiers et les derniers à crier Libérez Polanski mais bon on avait envie de le faire. On a adoré certains de ses films. Deux sortent du lot pour nous : Lune de fiel et la 9e porte. Tous les deux sont avec la superbe Emmanuelle Seigner, qui dans chacun d’eux joue le personnage de cette femme troublante, tantôt fatale (Lune de fiel), tantôt muse (La 9e porte).

Dans Lune de fiel, librement adapté d’un roman de Pascal Brukner, on voit l’histoire d’amour tragique entre un écrivain raté vivotant à paris et une jeune apprenti danseuse. Des payasages superbes de Paris (tels que l’on en voit aussi dans Frantic) sont accompagnés de la musique de Vangelis. Tout marche à l’expérimentation des plaisirs et des souffrances dans ce film savament orchestré par Roman Polanski.  

Dans la 9e porte, on voit les aventures d’un détective du monde des livres parti à la recherche d’un livre de magie noire. Plus que l’histoire ou bien la logique des choses, c’est l’athmosphère du film qui nous a conquis. Le monde est une bibliothèque dans laquelle on recherche un livre. Mais cette bibliothèque est aussi un labyrinthe dans lequel on se perd. Tout tourne autour de cela. Le héros, superbement incarné par Johnny Deep, voyage dans le monde sans savoir où il va. Il se perd, que cela soit dans les rues espagnoles et françaises ou bien dans les yeux d’Emmanuelle Seigner, qui l’accompagne tout au long de sa quête jusqu’au dénoument final.  

Par contre, il serait inacceptable de dire qu’il faut libérer Roman Polanski en raison de la qualité de ses films. Bien évidemment, il est question de victime dans cette affaire et  le problème n’est pas de savoir si elle consentante ou pas. C’était une gamine à l’époque et même si un courant dans ces années là militait pour la dépénalisation des rapports sexuels consentants entre majeurs et mineurs, pour ma part je ne partage pas cette thèse soit disant « libertraire ». En dessous de 18 ans (ou de 20 selon le pays) on est mineur – bref y’a un passage de la vie qui fait partie de l’enfance et qu’il faut protéger par la loi. Donc Polanski, lorsque les faits se sont produits aurait dû faire de la taule (d’autant plus qu’il reconnait qu’il ya eu rapport sexuels avec la fille, qui aurait été consentante !!! on croit rêver). Bref là, il aurait fallu qu’à ce moment  il y ait application de la loi. En même temps, il ne faut pas confondre la victime réelle, en chair et en os, telle qu’elle existe réellement, et la victime médiatiquement construite pour servir de légitimation à l’incarcération de Polanski. Parfois, à lire certains journaux, on a l’impression que cela s’est passé hier !!! C’est en ce sens que nous pensons qu’il faut libérer Polanski. Si la justice n’a pas été capable de le mettre en détention plus tôt pour le crime qu’il a commis, c’est qu’il y a peut-être un problème ; tout comme il y en a un au niveau de la manière dont s’est faite l’arrestation. Ca, c’est quelque chose que je trouve grave, inédit (Polanski n’est justement pas un ancien nazi vivant caché mais queqlu’un qui évoluait librement toutes ces années, président du festival de Cannes je sais plus quand etc) ; ce qui me gène, c’est que l’on brandit la figure de la victime pour faire passer la pillule sur des mesures qui  posent problème (la victime bien sûr doit être prise en compte, même si j’ai cru lire, entre autres, qu’aujourd’hui elle ne souhaite pas que l’on poursuive Polanski et qu’elle veut qu’on lui foute la paix). Pour moi, c’est là le problème, c’est pas aujourd’hui en foutant polanski en taule, à 76 ans, qu’on va réparer quoi que ce soit, notamment dans la vie de cette femme.

 Après c’est vrai que j’aime certains films de polanski mais si ça serait un autre réalisateur dont je n’aime pas les films ça serait pareil. On peut pas mettre les gens en taule comme ça, on les laisse libre et puis quand ça nous chante on les arrête et on les enferme ;  je pense que l’on doit pas rendre justice comme ça et que beaucoup de chose ne se règle pas non plus devant un tribunal à partir d’un certain moment.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s