Publié dans Philosophie, sociologie...

Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, de François Dosse

François Dosse est connu pour ses livres sur l’histoire du structuralisme et sur les Annales ou bien sur Michel de Certeau ou Paul  Ricoeur. Nous venons de finir sa monumentale biographie sur Deleuze et Guattari, paru en septembre 2007. Nous avons beaucoup appris sur le processus d’écriture de ces deux auteurs importants, à partir des entretiens mais aussi du dépouillement d’archives effectué par François Dosse. La manière dont l’auteur parle de la rencontre entre Félix Guattari et Gilles Deleuze en juin 1969, des réunions de travail qui ont produit L’Anti-oedipe en 1972 sont saisissantes. On voit qui a trouvé tel ou tel concept, et comment les deux auteurs ont mis en commun les choses pour produire un ouvrage qui est écrit à deux mains, un peu comme un morceau de piano joué par deux personnes. Guattari était le « trouveur de diamant » et Deleuze « le tailleur » (p. 18). La richesse de l’ouvrage se trouve dans la contextualisation qui est faîtes de la trajectoire biographique et intellectuelle des deux auteurs. On se trouve plongé dans des événements tels que mai 68, les cours de Vincennes, les événements de la fin des années 70 en Italie, la polémique avec les nouveaux philosophes ou la controverse avec Badiou, la candidature de Coluche aux présidentielle, les séjours de Guattari et Deleuze aux Etats-Unis. Le pluralisme de la pensée deleuzo-guattarienne est mis en avant, avec l’idée de cette « culture de l’hétérogénéité » et des « multiplicités » dont parlaient les deux auteurs. On peut regretter certains faits importants absent de ce colossal travail, notamment la controverse avec Jürgen Habermas (dont Qu’est-ce que la philosophie a fait la critique cinglante)  ou bien les rapports avec Claire Parnet, avec qui Deleuze a écrit Dialogue. Il n’en demeure pas moins que ce travail biographique éclaire sociologiquement et historiquement une œuvre philosophique d’une profonde envergure, que l’auteur a su mettre en avant. On a recopié ci dessous un des plus beaux passages de ce livre, racontant une soirée au cours de laquelle Deleuze, qui ne supportait pas les sociabilités trop importantes et les mondanités, était venu retrouver Guattari chez lui :

 

« Lors de la longue dépression que traverse Guattari dans ces années d’hivers, Deleuze est là, présent : « Deleuze épuisé, ne respirant pas, m’appelle et me demande ce que je fais ce soir. Je lui réponds que je vais regarder la coupe d’Europe de foot parce que je suis dingue de sport. Deleuze me dit : « Je vais à une fête chez Félix, il faut être auprès de lui ». Je m’y suis rendu…Félix complètement hiératique, assis par terre regardant la télé, la finale de foot justement, et à ses côtés Gilles, qui aurait sans doute donné un doigt de sa main pour ne pas être là, devant le foot, à cette fête, lui pour qui être avec deux personnes était déjà une foule » (propos de Michel Butel, entretien avec Virginie Linhart et cité dans le livre de F. Dosse).

 

Jean Zaganiaris

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