Publié dans Cinéma

Casanegra

La semaine du 25 décembre, on est allé voir Casanegra au cinéma. On s’attendait à un petit bijou, d’autant plus que Le regard, l’un des précédants films de Lakhmari, était un chef d’oeuvre. C’était un très beau film sur les dérives du colonialisme au Maroc. Par contre, on a beaucoup moins accroché à Casanegra. On nous dit « Allez le voir et le revoir, c’est génial etc »…Bon, faut arrêter un peu les conneries. C’est l’histoire de deux jeunes de Casa, avec leur galère, leurs états d’âmes, leurs rêves. Casanegra aurait pu être un bon film. Il y avait matière. Les belles images de la ville de Casa, avec son architecture particulière, les rêves brisés des deux amis, le sauvetage de tortue (sans doute la scène la plus intéressante du film), la tentation de la pègre (un peu à l’image de « Il était une fois le Bronx » de Robert de Niro), l’attention sur des problèmes de société (femmes battues, précarité des jeunes). Toutefois, qui embrasse trop finit par mal étreindre. Le film de Lakhamri s’enlise dans les clichés (la scène dans le cabaret est ratée, contrairement à celle de « Le Regard ») et dans un manque de structure profond, où les personnages du films ne semblent être que la bouche du réalisateur qui exprime telle ou telle de ses opinions personnelles sur la mendicité, la violence, la langue. La scène où l’un des personnages exprime sa rancoeur à l’égard d’une Casa où un bourge peut griller un feu sous pretexte qu’il a une grosse bagnole ou que les saoudiens viennent abuser des filles rappelle à fond celle de « La 25e heure » de Spike Lee…Toutefois, le film manque cruellement d’un scénario béton, d’un fil conducteur qui rassemble les parties éparses et aussi d’un certain recul. Ce qui est le plus génant dans le film est cette subjectivité érigée comme une sorte de vérité sur la ville, voire sur la vie. Il y a une « opposition de classe » radicalisé à l’extrême qui transparait tout au long du film et qui montre ce jeune amoureux d’une antiquaire (qui, au passage, a le tort de parler français et non arabe, ou bien d’aimer aller danser en boite de nuit !!!). On est loin dans « Casanegra » de l’éloge de la femme marocaine émancipée et indépendante !!! La seule femme forte est celle qui flirte dans le cabaret et sert d’objet de diverstissement aux hommes. Ce sont ces derniers qui sont érigés en personnages centraux dans « Casanegra ». Ce film est, disons le franchement, un film de « mec ». Pour reprendre Coluche, les femmes sont soit toutes des putes, soit toutes des vierges mais rarement dans l’entre deux (comme la cheikhat de « Le regard », dansant derrière l’affiche de Marilyn). Rien que parce qu’elle est d’une autre classe sociale, la femme dont tombe amoureux l’un des héros du film  va le faire souffrire car lui n’est qu’un rejeton de la rue. Tout cela est accompagné de visions à la limite du nationalisme étriqué, où l’image des français (qui sont pourtant divers et multiples à Casa) se réduit à celle d’un pervers qui débauche les pauvres petites casablancaises et où le darigea est érigé de manière normative comme la langue qu’il faut parler, alors que les langages sont eux-mêmes multiples, y compris au sein de la darija. Contrairement à « Le regard », le refus du pluralisme de la vie, des cultures (voire de l’interculturalité, au sens de mixité, de métissage, d’hybridité ) est présent dans le film. De plus, la fraternité et l’amitié ont un sens particulier dans Casanegra. A aucun moment celui qui a trouvé la grosse liasse de pognon ne va la partager avec son ami. Cet absence de recul critique sur l’individualisme et sur les rapports pas toujours francs entre les deux personnages donne au film un accent très particulier (et du coup inachevé) sur ce qu’est l’amitié. Si ça se réduit à galérer ensemble mais ensuite chacun pour soi quand il y a une pépite, dans ce cas on peut remettre en cause ce que signifie l’amitié. La construction médiatique présentant Casanegra comme choquant ou trash n’est guère fondée (« Marock » va beaucoup plus loin au niveau de la radicalité, en bousculant les tabous de la société marocaine, ce que Casanegra ne fait jamais vraiment). Bien sûr, nos remarques n’enlèvent rien à la qualité et à la gentillesse de Nourredine Lakhmari, avec qui nous avons discuté plusieurs fois. On attend avec impatience son prochain film !!!

3 commentaires sur « Casanegra »

  1. Jamais un film marocain n’aura été si loin. Casanegra, le second long métrage du réalisateur Noureddine Lakhmari, 44 ans, est en passe de devenir un phénomène de société au Maroc. Dans les quatre villes – Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech – où le film est projeté depuis le 24 décembre 2008, les salles affichent souvent complet. Jeunes, vieux, riches, pauvres, femmes voilées ou en jean, affluent en masse.

    1. Bonjour

      j’espère que vous allez bien

      merci pour votre commentaire sur mon blog, même si nous ne sommes pas d’accord sur casanegra

      juste pour le débat j’aimerai vous répondre :

      vous avez écrit :

      « Jamais un film marocain n’aura été si loin. »

      si je crois que des films marocains sont allés beaucoup plus loin, depuis les films de Abdelkader Lagtaa à « les jardins de samira » de lahlou, en passant par Marock. casanegra reste très sage, malgré les apparences. La communication construit beaucoup son image, notamment la couverture de Tel Quel

       » Casanegra, le second long métrage du réalisateur Noureddine Lakhmari, 44 ans, est en passe de devenir un phénomène de société au Maroc. »

      oui c’est vrai,; c’est pour cela que je le discute ; « le regard » le premier film de Lakhmari est pour moi un des grands chef d’oeuvre du cinéma marocain mais casanegra, de par certains simplisme et certaines visions machiste ou nationaliste, m’a beaucoup géné et ma foi, cela mérite le débat, auquel vous contribuez. Après oui, on est libre d’aimer ou ne pas aimer mais il y a plusieurs avis sur un film.

      Dans les quatre villes – Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech – où le film est projeté depuis le 24 décembre 2008, les salles affichent souvent complet. Jeunes, vieux, riches, pauvres, femmes voilées ou en jean, affluent en masse.

      Je ne crois pas que le critère des entrées soit quelque chose de représentatif au Maroc. Lorsqu’une salle de ciné joue pendant des semaines casanegra et qu’il n’y a rien d’autre, on est obligé de voir cela. les gens qui veulent aller au ciné, parfois pour faire autre chose que voir le film, vont voir ça et du coup, on dit que le film a fait de grosses entrées. Je prends l’exemple de rabat, depuiis le mois de janvier, soit au royal, soir au 7e art, ils passent casanegra. dur de ne pas le voir et donc de ne pas faire qu’il y ait beaucoup d’entrée. Un regard empirique sur la réalité sociale montre que beaucoup de chose sont construite socialement et ne sont pas dû au hasard. Précisons qu’au passage des films comme « les jardins de samira » ou surtout ce chef d’oeuvre du ciné marocain qu’est « en attendant passolini » sont restés peu de temps au ciné et n’ont fait guère d’entrée car ils n’ont pas été passé au ciné aussi longtemps que casanegra ; ce qui est injuste au passage. Tous les films marocains méritent d’être vus et projetés de manière équivalente.

      bien à vous

      jz

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