Publié dans Littérature

Murakami Ryu

Murakami Ryu est un écrivain et cinéaste japonais. A ne pas confondre avec Haruki Murakami, auteur du magnifique roman « La ballade de l’impossible », racontant une belle histoire entre deux adolescents sombres et dépressifs un peu sur le ton de la musique des Cure. Murakami Ryu est plus trash, plus dur, plus à cran. On serait plus dans du Burrought que dans du Cure. Le premier roman que nous avons lu de lui est « Un bleu presque transparent », qui raconte les périples d’un jeune junki dans cette jungle urbaine, métallique et coloré qu’est le japon des années 75. Nous avons ensuite lu « Les bébés de la consignes automatiques », roman totalement délirant sur l’absurdité de la vie et de cette quête de gloire et d’honneur qui n’a aucun sens. Parfois, on est dans des scènes très dures, sanglantes, proche de la folie. Parfois, on est dans la tristesse, dans les scènes tragiques de la vie qui vous laisse un goût amer d’impuissance dans la bouche. Il n’y a guère de place pour le rire chez Murakami Ryu, sauf si l’on est défoncé ou saoul. Enfin, il y a quelques semaines, nous avons lu « Lignes », qui a été pour nous un grand coup de coeur. Ce roman est basé sur le même principe que « La ronde » de Arthur Schnitzler, où un premier personnage a une scène avec un second et où le second a une scène avec un troisième et puis le troisième une scène avec le quatrième etc.. Le livre commence par les déboires sentimentaux d’un jeune photographe, qui fréquente des prostituées d’un club sado-maso (on a là au passage un thème cher à Arthure Schnitzler) ; ensuite ce personnage disparaît et on suit le périple d’une de ces filles de joie dans le japon noctambule, qui nous mène vers d’autres personnages avant de disparaître elle aussi dans le néant. Le but est de montrer la pluralité des êtres, qui ne peut surgir qu’à travers la dynamique des rencontres : « Je crois que les êtres humains ont plusieurs visages. Ils modifient leur personnalité en fonction des autres, en fonction de chaque être humain qu’ils rencontrent. Quand on rencontre quelqu’un, on devient vraiment quelqu’un d’autre ». Toutefois, cette apparente absence de structure et de narration tourne autour d’une femme qui a la capacité de voir ce qui se passe dans la vie des gens en regardant dans les lignes téléphoniques de leur appartement. « La ronde » de Schnitzler devient sous la plume de Murakami un courant éléctrique qui traverse le corps et l’âme des êtres de cette civilisation technologique. Les personnages, qui n’ont que leur souffrance et leur folie à mettre en commun, se croisent et se séparent dans la nuit sombre d’une ville de Tokyo où les étudiants, les prostituées, les drogués, les femmes battues, les libertins, les meurtriers, sont les sombres héros de cette fable noire. En même temps, le regard de l’auteur sur ce microcosme est aux antipodes de tout jugement de valeur. La vie est constituée de cette souffrance, cette incohérence, de ces sensations intenses et à la fois contradictoires, voire de cette barbarie, et il faut avoir le courage de la regarder en face. Dans son film « Tokyo Décadence », c’est la même atmosphère. Le film raconte l’histoire d’une prostituée, qui est une sorte d’Amélie Poulain asiatique dont le but est de modifier le destin de ceux qu’elle approche en satisfaisant tous leurs plaisirs et leurs fantasmes. Un peu à l’image de « Boulle de suif » de Maupassant ou des filles de joie peuplant les fantasmes de Baudelaire, la prostituée de Murakami Ryu est une fille au grand coeur, qui ne monnaie pas ses charmes uniquement pour de l’argent mais sait aussi offrir généreusement du plaisir à ceux qui en ont besoin. On n’est pas loin de cette « sainte prostitution » dont parlait en effet Baudelaire, où l’on met en commun son corps pour le bien être commun de tous. L’un des intérêts de cet auteur est de montrer la complexité de la vie en dehors des jugements de valeurs et des normes morales. Et surtout de reconnaître les pathologies et les souffrances que la modernité inflige aux êtres humains. 

Un commentaire sur « Murakami Ryu »

  1. Je trainais ce midi dans les rayons d’une librairie et me suis attarder dans la littérature japonaise. Bien qu’ayant déjà largement de quoi lire, j’étais très tenté par un des ouvrages de Ruy Murakami. Et ton article me donne encore une fois envie de lire cet auteur. Mais par quel roman commencer ? ‘Les bébés de la consigne automatique’, ‘Parasite’… ?

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