Publié dans Cinéma

14e Festival international du cinéma d’auteur à Rabat : 2008 est un grand cru !!!

Ca y’est, c’est fini, le festival du film d’auteur de Rabat.

 

Lonely Tunes of Theran
 
Lonely Tunes of Theran

Titre original : Taraneh Tanhayie Tehran
de Saman Salour (Iran)
avec Behrouz Jalili, Hamid Habibifar, Mojtaba Bitarafan
Scénario : Saman Salour
Durée : 1h19
Distribution : DreamLab Films

Cannes 2008 – Quinzaine des Réalisateurs
 

 

C’était encore une fois super sympa. La question a été cette année de savoir comment concilier les copies à corriger, les travaux de fin d’études des 4e année à lire, les jurys de soutenance, la vie de famille et les très bons films à voir au théâtre Mohamed V, au 7e art et au Royal. Il a fallu faire des choix et bien entendu, nous n’avons pas pu tout voir. Le compte rendu ci dessous est très subjectif et ne prétend à aucune exhaustivité. Il s’agit juste de nos impressions personnelles au sein de ce festival, où nous avons pu voir 14 films cette année. D’ailleurs, le samedi 21 juin, date des premières représentations, nous avons préféré rester en famille. On est sorti faire un tour avec Madame et la petite Inès. Par contre dimanche, après m’être tapé une grosse correction de copies du matin jusqu’à 15 heures, je suis allé me détendre dans les salles obscures. Merci à la personne sympathique de l’équipe des organisateurs qui ce jour là m’a donné une invitation permanente pour rentrer au théâtre Mohamed V. Ca fait plaisir de voir des gens sympas, qui ont des gestes de ce type sans rien attendre en retour. Du coup, oui, on a commencé par le film marocain « En attendant Pasolini » de Daoud Aoulad Syad. C’est l’histoire d’un vieux figurant qui a joué dans « Œdipe roi » de Pasolini et qui, lorsque quarante plus tard, une équipe italienne vient tourner un film dans sa région, s’imagine qu’il va retrouver le réalisateur qu’il a connu jadis et dont il ignore la mort. Très belle atmosphère et très belle vision de la vie de ces gens dans le monde rural marocain. Même si le film était en VO non sous titrée (ce qui a fait fuir la plupart des occidentaux qui étaient dans une salle déjà pas très remplie), je suis quand même resté, demandant de temps en temps à notre voisin de nous traduire les passages importants. En même temps, je me suis rendu compte avec joie que j’arrivais à comprendre certains passages du film (je ne parle toujours pas en darija mais je le comprends de plus en plus). Après on s’est fait deux des films de Darejan Omirbaev, « Kairat » et « La route », dans la salle archi pleine et silencieuse du 7e art. Entre les deux, on a trouvé le temps de faire un allé retour à la maison pour manger avec la famille. C’est super ces séances à 22heures. Lundi on a été toute la journée en soutenance mais mardi on a remis ça. Correction de copies non-stop jusqu’à 18 heures et en fin de journée on est allé voir le premier coup de cœur du festival « Lonely Tunes of Tehran » du réalisateur iranien Saman Salou, qui était dans la salle pour présenter son film. Super sympa le type d’ailleurs. On a pu discuter avec lui après la projection un petit moment et le lendemain, à la sortie de la séance de 22heures, où je suis allé avec ma femme voir le très beau film polonais «Tricks, le destin animé » pendant que la petite dormait chez sa grand-mère, il nous a salués gentiment. « Lonely Tunes of Theran » raconte l’histoire de deux cousins qui gagnent péniblement leur vie en installant clandestinement des paraboles chez des particuliers. L’un des compères est un nain, qui a fait des études d’ingénieur pendant seize ans pour se retrouver au bout du compte sans travail et qui peste avec rage contre les conditions de vie précaires à Téhéran, et l’autre est un ancien combattant du conflit avec l’Irak et qui porte sur lui les traces du traumatisme. Le film montre leurs journées et leurs nuits dans la ville, ainsi que le pessimisme d’une jeunesse qui ne voit aucune perspective d’avenir dans le futur. « Nous sommes comme une équipe de foot qui perd trois à un dans les prolongations et qui vient de voir un de ses joueurs expulsé» dit l’un des personnages. L’intérêt de ce film est de montrer les Iraniens non pas comme le font les médias, en cherchant les scènes qui vont choquer (et qui font vendre), mais en faisant découvrir leur normalité. On est loin des cris, de la violence, de « l’islamisme » et des images de femmes vêtues de noir de la tête aux pieds. Les rues de Téhéran dans lesquelles marchent nos protagonistes pourraient bien être celles de Rabat ou de Casa…Il y a eu d’autres coups de cœur, comme jeudi avec les séances films hindou au Royal, en présence des réalisateurs. Le premier film s’appelait « My brother Nikhil » et racontait l’histoire d’un homosexuel qui, après la découverte de sa séropositivité, se voit enfermé dans un centre d’isolement, abandonné de ses parents et rejetés par ses proches. Ce sera uniquement sur sa sœur et sur son petit ami qu’il pourra compter. Très émouvant et très courageux. Là encore, il s’agit de montrer la normalité d’une personne atteinte du sida, en dehors des clichés et du sensationnel. D’ailleurs, le débat qui a suivi avec le réalisateur sur les conditions du film, sur les centres d’isolement en Asie où l’on enferme de force les séropositifs (oubliant qu’il s’agit d’un virus et non pas d’une épidémie) et sur l’homosexualité en Inde était intéressant. Dommage qu’il n’y ait pas eu de sous titres en arabe (et que l’on ait privilégié ceux en anglais et en français) car là encore il y a eu des gens qui ont quitté la salle et d’ailleurs, à la séance suivante, à 20h, pour l’autre film, « Dombivli Fast », tout aussi bon que le premier (c’était un superbe remake de « Chute libre » de Joël Schumascher), il y avait beaucoup moins de monde et à mon avis ce n’était pas uniquement à cause du foot comme semblait le croire la dame qui a présenté le long métrage. Au même moment, la salle du 7e art qui projetait un film arabe sous titré en français était bondée, comme d’ailleurs pendant presque tout le festival. On a fini la journée d’ailleurs dans ce cinéma, avec « Coquelicots » de Philippe Blassand, racontant le destin de trois personnages dans le milieu de la prostitution. Sympa mais sans plus. Dans ce domaine, ce sont les films « Vesna Va Veloce » de Carlo Mazzacurati, racontant sans aucune vision misérabiliste l’histoire d’une fille de l’est qui débarque clandestinement en Italie et qui choisit de se prostituer pour gagner rapidement de l’argent, ou bien les bouquins de Virginie Despentes (notamment « King Kong Theorie » ou « Les chiennes savantes) et de Lilian Mathieu, qui attirent plutôt notre attention en montrant la complexité et la diversité du monde de la prostitution plutôt que les films monistes et moralisateurs du type « Chaos » de Coline Serrault, limitant la présentation de ce phénomène aux pratiques sordides des maisons de dressages. Pour finir, parlons encore de nos coups de cœur. Tout d’abord, il y a eu « Armine » de Ognjen Svilicic, racontant l’histoire d’un père qui emmène son jeune fils en car à Zagreb pour passer une audition dans un film. Arrivé à l’hôtel, les choses ne se passent pas comme prévues et le fils n’est pas aussi bon que ça. Mais le père est quand même là pour l’encourager, pour être avec lui le soir. La profondeur et la sensibilité des personnages sont tout simplement magnifiques. On a d’un côté ce père tendu et en même temps très affectif, qui paie des coups à boire à tout le monde dans l’hôtel, et de l’autre un gamin froid, timide, réservé. Tous les deux ont vécu la guerre et sont en train de se reconstruire à leur façon. La fin du film est magistrale et est une belle leçon de dignité, de pudeur et d’espoir face à l’avenir. Quelque part, ça m’a rappelé les contacts avec mes parents, qui tantôt l’un tantôt l’autre tantôt les deux ont toujours insisté pour m’accompagner à tel ou tel endroit où j’avais quelque chose à passer, juste histoire d’être discrètement là et de faciliter un peu les choses en dehors de l’épreuve ou du concours. Je pense au jour de la soutenance de la thèse par exemple, à laquelle avait assisté aussi mon neveu âgé de 4 ans à l’époque et que mes parents avaient amené avec eux. L’autre film que nous avons adoré est « David et Layla » de Jay Jonroy. Il raconte l’histoire d’un présentateur télé new yorkais de confession juive qui tombe amoureux d’une réfugiée kurde musulmane vivant chez son oncle. Dans un monde où on fait circuler des marchandises et du pognon tout en traçant des frontières entre les gens et les cultures, un tel film est salutaire car il montre qu’avant d’être juif, musulman, new yorkais, kurde, les gens sont des êtres humains capables d’être attiré l’un par l’autre et de réussir à affronter ensemble leurs différences culturelles pour construire un avenir commun. Les passages où le type se convertit à l’islam sont superbes et très drôles. On le voit passer de l’angoisse au désespoir, à l’ironie. On voit l’affrontement avec ses parents sionistes horrifiés par ce qu’ils viennent d’apprendre. Puis le tout se termine par une belle image de la réalité de la vie lorsque l’un des protagonistes lui dit que l’important est ce qu’il est dedans et ce qu’il va construire avec Layla, et non pas ce que pensent ses parents, l’oncle de Layla ou bien l’imam fondamentaliste de la mosquée où a eu lieu sa conversion. Le film montre très bien que contrairement à ces discours théocratiques qui vantent sans arrêt la vision homogène et désincarnée du « bon musulman », du « bon chrétien » ou du « bon Juif » la réalité sociale n’est constituée que de la pluralité des islamités, des chrétientés et des judaïtés, ainsi que par l’hybridation et par le métissage des cultures. C’est ce que nous avons dit au réalisateur lors du débat après le film. Ce qui nous a plu là dedans, c’est encore une fois de voir la normalité de ces couples mixtes, qui composent et construisent ensemble leur vie commune, mélangeant dans un éclectisme salutaire des éléments culturels kurdes et juifs, comme d’autres combinent culture française, culture grecque et culture marocaine. On voit toujours ce qui sépare les gens mais jamais ce qui les unit. Un couple mixte, c’est des dialogues, des interrogations, des différences de penser notamment au niveau religieux mais aussi des symbioses, des compromis, des ententes et des difficultés surmontées, dont on vient à bout à deux. Les passages où l’on voit le couple boire du vin en mangeant montrent bien que la religion n’est pas uniquement un mode d’emploi pour mener sa vie, pour enfermer les êtres dans des communautarismes morbides, pour construire son identité uniquement à partir d’elle. Il s’agit aussi d’une pratique sociale que chacun adapte selon sa conscience, selon les contraintes de la société ou de la famille dans laquelle il est, selon la tradition qu’il choisit de perpétuer ou d’inventer. Là encore, belle image d’espoir que nous lance Jay Jonroy. Très beau festival donc cette année, montrant les êtres dans ce qu’ils ont de plus humain et de plus normal. Vivement 2009 !!!!!

 

Jean Zaganiaris, Enseignant et Coordinateur pédagogique du 1er cycle de COM’SUP (Ecole supérieure de communication et de publicité de Casablanca).

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s