Publié dans Cinéma

Un très bon film sur la communication politique : « Le candidat » de Niels Arestrup

La professionnalisation de la politique s’est progressivement accompagnée d’un recours accru aux techniques de communication. Pour gagner des voix, prendre le pouvoir par les urnes et gouverner, il faut savoir communiquer. C’est ce que montre « Le candidat » de Niels Arestrup, avec Yvan Attal et Stefania Rocca, sorti en avril 2007. Le film raconte l’histoire de Michel Dedieu, fraîchement nommé par les ténors de son parti pour représenter ce dernier aux élections présidentielles. On est au début du second tour et il ne lui reste que très peu de temps pour préparer le débat télévisé qui va l’opposer à son adversaire politique, dont les attaques médiatiques à son encontre sont nombreuses. Toute l’équipe des experts en communication est avec le candidat dans sa villa personnelle pour préparer l’émission. Il y a celui qui s’occupe des petites phrases qui « marquent », des réponses toutes prêtes sur les questions relatives au chômage ou aux relations internationales, des répliques cinglantes aux insinuations de l’adversaire. Il y a celui qui coache, qui conditionne psychologiquement le candidat pour surmonter son stress et acquérir de la combativité. Il y a celle qui choisit le costume, le type de coiffure. Au départ, le candidat se soumet docilement aux injonctions de son équipe de communicateurs, eux-mêmes aux ordres des grands boss du parti (à ce niveau, le rôle de Georges tenu par Niels Arestrup est superbe). Même s’il se montre réticent à cette idée, le candidat finit par poser quand même pour les photographes dans une église alors qu’il n’est pas croyant. Il accepte tous les « training » (les entraînements – au sens sportif du terme) de son équipe de communication, que cela relève des média ou bien de la connaissance de l’actualité. Bien sûr tout cela a un coût, d’autant plus que le candidat est bas dans les sondages et qu’il doit améliorer son image au sein de l’électorat. Fatigue, stress, doute. De plus, la vie de famille est touchée. Lors d’une séance photo, la femme de Michel Dedieu s’effondre en larmes dans ses bras. Plus tard, elle quitte la propriété, prend le premier le train et s’enfuit loin de cette pression. Conjointement à cela, le candidat a un évanouissement et est conduit d’urgence chez un médecin. C’est là qu’il comprend qu’il a été manipulé, que son parti l’a mandaté pour ces élections juste parce que celui qui devait être le candidat officiel était atteint d’un cancer fulgurant et que le but était avant tout d’avoir quelqu’un de docile et de soumis, battu d’avance, et dont la défaite serait un tremplin pour préparer les prochaines élections en vue de les remporter. La scène où Michel Dedieu comprend qu’il a sacrifié beaucoup d’énergie, de travail mais aussi sa vie de famille et sa santé pour ces basses manœuvres politiciennes est sublime. Elle est un hommage à ceux qui se battent par conviction pour faire exister leurs idéaux, qui paient parfois le prix fort et qui sont exploités par des gens sans aucune morale, qui tirent les ficelles en coulisse.

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Dès lors, Michel Dedieu envoie tout plaquer. Il annule le meeting auquel il devait se rendre. Il renvoie son équipe de communicateurs. Il décide de préparer seul le débat qui l’opposera à son adversaire, un peu comme un joueur d’échec qui a déjà entamé sa partie et qui ne peut compter sur personne d’autre que lui-même. C’est ce que montre la scène où Michel va voir l’un des intellectuels du parti, qui faisait des cours de morale politique et qui a publié tout un tas de livre sur les magouilles, mais qui s’avère au bout du compte être aussi pourri que ce qu’il dénonce. Nous ne dévoilerons pas plus l’histoire du film. Il y a juste un passage génial que nous voulons évoquer, où les candidats débattent sur la guerre en Irak et où, à l’argumentation schmittienne de son adversaire, plaidant pour une décision radicale en faveur de l’intervention militaire, Michel Dedieu répond qu’il faut au contraire privilégier une éthique de la discussion, une délibération raisonnée prenant en compte les conséquences désastreuses qu’une guerre peut avoir sur l’humanité entière (une guerre est toujours une défaite). Pour Michel Dedieu, les démocraties doivent obtenir l’adhésion du monde entier non pas parce qu’elles sont craintes mais parce qu’elles ont su attirer le respect et l’admiration. Plutôt que chercher chez « l’autre » des coupables de la violence qui sévit actuellement au niveau international, il faut plutôt regarder quelle est la part de responsabilité de chacun dans cette folie collective post 11 septembre 2001. La chute du film – que nous ne dévoilerons pas non plus – est fabuleuse (aussi fabuleux que le sourire que lance à ce moment l’épouse de Michel Dedieu). On peut y voir à quel point le danger est grave de vivre dans une société du spectacle où politique et marketing vont de paire, où un programme politique est un produit commercial qu’il s’agit de vendre à un électeur-consommateur. Comme le dit Niels Arestrup lui-même, seul l’éthique et la sincérité du candidat-comédien peuvent nous sauver : « Même si je ne l’ai compris qu’après, Le candidat est un film sur le théâtre, le rendez-vous suprême avec le public, la peur et la notion de sincérité » (entretien dans Première, avril 2007).

 

 

 

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